L’intelligence artificielle générative ouvre de nouvelles perspectives dans les métiers du design graphique, de la communication et du marketing. Mais son efficacité dépend de la capacité des professionnels à maîtriser les outils, à préserver leur identité créative et à vérifier les contenus produits. C’est le fil conducteur d’un atelier organisé ce mercredi 14 octobre 2026 à Kinshasa par Orange Digital Center (ODC), autour de l’intelligence artificielle générative et du design graphique.
Au moyen des démonstrations pratiques et des retours d’expérience, quatre intervenants, Giscard Mido, Laëtitia Kandolo, Andrea Nzolameso et Tara Mpogazi, ont abordé les possibilités offertes par ces technologies, tout en soulignant leurs limites et les responsabilités qui accompagnent leur utilisation.
L’IA, un outil au service de la créativité humaine

CEO d’Antic Communication et Digital School, Giscard Mido a présenté l’intelligence artificielle comme un appui à la conception de contenus, notamment les affiches publicitaires, les publications pour les réseaux sociaux et les slogans.
Il a encouragé les participants à partir de leurs propres idées, puis à utiliser l’IA pour explorer et enrichir leurs propositions, sans lui abandonner la maîtrise du résultat.

« Je ne lui dis pas de tout donner. Je lui donne la forme de ce que je fais, et il me sort les idées. Et puis, qu’est-ce que je fais ? Je complète », a-t-il expliqué.
Le formateur a également insisté sur la nécessité de vérifier les informations générées et de protéger les données personnelles ou confidentielles.

« Ne jamais considérer automatiquement une réponse générée comme une vérité », a-t-il averti, rappelant que l’utilisateur demeure responsable des contenus qu’il publie.
Comprendre la marque et son public avant de créer
Fondatrice et directrice artistique de LA MADRINA, Laëtitia Kandolo a rappelé que la création publicitaire ne se résume pas à produire une image esthétique. Elle exige une compréhension du produit, du public cible, du marché et des références culturelles qui permettent de construire un récit cohérent.
Illustrant son propos par des exemples issus de son expérience dans la mode et la publicité, elle a montré comment le storytelling, les couleurs, les personnages et les décors peuvent contribuer à rapprocher une marque de ses consommateurs.

« En d’autres termes, la direction artistique, j’aime la résumer de manière assez simple : c’est simplement comment raconter une histoire de A à Z », a-t-elle déclaré.
Concernant l’IA générative, elle a souligné l’importance de définir une vision créative avant de formuler les instructions destinées aux outils.

« L’IA ne va pas remplacer votre vision. Si vous voulez que l’IA vous oriente correctement, vous devez quand même être un directeur artistique. Il ne sera pas à votre place », a-t-elle insisté.
Des visuels pertinents, cohérents et soigneusement vérifiés

Designer graphique et spécialiste en marketing digital, Andrea Nzolameso a, pour sa part, détaillé les étapes permettant de concevoir un visuel publicitaire avec l’aide de l’intelligence artificielle. À partir d’un exercice consacré à une affiche pour une boisson naturelle, elle a montré comment préciser le produit, le public cible, l’ambiance, la composition et le format souhaité pour obtenir des propositions adaptées.
Elle a également mis en garde contre le choix d’une image uniquement parce qu’elle paraît spectaculaire. La création doit respecter le brief du client, sa charte graphique et son identité de marque. La retouche humaine reste indispensable pour corriger les incohérences et intégrer les informations commerciales.

« La différence ne se fera pas entre ceux qui savent utiliser les outils de l’intelligence artificielle, mais entre ceux qui savent transformer une génération en une véritable création », a-t-elle affirmé.

Cette exigence de vérification a également été défendue par Tara Mpogazi, fondatrice du Portail des Industries Culturelles et Créatives (PICC) et directrice Stratégie et Brand Experience chez HAVAS RDC.
Elle a alerté sur la multiplication de visuels similaires, susceptibles de rendre les marques moins reconnaissables, ainsi que sur les erreurs générées par l’IA, qui peuvent fragiliser la confiance des consommateurs.

« Malheureusement, quand vous dépendez trop des outils d’intelligence artificielle, votre marque disparaît », a-t-elle averti.
Elle a notamment appelé les professionnels à tenir compte des réalités locales, à relire les productions et à rester vigilants sur les conditions d’utilisation des plateformes, la propriété des contenus et la protection des données.

« ChatGPT n’est pas à Kinshasa. ChatGPT, ce n’est pas vous, ce n’est pas moi. Donc, il n’a pas les réalités », a-t-elle souligné.
Elle a insisté sur l’importance de l’expérience du terrain et du regard humain dans la conception des campagnes.

« L’IA peut vous aider à créer, mais votre marque, c’est votre responsabilité », a-t-elle lancé aux créatifs et aux entrepreneurs.
ODC, un écosystème gratuit dédié aux compétences numériques
Pour rappel, Orange Digital Center s’inscrit dans une démarche d’accompagnement des jeunes, des porteurs de projets et des entrepreneurs dans le développement de leurs compétences numériques et de leurs initiatives innovantes.
Son écosystème regroupe notamment l’École du code, qui propose des formations et des activités autour du développement informatique, le FabLab Solidaire, dédié à la fabrication et au prototypage numériques, Orange Fab, qui accompagne les start-up dans leur développement commercial, et Orange Ventures Middle East & Africa, un fonds d’investissement destiné aux start-up prometteuses en Afrique et au Moyen-Orient.
Le dispositif vise à renforcer l’employabilité des jeunes, à encourager l’entrepreneuriat innovant et à soutenir le développement du tissu numérique local. Les Orange Digital Center Clubs permettent également d’étendre certaines activités aux provinces.
À travers cet atelier consacré à l’intelligence artificielle générative et au design graphique, les intervenants ont ainsi mis en avant l’exigence d’apprendre à utiliser les nouvelles technologies sans renoncer à la réflexion, à l’originalité ni à la responsabilité professionnelle.

L’IA peut accélérer la production et élargir les possibilités créatives, mais la pertinence d’un contenu repose toujours sur la vision, les compétences et le discernement de celui qui le conçoit.
Lydia Mangala


