En visite de travail au Gabon, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, s’est rendu dans la Zone industrielle de Nkok, près de Libreville, afin de s’imprégner de l’expérience gabonaise en matière de transformation locale du bois.
Cette visite intervient dans un contexte où la République démocratique du Congo cherche à mieux valoriser ses importantes ressources forestières et à renforcer la transformation locale de ses matières premières. Pour Kinshasa, l’expérience gabonaise constitue une piste de réflexion sur la manière de passer d’une logique essentiellement tournée vers l’exportation des ressources brutes à une économie davantage fondée sur la création de valeur sur le territoire national.
La Zone industrielle de Nkok s’est développée autour d’un principe central : transformer localement les ressources forestières avant leur commercialisation. Le modèle repose sur la création d’un environnement industriel destiné à attirer les investisseurs, développer des chaînes de valeur et favoriser l’émergence d’activités de transformation. C’est cette organisation que le président Tshisekedi a voulu observer au cours de sa visite.
L’intérêt de cette expérience réside dans la capacité à faire travailler ensemble les acteurs de la filière, à attirer des investissements et à créer des activités permettant au pays producteur de conserver une part plus importante de la valeur générée par ses ressources. Pour la RDC, qui dispose d’un immense potentiel forestier, cette question est stratégique.
La République démocratique du Congo possède une part majeure des forêts du Bassin du Congo, considérées comme l’un des principaux réservoirs de biodiversité et de carbone de la planète.
Mais l’importance de cette richesse naturelle ne se traduit pas automatiquement par une transformation industrielle à la hauteur du potentiel disponible.
La visite de Félix Tshisekedi à Nkok ouvre ainsi une réflexion sur la nécessité de développer davantage les capacités congolaises de transformation du bois, afin de créer davantage de valeur ajoutée localement, de développer des emplois et de renforcer les recettes générées par la filière.
L’objectif ne serait donc pas uniquement d’exploiter davantage la ressource, mais de construire autour d’elle une véritable chaîne industrielle allant de la production à la transformation et à la commercialisation des produits finis ou semi-finis.
L’expérience gabonaise pourrait également nourrir la réflexion autour des zones économiques spéciales en RDC, notamment celle de Maluku, à Kinshasa.
L’enjeu serait de créer les conditions permettant aux entreprises de transformation de bénéficier d’un environnement adapté, avec des infrastructures, des services, des mécanismes d’accompagnement et des incitations capables d’attirer les investissements.
Une telle orientation pourrait permettre à la RDC de développer progressivement une industrie du bois plus structurée, capable notamment de produire des meubles, des éléments de construction et d’autres produits issus de la transformation locale.
La question ne serait alors plus seulement celle de l’exploitation forestière, mais celle de la création d’une véritable chaîne de valeur congolaise autour du bois.
Si le modèle de Nkok peut constituer une source d’inspiration, son éventuelle transposition en RDC nécessiterait de tenir compte des spécificités du pays.
La RDC dispose d’un territoire beaucoup plus vaste, de réalités provinciales différentes et d’importants défis en matière d’infrastructures, notamment dans les domaines du transport et de l’énergie.
La réussite d’une politique de transformation locale dépendra donc aussi de la capacité à assurer l’accès aux routes, aux ports, à l’électricité et aux autres infrastructures indispensables au développement industriel.
Elle devra également s’inscrire dans une politique de gestion durable des ressources forestières afin que la recherche de valeur ajoutée ne se fasse pas au détriment de la protection des écosystèmes.
La visite de Nkok intervient enfin dans une perspective plus large de coopération entre la RDC et le Gabon autour de la gestion du Bassin du Congo.
Les deux pays partagent une responsabilité particulière dans la préservation de cet espace forestier stratégique, tout en étant confrontés à la nécessité de concilier protection de l’environnement et développement économique.
L’expérience gabonaise montre qu’il est possible de chercher à tirer davantage de valeur économique des ressources forestières en développant des activités de transformation sur place.
Pour Kinshasa, l’enjeu sera désormais de déterminer comment adapter cette expérience à ses propres réalités et comment faire de ses zones économiques spéciales de véritables plateformes industrielles.
Le président Félix Tshisekedi a observé un modèle qui pourrait alimenter la réflexion congolaise sur l’avenir de sa filière bois. Pour la RDC, le véritable défi sera de transformer l’immense richesse forestière du pays en valeur ajoutée, en emplois et en investissements, tout en préservant durablement les forêts du Bassin du Congo.
Lydia Mangala


