Ce qui devait être une journée de joie et d’accomplissement pour des milliers de diplômés s’est transformé, ce vendredi 31 juillet 2026, en un véritable casse-tête pour les habitants de la capitale. Depuis les premières heures de la matinée et jusqu’en cette fin de journée, Kinshasa est restée presque entièrement paralysée par des embouteillages d’une rare intensité, provoqués par l’organisation simultanée des cérémonies de collation des grades dans plusieurs universités et instituts supérieurs.
Des automobilistes immobilisés pendant plusieurs heures, des motos-taxis tentant difficilement de se frayer un passage, des bus bondés, des piétons envahissant les chaussées et des centaines d’étudiants en toge avançant à pied pour rejoindre leurs universités : le décor rappelait davantage celui d’un grand événement national que d’une simple journée académique.
L’avenue de la Libération (ex-24 Novembre), les Huileries, le boulevard Triomphal, le boulevard Lumumba, le boulevard du 30 Juin ainsi que plusieurs axes secondaires sont restés saturés durant une grande partie de la journée. À plusieurs carrefours, les véhicules n’avançaient que de quelques mètres en plusieurs dizaines de minutes, tandis que des milliers d’usagers tentaient, en vain, de trouver des itinéraires alternatifs.
À l’origine de cette situation figure la tenue, le même jour, des cérémonies de collation des grades dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur, notamment l’Université Protestante au Congo (UPC), l’Université Catholique du Congo (UCC), l’Institut Supérieur de Commerce (ISC), l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM), l’Université Révérend Kim, ainsi que plusieurs autres universités de Kinshasa.
Ces cérémonies, qui réunissent traditionnellement les diplômés, leurs familles, leurs amis, les autorités académiques et de nombreuses personnalités, ont généré des déplacements massifs dans une ville où la circulation est déjà particulièrement difficile en temps normal.
Au fil des heures, Kinshasa a offert un visage inhabituel. Les toges académiques se sont mêlées aux interminables files de véhicules. Voitures particulières décorées pour célébrer les nouveaux diplômés, taxis, bus de transport en commun, motos-taxis et piétons se partageaient des axes complètement saturés.
Dans plusieurs artères de la ville, des étudiants ont préféré abandonner leurs véhicules pour poursuivre leur trajet à pied ou à moto afin d’arriver à temps à leur cérémonie. D’autres couraient pour ne pas manquer l’ouverture des festivités. Certains, bloqués dans les bouchons, étaient assis aux portières ou aux fenêtres des voitures, tandis que leurs proches tentaient tant bien que mal de rejoindre les différents campus.
La journée exceptionnelle a été marquée par de longues colonnes de véhicules à l’arrêt, des cortèges de diplômés parcourant plusieurs kilomètres en toge, des motos transportant parfois plusieurs passagers et des automobilistes exprimant leur exaspération face à une circulation quasiment figée.

Pourtant, derrière ces interminables bouchons, l’émotion était bien réelle. Pour de nombreuses familles congolaises, la collation des grades représente l’aboutissement de plusieurs années de sacrifices financiers, d’efforts académiques et de persévérance. Parents, frères, sœurs, amis et proches tenaient à être présents pour partager ce moment unique, transformant chaque cérémonie en une véritable fête familiale.
Cette journée met toutefois en évidence les limites de la mobilité urbaine à Kinshasa. Dans une métropole de plus de quinze millions d’habitants, où les infrastructures routières sont déjà fortement sollicitées au quotidien, la concentration de plusieurs grands événements sur une même journée suffit à provoquer une quasi-paralysie de la circulation.
Elle relance également le débat sur la coordination des calendriers académiques. Sans remettre en cause l’autonomie des établissements d’enseignement supérieur, une meilleure concertation entre le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovation (ESURSI), les universités, les autorités provinciales et les services de circulation permettrait de mieux répartir ces cérémonies dans le temps.

Une programmation échelonnée des collations des grades sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, l’élaboration d’un calendrier national concerté, la mise en place de plans spéciaux de circulation, le renforcement ponctuel des effectifs de la Police de circulation routière (PCR), l’aménagement de parkings temporaires ainsi que l’encouragement du transport collectif constitueraient autant de pistes pour limiter les perturbations lors de ces grands rassemblements.
En définitive, cette journée du 31 juillet 2026 montre deux réalités qui coexistent aujourd’hui à Kinshasa. D’un côté, une jeunesse toujours plus nombreuse qui accède à l’enseignement supérieur et célèbre avec fierté l’obtention de son diplôme et de l’autre, une capitale dont les infrastructures et l’organisation urbaine peinent encore à absorber des mouvements de population d’une telle ampleur.
Entre les klaxons incessants, les longues files de véhicules, les cortèges de diplômés en toge, les familles venues immortaliser ce moment de réussite et les automobilistes bloqués pendant des heures, Kinshasa aura vécu une journée où la fierté académique s’est heurtée aux défis de la mobilité urbaine. Une situation qui rappelle qu’à mesure que l’enseignement supérieur se développe et que les cérémonies prennent de l’ampleur, leur organisation devra désormais s’accompagner d’une véritable planification pour que la célébration de l’excellence ne rime plus avec la paralysie de toute une ville.
Lydia Mangala


