La République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud ont affiché, jeudi 2 juillet 2026 à Kinshasa, une convergence forte face à l’épidémie d’Ebola, avec des résultats concrets déjà enregistrés dans la riposte et une mobilisation financière internationale estimée à plusieurs centaines de millions de dollars.
En visite de travail à la Cité de l’Union africaine, le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ont conjointement appelé à une réponse africaine coordonnée, solidaire et fondée sur la responsabilité partagée, face à une épidémie qui continue d’affecter plusieurs provinces de la RDC.
Une riposte qui produit déjà des résultats tangibles
Au cœur des échanges, la coordination de la lutte contre Ebola a été largement mise en avant comme un modèle de gouvernance sanitaire intégrée. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a souligné l’efficacité du dispositif national articulé autour d’un seul plan, d’une seule équipe et d’un seul budget.
Selon les données présentées devant les deux chefs d’État, plus de 200 patients ont déjà été déclarés guéris et déchargés des centres de traitement Ebola, un indicateur jugé encourageant dans la maîtrise progressive de la maladie.
Le gouvernement congolais a également activé un système national de gestion des incidents, en collaboration avec l’OMS, Africa CDC et plusieurs partenaires techniques et financiers.
50 millions USD engagés par la RDC pour renforcer la riposte

Sur le plan financier, le président Félix Tshisekedi a annoncé une contribution directe de l’État congolais de 50 millions de dollars américains pour soutenir la lutte contre l’épidémie.
« Cette mobilisation traduit la volonté de l’État congolais d’assumer pleinement ses responsabilités dans la protection de la santé publique et la préservation de la vie de nos populations », a déclaré le Chef de l’État.
À cela s’ajoutent des financements internationaux importants avec plus de 645 millions USD mobilisés au total, dont des contributions majeures des partenaires au développement.
La Banque mondiale, de son côté, a annoncé environ 46 millions USD déjà déployés pour la préparation et la riposte, complétés par 13 millions USD supplémentaires dédiés aux actions nationales et régionales.
Les États-Unis ont également indiqué une enveloppe globale dépassant 350 millions USD d’assistance humanitaire, incluant les pays voisins de la RDC.
L’Afrique du Sud appelle à éviter la fermeture des frontières
Dans son intervention, Cyril Ramaphosa a insisté sur la nécessité de maintenir la circulation et la coopération régionale, rejetant toute logique de fermeture des frontières.
« Fermer les frontières n’est pas une solution. Les épidémies ignorent les frontières et appellent une coopération renforcée », a-t-il affirmé.
Le président sud-africain a également plaidé pour un cessez-le-feu humanitaire dans l’Est de la RDC, estimant que l’insécurité complique la prévention, la surveillance épidémiologique et l’accès aux soins.
L’INRB, vitrine de l’expertise scientifique congolaise

Les deux chefs d’État ont visité l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), présenté comme un centre d’excellence africain dans la lutte contre les épidémies.
Sur place, les équipes scientifiques ont détaillé les dispositifs de surveillance, de diagnostic et d’alerte rapide, salués pour leur niveau de performance.
Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de transformer l’expérience congolaise en modèle continental.
« Cette visite met en lumière l’expertise congolaise et la nécessité de renforcer les capacités africaines de recherche », a-t-il déclaré.
Une crise sanitaire aggravée par les conflits et les vulnérabilités humanitaires
Au-delà de l’épidémie, les autorités ont rappelé que la situation sécuritaire et humanitaire reste critique. La ministre des Affaires sociales a alerté sur près de 15 millions de Congolais nécessitant une assistance humanitaire urgente, dont une large majorité liée aux conflits armés.
Elle a également souligné que la concentration massive de déplacés internes, notamment en Ituri, constitue un facteur aggravant dans la propagation des risques sanitaires.
Vers une stratégie africaine intégrée de santé et de stabilité
Cette rencontre de haut niveau a également permis de relancer le débat sur les liens entre santé, sécurité et développement. Le président Tshisekedi a insisté sur la nécessité de transformer les ressources naturelles en levier de stabilité plutôt qu’en facteur de conflit.
« Nos ressources naturelles ne doivent plus être un facteur de prédation, mais un levier de paix et de prospérité partagée », a-t-il affirmé.
En parallèle, les autorités ont confirmé la poursuite des essais cliniques d’un vaccin contre Ebola, avec des résultats attendus d’ici décembre, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives de contrôle durable de la maladie.
Des avancées mesurables, mais une vigilance toujours nécessaire
Entre financements massifs, coordination renforcée et premiers résultats sanitaires encourageants, la riposte contre Ebola en RDC franchit une étape importante. Toutefois, les autorités et partenaires insistent sur le maintien de la vigilance, dans un contexte où les défis sécuritaires, humanitaires et sanitaires restent étroitement liés.
La visite conjointe Tshisekedi–Ramaphosa à Kinshasa marque la dynamique d’une coopération africaine renforcée et d’une riposte sanitaire qui commence à produire des résultats mesurables sur le terrain.
Lydia Mangala


