L’entrepreneur congolais Smun Mutombo s’inquiète des conséquences que pourrait avoir le nouvel arrêté interministériel fixant les droits, taxes et redevances applicables aux services numériques en République démocratique du Congo. Dans une déclaration publiée ce vendredi, il estime que les montants évoqués dans ce texte risquent de constituer un frein majeur au développement des startups et de l’innovation.
« À quel moment avons-nous décidé que créer une startup devait être un luxe en RDC ? », s’interroge-t-il en réaction aux informations circulant sur l’arrêté signé par les ministres de l’Économie numérique et des Finances.
Le document prévoit notamment des frais d’autorisation, d’agrément et de renouvellement pour plusieurs catégories d’activités numériques, allant des plateformes de commerce électronique aux services cloud, en passant par les fintech, les plateformes de transport, les réseaux sociaux ou encore les services d’hébergement. Certains montants atteignent plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de dollars selon la nature de l’activité et le statut de l’opérateur.
Pour Smun Mutombo, si la mise en place d’un cadre réglementaire est nécessaire, celui-ci ne doit pas devenir un obstacle à l’entrepreneuriat.
« Oui, le secteur numérique a besoin d’être réglementé. Oui, un cadre légal est indispensable. Mais une réglementation qui décourage l’innovation devient un obstacle plutôt qu’un moteur de développement », affirme-t-il.
L’entrepreneur rappelle que, dans de nombreux pays, les pouvoirs publics privilégient des politiques d’accompagnement en faveur des jeunes entreprises innovantes, à travers des incubateurs, des allègements fiscaux ou encore des mécanismes facilitant l’accès au financement.
À l’inverse, il estime que de nombreux jeunes entrepreneurs congolais peinent déjà à réunir les moyens nécessaires pour lancer leurs projets, qu’il s’agisse de disposer d’un ordinateur, d’une connexion internet fiable ou d’un premier investisseur. Dans ce contexte, l’instauration de frais élevés dès la phase de création pourrait, selon lui, compromettre la naissance de nombreuses initiatives.
« Chaque startup qui disparaît, c’est un emploi qui ne sera jamais créé. C’est une solution locale qui ne verra jamais le jour. C’est un jeune talent qui finira peut-être par abandonner son idée… ou la développer ailleurs », prévient-il.
Un appel au dialogue
Sans remettre en cause le principe d’une régulation du secteur, Smun Mutombo appelle les autorités à engager des consultations avec les acteurs de l’écosystème numérique afin de trouver un équilibre entre les impératifs de régulation, la protection des consommateurs et le soutien à l’innovation.
« L’avenir numérique de la RDC ne se construira pas en compliquant la vie des innovateurs, mais en leur donnant les moyens de réussir », conclut-il.
Cette prise de position intervient alors que le contenu de l’arrêté interministériel suscite de nombreuses réactions au sein de la communauté technologique congolaise. Plusieurs acteurs s’interrogent désormais sur l’impact réel de ces nouvelles dispositions sur la compétitivité du secteur numérique et sur la capacité de la RDC à favoriser l’émergence d’un écosystème de startups dynamique et attractif.





Joséphine Mawete


