À l’occasion de la 6ᵉ édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital (GSAD), prévue les 2 et 3 septembre 2026 au Chapiteau du Palais du Peuple à Kinshasa, le vice-président du GSAD, Jonathan Muyumb Ditend, a présenté le GSAD Challenge comme l’une des principales innovations de cette édition. À travers des sessions de pitch dédiées aux jeunes entrepreneurs et aux startups déjà opérationnelles, cette initiative ambitieuse pour objectif de faire passer de l’identification et de la mise en réseau des acteurs agricoles au financement de projets capables de produire des résultats concrets.
Après plusieurs années consacrées à la sensibilisation, à l’identification des acteurs et à la création d’un écosystème autour de l’agriculture et du digital, le GSAD veut désormais entrer dans une phase davantage orientée vers l’action.
C’est dans cette logique que s’inscrit le GSAD Challenge, présenté par Jonathan Muyumb lors de la conférence de presse annonçant la tenue de cette sixième édition.

« Aujourd’hui, on est au-delà d’un événement, nous sommes une plateforme », a d’emblée déclaré le vice-président du GSAD, rappelant que l’initiative s’est d’abord employée à identifier les acteurs de l’agrobusiness en RDC, qu’ils soient institutionnels, privés, publics ou internationaux.
Cette démarche doit permettre de structurer progressivement un véritable écosystème capable de connecter les producteurs, les entrepreneurs, les partenaires techniques, les banques, les investisseurs et les institutions publiques.
Cinq ans pour rassembler, maintenant place aux projets
Pour Jonathan Muyumb, le GSAD arrive aujourd’hui à un tournant de son histoire.
« Nous avons fait cinq ans d’identification, nous avons fait cinq ans de rassemblement. Aujourd’hui, il est temps de passer à la suite », a-t-il affirmé.
Cette suite doit se traduire par des projets concrets. Le GSAD Challenge constitue l’une des premières réponses à cette volonté.
Durant les deux jours du salon, des jeunes entrepreneurs et des startups déjà établies auront l’occasion de présenter leurs activités et leurs projets devant différents acteurs de l’écosystème.
Le vice-président du GSAD a précisé que le Challenge ne cible pas uniquement des idées encore au stade embryonnaire.
« Le GSAD Challenge met en avant les jeunes entrepreneurs, les start-up qui sont déjà établies et qui ont déjà un chiffre d’affaires, qui pourront présenter leurs projets afin d’obtenir un financement qui est exclusivement apporté par le GSAD », a-t-il expliqué.
L’objectif est donc de soutenir des initiatives qui disposent déjà d’une base opérationnelle, mais qui ont besoin d’un nouvel élan pour changer d’échelle.
Le GSAD choisit de commencer par ses propres moyens
Pour Jonathan Muyumb, l’originalité de cette démarche réside également dans la volonté du GSAD de ne pas attendre exclusivement des financements extérieurs pour passer à l’action.
« Nous ne sommes pas allés solliciter des financements à l’extérieur. Nous nous sommes d’abord concentrés sur ce que nous, GSAD, nous avons », a-t-il souligné.
Trois projets devraient ainsi bénéficier d’un financement à l’issue des présentations prévues dans le cadre du Challenge.
« Nous avons déjà préparé des financements prévus pour les trois meilleurs présentateurs et, disons, porteurs de projets pour cette édition », a annoncé le vice-président.
L’ambition est de démontrer qu’un mécanisme de financement peut être progressivement construit autour des jeunes entreprises agricoles.
« Nous espérons que par cette impulsion, nous pourrons rassembler davantage de financements pour pouvoir accompagner ces jeunes entrepreneurs et ces jeunes startups », a-t-il ajouté.
Transformer le réseautage en résultats

Cette nouvelle orientation répond à une interrogation centrale portée par le GSAD : à quoi servent les rencontres, les forums et les salons si elles ne débouchent pas sur des réalisations concrètes ?
Jonathan Muyumb refuse que le GSAD devienne un événement supplémentaire dans un calendrier déjà chargé de conférences.
« On ne peut pas tomber dans le cliché, on ne peut pas tomber dans le stéréotype : événement après événement, forum après forum. C’est vrai que nous avons beaucoup de partenaires, grâce à Dieu, mais qu’est-ce qu’on en fait ? », s’est-il interrogé.
Pour lui, le véritable impact d’une plateforme comme le GSAD doit se mesurer à sa capacité à faire naître des collaborations, des financements, des entreprises et des emplois.
Il cite notamment plusieurs partenariats développés au fil des éditions, avec des institutions financières et des acteurs techniques, comme exemples de cette évolution.
« Non seulement nous parlons de réseautage, nous rassemblons les acteurs, mais maintenant il est temps aussi de développer des projets et d’en faire des résultats concrets », a-t-il insisté.
L’agriculture ne se limite pas au champ
Le vice-président du GSAD a aussi encouragé les jeunes à élargir leur conception de l’entrepreneuriat agricole.
L’agriculture, selon lui, ne doit pas être comprise uniquement comme l’activité consistant à cultiver une terre ou à élever des animaux. Elle constitue une chaîne économique beaucoup plus vaste, offrant de nombreuses possibilités aux jeunes.
« Il faut avoir une grande vision, mais il ne faut pas avoir peur de commencer petit », a-t-il conseillé.
Il prend l’exemple des jeunes qui, dans certaines provinces, se concentrent fortement sur le secteur minier et ses activités connexes.
« Quand on voit la jeunesse dans d’autres provinces qui se concentre sur le secteur minier, on lui dit que le même service que vous fournissez au secteur minier, c’est exactement le même service que vous pouvez fournir en agriculture », explique-t-il.
Transport, stockage, nettoyage, négociation, logistique ou encore services spécialisés : autant d’activités qui peuvent être développées autour de la production agricole.

