La deuxième journée de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC s’est poursuivie le jeudi 8 octobre 2026 à la Grande Résidence de Kinshasa avec un panel consacré à la réinvention et à la reconstruction de la capitale.
En keynote du panel 4, le ministre d’État, ministre de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, a appelé à repenser profondément la chaîne de conception et de réalisation des projets urbains, en plaçant les compétences professionnelles, la traçabilité et la responsabilité au cœur du futur cadre de l’urbanisme et de la construction.
Modéré par Fiyou Ndondoboni, président de l’Ordre national des architectes, le panel a réuni Mahmoud Nassef, General Manager d’Arab Contractors en RDC, Joël Kyana Basila, président national de la Corporation des Urbanistes Congolais, et Godelieve Phanzu Vangu, experte en cadastre et présidente associée de la Fédération des Géomètres en RDC.
Rénover l’existant, anticiper les nouvelles cités
Dans son intervention, Alexis Gisaro a distingué deux impératifs pour Kinshasa entre autres corriger les dysfonctionnements de la ville existante et anticiper ceux des nouvelles zones urbaines.
Il a notamment rappelé les propos du chef de l’État lors de l’ouverture d’ExpoBeton, soulignant la responsabilité qui incombe aux professionnels de la construction.
« Chaque plan que vous signez, chaque étude que vous réalisez, chaque contrôle que vous effectuez engage la sécurité de ceux qui utiliseront l’ouvrage », a-t-il rappelé.
Pour le ministre, la ville ne peut plus être pensée comme une succession de bâtiments. L’urbanisation doit intégrer simultanément l’habitat, l’emploi, la mobilité, l’eau, l’énergie, l’assainissement et les espaces publics.
Cette approche implique, dans les quartiers existants, de restructurer et de protéger les zones exposées aux inondations et aux érosions. Dans les nouvelles cités, elle impose au contraire d’anticiper les réseaux et les équipements avant les constructions.
Faire travailler les compétences en amont
Alexis Gisaro a ensuite insisté sur la complémentarité entre géomètres, urbanistes, architectes et ingénieurs. Selon lui, ces professionnels ne doivent plus intervenir successivement lorsque les principales décisions ont déjà été prises.
Le géomètre doit contribuer à sécuriser le territoire en identifiant notamment les limites, emprises, servitudes, réseaux et zones à risques. L’urbaniste doit organiser la croissance spatiale en déterminant les espaces destinés à l’habitat, au travail, à la circulation, mais également ceux où il ne faut pas construire.
L’architecte doit garantir la qualité et l’accessibilité des constructions en tenant compte du contexte, des matériaux et des réalités culturelles locales. Quant à l’ingénieur, il doit intégrer la résilience, le drainage et la maintenance dès la conception.
« Le vrai défi, c’est qu’on fasse en sorte que toutes ces compétences travaillent ensemble », a-t-il souligné.
Cette coordination constitue, selon le ministre, l’un des objectifs du futur cadre de l’urbanisme et de la construction, appelé à faire évoluer la RDC d’un urbanisme réactif vers un urbanisme davantage anticipatif.
La signature professionnelle comme acte de responsabilité
L’un des points majeurs de son intervention a porté sur la signature professionnelle. Alexis Gisaro souhaite qu’elle cesse d’être perçue comme une simple formalité administrative pour devenir un véritable mécanisme d’identification et de responsabilisation.
« Une signature professionnelle doit être un acte de responsabilité. Elle doit identifier celui qui intervient, attester sa compétence et, surtout, engager sa responsabilité », a-t-il affirmé.
Dans cette logique, le ministre propose une chaîne de responsabilités couvrant les différentes étapes d’un projet : le géomètre pour la connaissance et la sécurisation du terrain, l’urbaniste pour l’organisation spatiale, l’architecte pour la conception et la qualité du projet, et l’ingénieur pour la sécurité et la résilience de l’ouvrage.
L’objectif est également de renforcer la traçabilité grâce aux outils numériques, notamment la signature électronique sécurisée, le géoréférencement et la traçabilité des réseaux.
« Pas de compétence sans responsabilité, pas de responsabilité sans identification et pas d’autorisation sans traçabilité », a résumé Alexis Gisaro.
Une chaîne de qualité pour chaque projet
Le ministre d’État a ainsi défendu la mise en place d’une véritable chaîne de qualité, allant du foncier à l’exécution des travaux. Celle-ci devrait intégrer l’identification des risques, la planification, la conception architecturale et technique, le contrôle de conformité et la définition claire des responsabilités.
Il a également insisté sur la nécessité de rendre les honoraires professionnels accessibles, de renforcer l’assistance technique de proximité et de faire respecter les règles par les différents acteurs du secteur.
Dans ses recommandations pour le panel, il a notamment appelé à préciser les conditions dans lesquelles la signature professionnelle pourrait devenir effective dans les procédures techniques, à intégrer les artisans et chefs de chantier dans cette chaîne de qualité et à renforcer le contrôle du respect des normes.
Réinventer Kinshasa sans effacer son histoire
En conclusion, Alexis Gisaro a inscrit cette réforme dans une vision plus large de la transformation de Kinshasa et des autres villes congolaises.
« Réinventer Kinshasa, ce n’est pas tout effacer, ce n’est pas partir de zéro. C’est réparer ce qui doit l’être, préserver ce qui mérite de l’être, et construire autrement là où nous avons encore beaucoup de choses à faire », a-t-il déclaré.
Il a enfin appelé à faire de Kinshasa une première démonstration de cette nouvelle manière de construire, avec l’ambition d’adapter les enseignements de la capitale aux autres villes de la RDC.
Lydia Mangala


