À Kinshasa, la lutte contre le cancer du sein passe aussi par l’accès aux soins, le dépistage précoce et la solidarité financière. Lors de la conférence « Combat quotidien », organisée samedi 17 octobre 2026 par Chaz-Lune Medical Center ASBL à l’hôtel Golden Tulip, la pédiatre Francine Ilela Ekila, présidente du conseil d’administration du Fonds de solidarité de santé (FSS), a insisté sur la nécessité de renforcer l’accompagnement des patientes et de transformer la sensibilisation en actions concrètes.
Intervenant dans le cadre d’Octobre Rose, autour du thème « Entre sciences, foi et tradition face au cancer du sein : quelle démarche intégrée pour la prévention et la prise en charge ? », elle a défendu une approche combinant prévention, accès aux traitements, soutien psychologique et mobilisation collective.
Le Fonds de solidarité de santé pour réduire les inégalités d’accès aux soins
Pour Francine Ilela, le coût des traitements constitue un obstacle important pour de nombreuses patientes. Elle a ainsi plaidé pour une solidarité organisée, fondée sur la mutualisation des contributions, afin que l’accès aux soins ne dépende pas uniquement des ressources financières de chaque personne.
« Les soins ne sont pas gratuits. Vous aurez en amont cotisé. Mais les soins que vous allez recevoir ne sont pas proportionnels à ce que vous avez cotisé », a-t-elle expliqué, illustrant le principe d’une assurance permettant de répartir les charges entre les assurés.

« Nous voulons organiser cette solidarité », a-t-elle insisté.
Selon elle, le Fonds de solidarité de santé est appelé à accompagner l’opérationnalisation de l’assurance maladie obligatoire. La pédiatre a également évoqué le cas d’une jeune femme qui, faute de moyens, peinait à financer une consultation, soulignant l’importance de l’information, de l’orientation des patientes et des mécanismes de soutien financier.
Détecter tôt pour mieux agir
Outre le financement des soins, Dr Francine Ilela a rappelé l’importance de reconnaître les changements inhabituels au niveau des seins et de consulter rapidement un professionnel de santé.
Elle a cité plusieurs signes nécessitant une évaluation médicale, notamment l’apparition d’une boule, une modification de la forme ou de la taille du sein, des changements de l’aspect de la peau, une rétraction du mamelon ou un écoulement inhabituel.

« Dès que vous sentez une anomalie, mes chères sœurs, mes filles, tout ce que vous constatez sur votre sein d’anormal, ne jouez pas aux apprentis sorcières. Allez consulter », a-t-elle exhorté.
Elle a également encouragé les femmes à mieux connaître leur corps et à être attentives aux changements observés, tout en rappelant que l’autopalpation ne remplace ni l’examen clinique ni les examens complémentaires recommandés par un professionnel de santé.
L’accompagnement des conjoints, un soutien indispensable
Dr Francine Ilela a interpellé les hommes sur leur rôle auprès des femmes atteintes du cancer du sein. Les transformations physiques et les difficultés psychologiques liées à la maladie et à certains traitements peuvent affecter l’image de soi et la vie conjugale.
« Continuez à regarder votre femme comme la belle femme que vous avez connue avant son cancer. Continuez à lui dire qu’elle est désirable », a-t-elle recommandé aux conjoints.
Elle a souligné que la prise en charge ne devait pas se limiter aux soins médicaux. Le soutien affectif, psychologique et social joue également un rôle important dans le parcours des patientes. La présence des familles et des communautés peut les aider à affronter la maladie et à poursuivre leur traitement.
Prévention et recherche : investir pour mieux lutter
La pédiatre a par ailleurs insisté sur la prévention et la nécessité de renforcer les investissements dans la recherche médicale. Elle a notamment évoqué certains facteurs de risque liés aux habitudes de vie, comme le tabagisme, la consommation d’alcool et l’obésité, tout en soulignant l’importance de mieux documenter la situation des cancers en République démocratique du Congo.
Pour elle, disposer de données fiables permettrait de mieux cerner les besoins et d’orienter les ressources vers la prévention, le diagnostic et les traitements.
« Tout ce que vous voyez ici, toutes les innovations, c’est parce qu’on donne l’argent », a-t-elle déclaré, plaidant ainsi pour un financement accru de la recherche et des mécanismes destinés à améliorer l’accès aux soins.
Une levée de fonds pour soutenir les malades
Lors de la levée de fonds organisée en faveur des personnes atteintes du cancer, Dr Francine Ilela Ekila a appelé les participants à dépasser les discours et à poser des gestes concrets face au manque de médecins, de structures sanitaires et de personnes chargées d’accompagner les malades.
« Pas assez de médecins. Pas assez de structures. Pas assez d’accompagnateurs. Pas assez, pas assez, pas assez. Quand est-ce que ça va devenir assez ? Comment ça va devenir assez ? C’est pour ça qu’on est ici », a-t-elle lancé.

Pour appuyer son appel, elle a rappelé que les biens matériels, les titres, les diplômes et les apparences perdent leur importance lorsque la maladie fragilise une personne. Dans ces moments, a-t-elle souligné, l’essentiel demeure la vie et la possibilité de bénéficier de soins adaptés.
« Alors, cette après-midi, j’en appelle à la solidarité, à la charité de toutes et à chacun. On commence aujourd’hui, maintenant », a-t-elle déclaré.
Invitant les participants à contribuer selon leurs moyens, elle les a encouragés à donner avec générosité et de bon cœur, sans attendre. Pour elle, la solidarité doit devenir un engagement régulier afin que les malades ne soient pas abandonnés une fois les campagnes de sensibilisation terminées.
Octobre Rose, une lutte annuelle
En clôturant la conférence, Dr Francine Ilela Ekila a remercié les intervenants et les participants pour leur mobilisation. Elle les a exhortés à maintenir leur engagement au-delà de cette journée, rappelant que les besoins des personnes atteintes du cancer persistent après la fin des campagnes de sensibilisation.
« Octobre Rose, ce n’est pas un mois, ce n’est pas un jour, c’est toute l’année », a-t-elle insisté, invitant chacun à poursuivre les gestes de soutien et de solidarité bien au-delà du mois d’octobre.

« Ensemble, puisque nous sommes tous concernés, nous vaincrons le cancer », a-t-elle conclu, convaincue que la lutte contre le cancer concerne l’ensemble de la société.
Dr Francine Ilela a ainsi mis en avant une approche globale de la lutte contre le cancer du sein, associant dépistage précoce, accès équitable aux soins, recherche, accompagnement des patientes et solidarité financière.
Son appel aux dons a rappelé qu’au-delà des discours, la mobilisation collective peut contribuer à soutenir les malades et à faire de la solidarité un engagement quotidien.
Lydia Mangala


