Le ministère d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire a apporté des précisions sur les propos attribués à son titulaire, Muhindo Nzangi Butondo, concernant la culture du cannabis. La mise au point intervient après la circulation de réactions politiques et de commentaires présentant son intervention lors d’une récente mission au Nord-Kivu comme une annonce en faveur de la culture du cannabis.
Dans un communiqué, la Cellule de communication du ministère affirme qu’il s’agit d’une interprétation erronée des propos du ministre. Selon elle, Muhindo Nzangi évoquait le cannabis dans le cadre d’une réflexion sur la diversification agricole et le potentiel industriel de certaines cultures, notamment à travers l’exploitation des fibres.
« Je ne parle pas des noix (comme on l’appelle localement), je parle des fibres », avait notamment précisé le ministre, selon la Cellule de communication.
Muhindo Nzangi revenait d’une mission officielle effectuée dans le Nord-Kivu du 2 au 7 août 2026, conformément à un ordre de mission reçu de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.
Cette tournée avait notamment porté sur la remise de tracteurs aux principaux centres de production agricole de Beni et Lubero, ainsi qu’à Butembo. Le ministre avait également procédé à la pose de la première pierre pour la construction d’une usine de fabrication de tracteurs avec le partenaire Victoria Motors, dans la Zone économique spéciale de Musienene.
La mission avait également permis l’ouverture du point de sortie du café de la PONAPAC à Kyavinyonge et la pose de la première pierre pour la construction des bureaux de la PONAPAC à Beni.
C’est au cours de cette dernière étape, dans son allocution, que le ministre aurait évoqué la possibilité d’élargir la gamme des spéculations promues par les structures relevant de son ministère à des cultures présentant un potentiel économique important.
Parmi les exemples cités figuraient notamment le thé, le coton et le cannabis médical.
Face aux réactions suscitées par cette déclaration, le ministère rappelle que la RDC dispose déjà d’un cadre légal et réglementaire encadrant l’exploitation des stupéfiants et substances psychotropes à des fins médicales et scientifiques.
La Cellule de communication cite notamment l’arrêté ministériel n°1250/CAB/MIN/SPHP/038/DCA/CPH/2022 du 24 novembre 2022, qui modifie et complète l’arrêté du 27 février 2021 fixant les conditions d’exploitation des stupéfiants et substances psychotropes à des fins médicales et scientifiques.
Selon le ministère, ce dispositif soumet notamment la culture destinée à des fins médicales et scientifiques à un régime d’autorisation. Il ne serait donc pas question d’une autorisation générale de la culture du cannabis par le ministère de l’Agriculture.
« Il ne s’agissait ni d’une annonce d’autorisation de culture par le Ministère de l’Agriculture, ni d’une promotion de la consommation du cannabis », insiste la Cellule de communication.
Le ministère annonce par ailleurs qu’il compte se rapprocher du ministère de la Santé afin d’approfondir la question du cannabis médical, notamment sous l’angle de la recherche scientifique, du développement de l’industrie pharmaceutique et de la création de valeur économique, dans le strict respect de la législation congolaise et des engagements internationaux.
Le ministère entend rappeler les priorités actuelles de son action. La campagne agricole porte notamment sur la promotion de cultures pérennes telles que le café, le cacao, le palmier à huile et le macadamia, ainsi que sur plusieurs cultures vivrières comme le manioc, le haricot, le maïs, le riz et la pomme de terre.
Les cultures maraîchères figurent également parmi les axes du programme.
Lors de sa mission au Nord-Kivu, Muhindo Nzangi avait notamment supervisé la distribution de semences de haricots dans plusieurs localités, dont Butuhe, Musienene, Kyondo, Butembo, Museya, Karurama et Kyavinyonge. La distribution de semences de pommes de terre et d’engrais déjà disponibles à Beni doit également se poursuivre avec les services provinciaux du ministère.
Le ministère met aussi en avant la mise à disposition de tracteurs, semences et intrants agricoles, dans l’objectif d’accroître la production et de soutenir les producteurs.
Le ministère de l’Agriculture cherche donc à dissiper l’amalgame entre une réflexion sur le potentiel économique et industriel du cannabis médical et une prétendue décision d’autoriser sa culture à grande échelle.
La Cellule de communication appelle ainsi à considérer l’intervention du ministre dans son intégralité et à éviter les conclusions tirées d’extraits ou de commentaires isolés.
Pour le ministère, la réflexion sur le cannabis médical pourrait éventuellement ouvrir des perspectives dans la recherche, l’industrie pharmaceutique et la valorisation agricole, mais elle devra nécessairement s’inscrire dans le cadre légal existant et faire l’objet d’une collaboration avec les autorités sanitaires compétentes.
« Le débat peut être politique. Les faits, eux, ne le sont pas », conclut la Cellule de communication du ministère d’État à l’Agriculture et à la Sécurité alimentaire.
Lydia Mangala