« Il y a des sous-traitants qui ont des sociétés de transport. Il y a des sous-traitants qui ont des sociétés de stockage, de nettoyage, de négociation, etc. Vous pouvez exactement faire la même chose dans le secteur agricole », a-t-il poursuivi.
« L’agriculture n’est pas uniquement cultiver ou produire, mais c’est toute une chaîne de valeur qu’il faut remplir », a-t-il martelé.
Rendre les projets agricoles finançables
Le financement reste toutefois l’un des principaux obstacles rencontrés par les entrepreneurs du secteur. Jonathan Muyumb estime que le problème ne réside pas uniquement dans l’existence ou non des ressources financières, mais aussi dans la capacité des porteurs de projets à présenter des dossiers suffisamment solides pour convaincre les institutions.
« On ne peut pas parler d’agriculture sans financement », a-t-il rappelé.
Il a souligné que les mêmes questions reviennent régulièrement : comment obtenir un crédit ? Quelles garanties présenter ? Comment convaincre une banque ?
Pour expliquer le mécanisme, il utilise une comparaison volontairement simple.
« C’est de la même manière que vous allez demander de l’argent à prêter à un proche. La première question que ce proche va vous poser, c’est : vous me rendez quand, et qu’est-ce qui me garantit que vous allez me rembourser ? Vous apportez vos arguments », a-t-il expliqué.
Pour lui, il en va de même avec une institution financière : une bonne idée ne suffit pas.
« Vous revenez avec une très belle idée, d’accord, mais vous n’avez jamais produit, vous n’avez jamais créé, vous n’avez jamais transformé, vous n’avez jamais transporté ni distribué. Qu’est-ce qui va convaincre le prêteur de vous prêter de l’argent ? », s’est-il interrogé.
C’est précisément à ce niveau que les partenaires techniques du GSAD doivent intervenir pour aider les entrepreneurs à structurer leurs projets.
« Voilà pourquoi ici nous avons des partenaires stratégiques tels que AALI, tels que IITA, qui vous aident à monter des projets finançables », a-t-il souligné.
Une plateforme qui veut aussi former et mentorer
Le GSAD Challenge ne constitue pas l’unique dispositif destiné aux jeunes. Jonathan Muyumb a également évoqué le programme Start-Up Agritech, conçu pour accompagner les jeunes entrepreneurs et les femmes à travers la formation et le mentorat.
L’objectif est de ne pas limiter l’accompagnement au financement, mais de renforcer les compétences nécessaires à la pérennisation des entreprises.
Cette approche a pour but de sensibiliser, former, connecter puis accompagner les entrepreneurs vers la concrétisation de leurs projets.
Faire de la jeunesse le moteur de la transformation agricole
Derrière cette stratégie, Jonathan Muyumb place la jeunesse au centre de la transformation économique du pays.
« Nous restons convaincus et passionnés par le fait que l’agriculture sera le moyen par lequel la RDC va se relever », affirme-t-il.
Une conviction qu’il met en perspective avec les décennies d’exploitation minière en RDC.
« Les mines sont opérées depuis plus de 60 ans. Est-ce que ça va redresser notre pays ? Vous-même, vous détenez cette réponse », lance-t-il, tout en précisant que l’objectif n’est pas d’opposer agriculture et mines, mais de développer leur complémentarité.

Pour lui, le véritable enjeu consiste à diversifier les sources de création de richesse et à permettre aux jeunes de voir dans l’agriculture un secteur d’avenir, capable de générer des entreprises et des emplois dans les territoires.
Avec le GSAD Challenge, le salon ne veut plus seulement parler des opportunités de l’agrobusiness, mais commencer à financer ceux qui veulent les transformer en réalités.
Les 2 et 3 septembre, au Chapiteau du Palais du Peuple, les pitchs des jeunes entrepreneurs constitueront donc l’un des temps forts de cette édition, avec l’objectif de passer du rassemblement des acteurs à la production de résultats.
Lydia Mangala


