La suspension médiatique de Fils Mukoko par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) met en lumière les conséquences que peuvent entraîner les déclarations publiques d’un responsable politique. Au-delà de la sanction, l’affaire prend une dimension sécuritaire après des propos évoquant la distribution d’armes à des jeunes et menaçant les ressortissants occidentaux présents en République démocratique du Congo.
Réuni en urgence ce mercredi 21 octobre, le Bureau du CSAC, présidé par Christian Bosembe, a décidé d’imposer un embargo médiatique de 88 jours à Fils Mukoko. L’institution lui a également demandé de se présenter à ses bureaux pour une audition. Cette décision intervient au lendemain d’une intervention de l’intéressé diffusée sur les réseaux sociaux et qui a suscité une ferme condamnation du gouvernement congolais.
Des déclarations qui prennent une dimension sécuritaire
Le mardi 20 octobre, Fils Mukoko, cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et directeur général adjoint de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), s’est exprimé à la suite d’une causerie morale organisée au siège de son parti.
Au cours de cette intervention, il a évoqué la possibilité de distribuer des armes dans plusieurs lieux publics, notamment des terrains de football, des églises et des universités. Il s’en est également pris aux ressortissants occidentaux présents en RDC, affirmant qu’ils auraient des difficultés à quitter Kinshasa.
La diffusion de ces propos sur les réseaux sociaux a élargi leur audience au-delà du cadre dans lequel ils avaient initialement été tenus. Toutefois, les déclarations rapportées ne permettent pas, à elles seules, d’établir que des armes ont effectivement été distribuées ou qu’un tel projet a été mis à exécution. La distinction entre une menace exprimée publiquement et la réalisation d’actes concrets reste essentielle dans le traitement de cette affaire.
Le gouvernement prend ses distances
La réaction de l’exécutif n’a pas tardé. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a fermement condamné les déclarations de Fils Mukoko, les qualifiant d’« horreur absolue ».
Il a également précisé que ces propos n’engageaient ni le gouvernement ni aucune autre institution. Selon lui, le CSAC, l’Hôtel de ville de Kinshasa et d’autres services compétents ont été saisis afin que les suites nécessaires soient données à cette affaire.
Le gouvernement a par ailleurs assuré que des dispositions avaient été prises pour garantir la sécurité des missions diplomatiques, de leur personnel et de leurs installations.
Cette réaction institutionnelle souligne un enjeu majeur selon lequel lorsqu’un responsable exerçant des fonctions publiques tient des propos susceptibles d’être interprétés comme des appels à la violence, la controverse dépasse le seul cadre politique. La sécurité des personnes et des représentations diplomatiques est également en jeu.
Une sanction médiatique, mais des questions encore ouvertes
En imposant un embargo médiatique de 88 jours, le CSAC a pris une mesure limitant l’exposition de Fils Mukoko dans les médias durant cette période. Sa convocation pour audition constitue une autre étape de la procédure annoncée par l’autorité de régulation.
Il convient néanmoins de distinguer cette mesure administrative des éventuelles suites judiciaires. Les informations rapportées ne permettent pas d’affirmer que Fils Mukoko a fait l’objet d’une condamnation judiciaire dans ce dossier.
L’affaire soulève également une question de fond sur la responsabilité des personnalités publiques face à leurs déclarations. La liberté d’expression protège le débat politique, mais elle ne rend pas les appels à la violence anodins. Inversement, une sanction administrative doit pouvoir être appréciée au regard de ses motifs, de son fondement juridique et de la procédure suivie.
À ce stade, les éléments rapportés établissent la décision du CSAC, les propos qui l’ont précédée et la condamnation du gouvernement. Ils ne suffisent toutefois pas à démontrer qu’une distribution d’armes a réellement eu lieu.
Au-delà de Fils Mukoko, la responsabilité de la parole publique
L’intérêt de cette affaire ne réside donc pas uniquement dans la durée de la suspension. Il tient aussi à la manière dont des déclarations prononcées dans un contexte politique peuvent prendre une dimension sécuritaire lorsqu’elles évoquent l’armement de jeunes et visent des ressortissants étrangers.
Pour les autorités, l’enjeu consiste à prévenir toute escalade et à protéger les personnes concernées. Pour le public, il est essentiel de distinguer les faits vérifiés, les déclarations politiques et les conséquences effectivement établies.
La suite de cette affaire dépendra notamment de l’audition annoncée par le CSAC et des éventuelles mesures que les autorités compétentes décideront de prendre.
En attendant, une distinction fondamentale s’impose dans le traitement journalistique : annoncer une action violente, la mettre à exécution et prouver qu’elle a été réalisée constituent trois réalités différentes qui ne doivent pas être confondues.
Ben Mandjolo


