La transition énergétique des grandes métropoles ne peut se limiter à l’augmentation de la production d’électricité. Elle doit également reposer sur une planification urbaine cohérente, une coordination entre les acteurs publics et une meilleure anticipation des besoins en eau et en énergie. C’est le principal message défendu par Guylain Amani, spécialiste en infrastructures et ville durable à Expertise France, lors du panel 6 de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, consacré à la transition énergétique et à l’autonomie en eau et en électricité des métropoles.
Au cours de cette rencontre modérée par Guy Christian Moju, l’intervenant a notamment insisté sur la nécessité d’intégrer les infrastructures énergétiques dès la conception des nouveaux pôles urbains, afin d’éviter que l’expansion des villes n’accentue les difficultés d’accès aux services essentiels.
Planifier les villes en intégrant les besoins énergétiques
Pour Guylain Amani, l’urbanisation et le développement des infrastructures électriques doivent évoluer de manière coordonnée.
La croissance démographique, l’extension des quartiers et la multiplication des équipements augmentent les besoins en énergie, ce qui impose une anticipation des capacités de production, de transport et de distribution.
« Il y a un lien étroit entre la décentralisation de l’électricité et les services urbains, et les développements urbains doivent intégrer tout cela », a-t-il expliqué.
Il a ainsi plaidé pour un cadre de concertation réunissant les services chargés de l’électricité, de l’aménagement et des infrastructures urbaines.
Cette coordination permettrait de mieux aligner les projets d’urbanisation sur les capacités des réseaux et d’éviter que les nouvelles zones habitées ne se développent sans équipements adaptés.
Selon lui, la gouvernance constitue un facteur déterminant dans la mise en œuvre des projets. Au-delà des ambitions annoncées, leur réussite dépend de la coordination institutionnelle, de la planification et de la capacité à transformer les stratégies en réalisations concrètes.
Maluku et les nouveaux pôles urbains au cœur de la réflexion
L’intervenant a également évoqué les projets de développement urbain et économique autour de Maluku, notamment la zone économique spéciale et les nouveaux espaces d’urbanisation. Il a cité le projet d’aménagement d’une ville de 5 000 hectares, destinée à accueillir plus de 400 000 habitants, avec des zones industrielles.
Pour Guylain Amani, ces initiatives représentent une occasion de décongestionner les zones déjà saturées de Kinshasa.
Toutefois, leur développement nécessite une vision globale intégrant les besoins en eau, en électricité et les autres infrastructures structurantes.
« Plutôt que de voir des choses séparées, il faut intégrer tout cela dans une vision globale », a-t-il souligné.
Il a notamment proposé de réfléchir à des systèmes énergétiques décentralisés capables de répondre aux besoins spécifiques des nouveaux pôles urbains et économiques.
Cette approche favoriserait une meilleure autonomie des zones concernées et limiterait leur dépendance à un réseau centralisé soumis à une demande croissante.
Le défi de la qualité du service et du coût de l’électricité
Outrr la disponibilité de l’énergie, Guylain Amani a soulevé la question de la qualité du service rendu aux consommateurs. S’appuyant sur son expérience en Belgique, il a relevé le contraste entre le coût supporté par les ménages et la qualité de l’approvisionnement en électricité.
Il a notamment expliqué que les ménages confrontés à une desserte irrégulière peuvent être contraints de recourir à plusieurs solutions complémentaires, notamment les installations solaires, les batteries et d’autres sources d’énergie, ce qui alourdit leurs dépenses.
Cette situation souligne, selon lui, l’importance d’évaluer les politiques énergétiques à partir de deux critères indissociables : le coût payé par l’usager et la qualité effective du service.
L’intervenant a également rappelé le potentiel hydroélectrique de la RDC, en évoquant sa visite récente du site d’Inga. Il a estimé que les difficultés actuelles ne s’expliquent pas uniquement par les capacités de production, mais également par les défis liés au transport, à la distribution et aux infrastructures nécessaires pour acheminer l’électricité jusqu’aux consommateurs.
Guylain Amani a ainsi défendu une approche intégrée de la transition énergétique, dans laquelle la planification urbaine, la gouvernance, la décentralisation de la production et la qualité du service avancent conjointement.
Pour lui, c’est un enjeu majeur pour accompagner l’expansion de Kinshasa et faire des nouveaux pôles urbains des espaces mieux équipés, plus autonomes et plus durables.
Lydia Mangala


