La capacité actuelle des barrages d’Inga 1 et 2 ne permet plus de couvrir les besoins énergétiques de la République démocratique du Congo. C’est le constat défendu par Teddy Lwamba, directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), lors du panel consacré à la transition énergétique et à l’autonomie en eau et en électricité des métropoles, organisé vendredi 9 octobre 2026, à l’occasion de la troisième journée de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, à Kinshasa. Il a insisté sur la nécessité de développer de nouvelles capacités de production et de moderniser les infrastructures pour réduire le déficit énergétique.
« La centrale Inga 1 et 2 ne permet plus de répondre aux besoins actuels dans l’électricité », a déclaré le directeur général de la SNEL.
Pour lui, le potentiel hydroélectrique du pays ne doit pas être confondu avec la capacité réellement disponible pour alimenter les ménages et les entreprises.
Inga : un potentiel énergétique qui ne répond plus à la demande
Au cours des échanges modérés par Guy Christian Moju, Teddy Lwamba a tenu à distinguer les ressources hydroélectriques de la RDC de la capacité effective de ses installations. Il a notamment souligné que le pays dispose d’un potentiel important, mais que les infrastructures actuellement exploitées ne suffisent plus à satisfaire les besoins croissants en électricité.
« Il faudra construire un troisième barrage qui répondra aux besoins », a-t-il affirmé, en référence à la nécessité d’accroître les capacités de production au-delà des installations existantes.
Pour illustrer cet écart entre potentiel et production effective, le DG de la SNEL a comparé la situation à une cuisine disposant d’une grande plaque chauffante, mais équipée d’une marmite trop petite pour préparer un repas destiné à un grand nombre de personnes. Une image destinée à souligner qu’un potentiel énergétique considérable ne garantit pas, à lui seul, une desserte suffisante.
Cette insuffisance pèse sur la fourniture d’électricité et contribue au maintien des délestages, alors que les besoins augmentent avec l’expansion des villes, le développement des activités économiques et l’implantation de nouvelles zones d’habitation.
Un déficit estimé à 1 200 MW pour Kinshasa
Face à cette situation, Teddy Lwamba a évoqué le déficit énergétique de Kinshasa, qu’il a estimé à environ 1 200 MW. Il a indiqué que la SNEL travaillait à l’augmentation de la capacité disponible, à la modernisation du réseau et au développement de nouveaux projets de production.
Selon ses explications, la société a déjà enregistré une augmentation de capacité de plus de 140 MW, portant la capacité évoquée pour Kinshasa à environ 700 MW.
Ces chiffres traduisent, selon lui, l’ampleur des efforts à poursuivre pour rapprocher l’offre de la demande.
« À défaut de rester sans solution et de croiser les bras, il faut apporter une solution pour soutenir le développement économique et renforcer la productivité », a-t-il insisté.
Le patron de la SNEL a également relevé les conséquences économiques des pénuries d’électricité, notamment pour les petites industries.
Il a expliqué que certaines activités de production avaient été déplacées vers des zones frontalières pour bénéficier d’un approvisionnement plus favorable en énergie. Une situation qui, selon lui, prive l’économie locale d’emplois et de capacités de production.
Centrales flottantes et solaire pour renforcer l’offre
En attendant la réalisation de projets structurels, la SNEL envisage des solutions à plus court terme, notamment le recours à des centrales flottantes. Teddy Lwamba a défendu cette option comme un moyen d’injecter rapidement de l’énergie dans le réseau, en attendant l’aboutissement de projets de plus grande envergure.
« Si on ne fait rien, la situation sera pire que maintenant », a-t-il averti.
Il estime que des solutions transitoires sont nécessaires pour éviter que le déficit ne freine davantage l’activité économique.
Le directeur général a aussi évoqué le développement de projets solaires, dont un parc prévu à Maluku avec le groupe norvégien Scatec. Il a indiqué qu’une capacité supplémentaire de 100 MW était envisagée dans le cadre de ce projet, avec un calendrier de réalisation annoncé à moyen terme.
La SNEL entend également renforcer ses infrastructures de transport et de distribution, notamment par la modernisation des équipements, le remplacement des installations vétustes et l’extension du réseau vers les zones en pleine croissance urbaine.
Le tarif de l’électricité, un frein aux investissements
Teddy Lwamba a par ailleurs soulevé la question de la tarification, qu’il considère comme un obstacle à la capacité de la SNEL à financer ses investissements et à diversifier ses sources de production.
Il a expliqué que les conditions tarifaires actuelles limitaient notamment les possibilités de développement de projets solaires directement portés par l’entreprise.
« Si la SNEL doit être concurrentielle, il faut avoir un prix qui reflète la réalité économique », a-t-il soutenu.
Il a plaidé pour une meilleure cohérence entre les mécanismes de régulation et les impératifs de viabilité financière du secteur.
Il a précisé que la société envisageait de renforcer ses activités dans les énergies renouvelables, notamment à travers une division dédiée au photovoltaïque.
Le développement de projets avec des producteurs indépendants et le recours à des partenariats public-privé figurent également parmi les pistes évoquées.
Pour le DG de la SNEL, la réponse au déficit énergétique repose ainsi sur plusieurs leviers complémentaires entre autres accroître les capacités de production, moderniser les réseaux, mobiliser les investissements et adapter les mécanismes économiques du secteur.
Son intervention à ExpoBéton 12 a ramené le débat sur un enjeu central pour l’avenir de Kinshasa de transformer le potentiel énergétique de la RDC en une capacité de production suffisante, fiable et accessible pour accompagner l’expansion urbaine et soutenir le développement économique.
Lydia Mangala


