À l’ouverture de chaque nouvelle session de l’Assemblée générale des Nations Unies, une séquence protocolaire revient avec une certaine régularité : le Brésil prend traditionnellement la parole en premier, avant de céder la tribune au pays hôte, les États-Unis d’Amérique.
À l’approche de la Semaine de haut niveau de l’ONU, cette tradition diplomatique est remise en lumière par Chris Muakuya, chercheur en relations internationales, diplomatie, jeunesse, paix et sécurité, qui propose plusieurs repères pour mieux comprendre le fonctionnement de ce grand rendez-vous du multilatéralisme.
L’Assemblée générale constitue le principal organe délibérant de l’ONU. Elle rassemble les 193 États membres, qui participent aux discussions sur les grandes questions internationales.
Le Débat général représente, pour sa part, le rendez-vous annuel au cours duquel les chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les chefs de délégation, présentent les priorités et les positions de leurs pays devant la communauté internationale.
C’est notamment depuis cette tribune que les États exposent leurs préoccupations, leurs orientations diplomatiques et leur lecture des principaux enjeux mondiaux.
Cette année, le Débat général est placé sous le thème : « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous. »
Pourquoi le Brésil ouvre-t-il traditionnellement le Débat général ?
Chris Muakuya rappelle que cette pratique remonte aux premières années de l’Organisation des Nations Unies. À cette époque, les États membres n’étaient pas particulièrement désireux d’être les premiers à s’exprimer devant l’Assemblée générale.
Le Brésil aurait alors accepté, à plusieurs reprises, d’occuper cette position.
Avec le temps, cette pratique s’est installée comme une tradition diplomatique. Le Brésil ouvre ainsi traditionnellement le Débat général, avant que les États-Unis, pays hôte du siège de l’ONU, ne prennent la parole à leur tour.
Une séquence protocolaire qui, selon le chercheur, trouve donc son origine dans une situation assez simple : il fallait bien qu’un État accepte de commencer.
Les 193 États membres de l’ONU peuvent intervenir dans le cadre du Débat général.
Certaines entités bénéficiant d’un statut d’observateur disposent également de possibilités de participation et de prise de parole, conformément aux règles applicables. C’est notamment le cas de l’État de Palestine, du Saint-Siège et, dans certaines conditions, de l’Union européenne.
La tribune constitue ainsi un espace où se croisent les différentes voix de la communauté internationale.
Un aspect du Débat général est la durée des interventions. La durée recommandée pour les discours est de 15 minutes. Mais l’histoire de l’Assemblée générale compte plusieurs exceptions célèbres.
En 1960, le dirigeant cubain Fidel Castro avait notamment prononcé un discours d’environ 4 heures et 29 minutes, resté parmi les interventions les plus longues de l’histoire de l’Assemblée générale.
Cette particularité illustre aussi le poids symbolique accordé à cette tribune, où certains dirigeants ont choisi de développer longuement leur vision des affaires internationales.
Pour suivre les interventions, les réunions des Nations Unies sont diffusées en direct et en différé sur UN Web TV, la plateforme audiovisuelle officielle de l’ONU.
Les déclarations prononcées lors du Débat général sont également rendues accessibles à travers les plateformes officielles des Nations Unies.
Ces ressources permettent notamment de suivre les prises de parole des différents pays et de comparer, d’une année à l’autre, l’évolution de leurs priorités diplomatiques.
Pour Chris Muakuya, comprendre le Débat général ne consiste donc pas uniquement à connaître l’ordre de passage des États ou les règles protocolaires.
L’intérêt réside également dans l’analyse des messages portés depuis la tribune : quelles priorités un État choisit-il de mettre en avant ? Quels enjeux considère-t-il comme stratégiques ? Quelle place accorde-t-il aux questions de paix, de sécurité, de développement ou de coopération internationale ?
À l’approche de cette nouvelle Semaine de haut niveau, une interrogation demeure ainsi au centre de l’attention : quel message chaque pays portera-t-il devant l’Assemblée générale et dans quelle mesure ce message s’inscrira-t-il dans la continuité ou dans l’évolution de sa diplomatie ?
Observer le Débat général, c’est aussi suivre cette évolution des priorités et comprendre, à travers les discours, la manière dont les États présentent leurs positions dans le système multilatéral.
Lydia Mangala


