Au Mémorial GENOCOST, ce mercredi 2 septembre 2026, Desanges Kabuo Kamate, survivante des violences dans l’Est de la RDC et major de la première cohorte des Ambassadeurs 2250, a livré un témoignage empreint d’émotion et de responsabilité. Au nom des 50 jeunes certifiés, elle a transformé son expérience de victime en une promesse d’engagement pour la paix, la mémoire et l’action citoyenne.
Face aux représentants des institutions, partenaires, formateurs et familles réunis pour la cérémonie de prestation de serment et de certification, Desanges Kabuo Kamate n’a pas pris la parole comme une simple lauréate. Son témoignage a porté une dimension particulière : celle d’une jeune femme qui connaît les conséquences de la guerre non pas seulement à travers les rapports ou les statistiques, mais à travers son propre vécu.

« Je suis moi-même une jeune Congolaise ayant vécu les conséquences de la guerre qui sévit dans l’Est de notre pays », a-t-elle déclaré.
« Être victime ne signifie pas être condamnée à rester uniquement dans la position de victime », a-t-elle rappelé.
De victime à actrice de paix
Pour la major de promotion, cette formation a permis aux 50 jeunes venus d’horizons différents de dépasser la seule compréhension théorique de la Résolution 2250. Elle leur a surtout donné des outils pour devenir des acteurs capables de contribuer aux processus de paix.
« Nous pouvons aussi devenir des voix. Nous pouvons devenir des actrices et des acteurs de paix. Nous pouvons transformer ce que nous avons vécu en conscience, en engagement et en propositions », a-t-elle affirmé.
Cette transformation constitue, selon elle, l’un des enseignements majeurs de ces trois jours de formation. Une manière de faire de l’expérience des victimes non pas un enfermement, mais une force susceptible d’alimenter le plaidoyer, la prévention et la construction de solutions.
Les cinq piliers deviennent une feuille de route
Desanges Kabuo est également revenue sur les enseignements consacrés aux cinq piliers de la Résolution 2250 entre autres participation, prévention, protection, partenariat, désengagement et réintégration.
Elle insiste notamment sur une participation qui ne doit pas se limiter à la présence des jeunes dans les réunions ou les espaces institutionnels. Participer, explique-t-elle, signifie pouvoir être entendu, proposer, influencer et contribuer au suivi des décisions.
La prévention, elle, doit commencer bien avant l’explosion de la violence, dans les communautés et dans la capacité à détecter les tensions, combattre les discours de haine et privilégier le dialogue.
Quant à la protection, elle ne concerne pas uniquement les victimes. Elle doit également couvrir les jeunes qui s’engagent dans la défense de la paix, des droits humains et de la cohésion sociale.
Le partenariat, de son côté, doit permettre à la jeunesse d’obtenir non seulement des espaces d’expression, mais aussi des compétences, des moyens et des opportunités d’action. Enfin, le désengagement et la réintégration doivent offrir aux jeunes sortis des groupes armés une place, une dignité et une perspective d’avenir.
Cinq Policy Briefs pour passer de la réflexion à la proposition
La formation a également confronté les jeunes à un exercice concret leur amenant à produire et défendre cinq Policy Briefs consacrés aux différents piliers de la Résolution 2250.
Pour Desanges Kabuo, cet exercice a constitué une véritable école de l’action publique. Les participants ont appris à poser les bonnes questions, rechercher des données, distinguer une opinion d’une preuve, analyser un problème, identifier les acteurs concernés et formuler des recommandations.

« Nous ne prétendons pas avoir répondu à toutes les questions. Mais nous avons appris à commencer par la bonne question. Et c’est déjà une étape importante vers la formulation de bonnes politiques publiques », a-t-elle relevé.
Les travaux ont porté notamment sur la participation des jeunes à la gouvernance et aux processus de paix, la prévention des conflits, la protection et la justice transitionnelle, la mémoire du GENOCOST et les partenariats, ainsi que le désengagement, la réintégration et le DDR.
Au Mémorial GENOCOST, la mémoire comme responsabilité
Le choix du Mémorial GENOCOST pour cette cérémonie a donné une résonance particulière à son témoignage. Desanges Kabuo a rappelé que la paix ne peut se construire sans connaissance du passé.
« Nous avons compris que nous ne pouvons pas construire l’avenir sans connaître notre histoire », a-t-elle souligné.
Pour cette jeune survivante, chaque rapport, chaque statistique et chaque événement renvoie à des vies humaines. La mémoire doit donc être abordée avec responsabilité, sans haine ni volonté de reproduire les blessures du passé.
Se souvenir doit servir à empêcher que les violences connues par une génération ne deviennent celles des générations futures.
Une génération qui veut passer de la parole à l’action
Desanges Kabuo estime que le véritable acquis de cette formation réside dans les capacités désormais développées par les jeunes.
« Nous sommes capables de mieux comprendre. Capables de mieux analyser. Capables de mieux dialoguer. Capables de proposer. Capables de plaider. Et maintenant, nous devons être capables d’agir », a-t-elle lancé à ses collègues.
Elle a également salué l’ambition de construire progressivement un Réseau national des Ambassadeurs 2250, appelé à s’étendre aux 26 provinces de la RDC. La première cohorte entend prendre part à cette construction en poursuivant la formation, la production de connaissances, les initiatives communautaires et le dialogue avec les institutions.
Une génération qui choisit d’agir plutôt que d’attendre

Dans son adresse, la major de promotion a surtout voulu déplacer le regard porté sur la jeunesse. Celle-ci ne doit pas seulement attendre des réponses de l’État, mais aussi se considérer comme une partie prenante des solutions.
« Nous ne prétendons pas être la génération qui a toutes les solutions. Mais nous voulons être une génération qui accepte de chercher, d’apprendre, de proposer et d’agir », a-t-elle déclaré.
Cette posture qui résume l’esprit de cette première cohorte visant à transformer le savoir en engagement et la certification en responsabilité.
Au nom des 50 jeunes, Desanges Kabuo a enfin formulé la promesse de ne pas oublier les enseignements reçus, les responsabilités acceptées et surtout les victimes.
« Nous sommes venus apprendre la paix. Nous repartons avec la responsabilité de la construire », a-t-elle livré la phrase qui restera comme le fil conducteur de cette première promotion.
Cette déclaration prend une dimension particulière lorsqu’elle est portée par une survivante de la guerre devenue, à son tour, Ambassadrice 2250 et voix engagée pour la paix.
Lydia Mangala


