Trois jeunes joueurs aux racines congolaises continuent leur progression avec les Espoirs français. Une situation qui relance le débat sur la capacité des Léopards à anticiper leur relève et à convaincre les binationaux de rejoindre la sélection nationale.
La nouvelle convocation de Christian Mawissa, Saël Kumbedi et Senny Mayulu avec l’équipe de France Espoirs remet une question au centre des discussions autour des Léopards : comment la République démocratique du Congo peut-elle identifier, approcher et intégrer suffisamment tôt les jeunes talents de la diaspora ?
Les trois joueurs figurent dans la liste de 25 éléments retenus par Gérald Baticle, sélectionneur des Bleuets, pour les prochaines rencontres des éliminatoires de l’Euro U21 2027. La France affrontera notamment l’Islande, l’Estonie, le Luxembourg et la Suisse.
Sur le papier, ces convocations ne constituent évidemment pas encore un choix définitif en faveur de la France A. Mais elles témoignent d’une réalité : ces jeunes joueurs sont déjà intégrés dans le système de formation et de développement du football français.
Mawissa et Kumbedi : des profils qui interpellent
À 21 ans, Christian Mawissa, défenseur de l’AS Monaco, fait partie des joueurs régulièrement convoqués chez les Espoirs français. L’UEFA le répertorie bien comme international français U21, avec déjà une apparition dans la campagne actuelle.
Son profil est particulièrement intéressant pour la RDC dans la perspective du renouvellement de sa défense. Le joueur dispose en outre de liens avec le Congo-Kinshasa, sa double appartenance apparaissant notamment dans certaines bases sportives.
Même constat pour Saël Kumbedi, 21 ans, défenseur évoluant en Allemagne. Lui aussi est régulièrement utilisé avec les Espoirs français et compte déjà plusieurs rencontres dans les éliminatoires de l’Euro U21.
Pour les Léopards, ces deux dossiers doivent donc être considérés non seulement comme des questions de recrutement ponctuel, mais comme une réflexion plus large sur la succession générationnelle.
La RDC dispose actuellement de défenseurs expérimentés, mais toute sélection nationale ambitieuse doit préparer simultanément le présent et l’après.
Mayulu, le cas qui pose davantage question
Le dossier de Senny Mayulu est encore différent.
Le jeune joueur du Paris Saint-Germain, âgé de 20 ans, évolue actuellement avec les Espoirs français. L’UEFA le répertorie comme attaquant au niveau international, avec deux apparitions dans la campagne U21 en cours.
Mayulu représente précisément cette catégorie de joueurs pour lesquels la bataille sportive se joue aussi sur le terrain de l’anticipation.
À 20 ans, sa carrière est encore en construction. Une présence chez les Espoirs français ne signifie donc pas automatiquement qu’il atteindra l’équipe de France A. Mais l’inverse est également vrai : la RDC ne peut pas considérer son arrivée comme acquise simplement parce qu’un joueur possède des attaches congolaises.
Il faut convaincre.
Convaincre par un projet sportif.
Convaincre par la place qui lui serait accordée.
Convaincre par une vision claire de son rôle dans les prochaines années.
Desabre interpellé, mais surtout une fédération appelée à anticiper
Le débat ne devrait d’ailleurs pas être limité à Sébastien Desabre.
Le sélectionneur des Léopards a déjà montré qu’il pouvait intégrer progressivement de nouveaux profils dans son groupe. Pour la Coupe du Monde 2026, sa liste comprenait notamment plusieurs joueurs issus de la nouvelle génération, aux côtés de cadres expérimentés comme Chancel Mbemba.
La vraie question est donc celle de la stratégie de détection et de sécurisation des talents binationaux.
Dans un environnement où la France dispose d’un système particulièrement structuré de formation et de sélections de jeunes, les joueurs susceptibles de représenter plusieurs nations sont naturellement sollicités très tôt.
La RDC doit, elle aussi, travailler sur le long terme.
Cela signifie établir une véritable cartographie des jeunes Congolais ou joueurs d’origine congolaise évoluant dans les centres de formation et les championnats européens, maintenir un contact régulier avec leurs familles et leurs entourages, leur présenter le projet sportif des Léopards et surtout éviter de ne les contacter qu’au moment où leur valeur sportive devient évidente.
Le précédent des autres nations africaines
Le football africain montre régulièrement que la concurrence pour les binationaux commence bien avant leur première sélection avec une équipe A.
Des joueurs formés en Europe peuvent choisir leur pays d’origine lorsqu’ils constatent qu’un projet sportif cohérent leur est proposé. Mais ils peuvent également privilégier le pays de formation si celui-ci leur offre davantage de perspectives internationales.
La RDC ne peut donc pas partir du principe que « l’origine congolaise suffit ».
Elle doit construire un environnement capable de donner envie à ces jeunes talents de porter le maillot national.
La question de la concurrence française
Pour Mawissa, Kumbedi et Mayulu, le contexte est particulièrement révélateur.
Tous trois sont actuellement intégrés au dispositif français U21.
Cela signifie que la France leur offre déjà une continuité internationale dans leur développement.
Face à cela, l’enjeu pour la RDC n’est pas de leur demander simplement de « choisir le Congo ». Il est de leur démontrer concrètement ce que représenterait leur choix pour les Léopards et pour leur propre carrière internationale.
C’est là que doit intervenir une politique fédérale structurée.
La relève ne se prépare pas à 30 ans
Le dossier Mawissa-Kumbedi-Mayulu rappelle finalement une évidence : la relève d’une sélection nationale se prépare lorsque les joueurs ont 17, 18, 19 ou 20 ans, et non lorsqu’ils sont déjà installés au plus haut niveau.
Avec Chancel Mbemba et plusieurs autres cadres qui avancent dans leur carrière, la RDC doit nécessairement penser à l’après.
Le sujet dépasse donc trois noms.
Il concerne une génération entière de jeunes Congolais évoluant en France, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne ou ailleurs en Europe.
Sébastien Desabre et la Fédération congolaise de football sont ainsi face à un véritable chantier : identifier les talents, créer le contact, présenter le projet et construire la succession.
Car dans le football moderne, une relève réussie ne se découvre pas au dernier moment. Elle se prépare plusieurs années à l’avance.
Joséphine Mawete


