LExpert en digital marketing, Jossard Katunda interpelle les acteurs de la musique congolaise sur la nécessité de mieux reconnaître, créditer et protéger les auteurs, paroliers et compositeurs qui contribuent à la création des œuvres musicales.
À travers un témoignage personnel, Jossard Katunda met en lumière une réalité qu’il estime préoccupante dans le fonctionnement de l’écosystème musical congolais : la faible reconnaissance des contributions des paroliers, compositeurs et autres créateurs derrière les chansons à succès.
L’expert en digital marketing raconte s’être rapproché d’un ancien parolier ayant participé à l’écriture de plusieurs titres à succès interprétés par de grands noms de la musique congolaise, notamment Papa Wemba, Fally Ipupa, Héritier Wata, Ferré Gola et Innoss’B.
Alors qu’il réfléchissait à une meilleure organisation et à la restructuration de la structure de ce professionnel, Jossard Katunda lui avait proposé d’aller plus loin, notamment en entamant les démarches pour son adhésion à la SACEM, afin de mieux protéger et faire reconnaître son travail.
Il lui avait également suggéré de reprendre contact avec les artistes avec lesquels il avait collaboré, dans le but d’obtenir la reconnaissance de sa contribution sur les œuvres déjà publiées.
« Il avait peur d’être blacklisté »
La réaction du parolier a particulièrement marqué Jossard Katunda.
Selon son récit, celui-ci s’est montré sceptique, craignant que certains artistes refusent de reconnaître officiellement son apport. Plus encore, il redoutait que cette démarche puisse lui fermer des portes dans le milieu musical.
Une crainte résumée dans une expression en lingala : « Soki ba artistes bayebi que akoti na SACEM, bako kima ko travailler na ye », autrement dit, la peur que la reconnaissance officielle de ses droits puisse compromettre ses futures collaborations.
Pour Jossard Katunda, cette situation révèle un problème plus profond.
Sortir de la culture du « na futi yo déjà mbongo »
L’expert estime que la collaboration entre artistes et créateurs doit progressivement évoluer vers une véritable culture du droit d’auteur et de la reconnaissance.
Il relève notamment une différence de traitement entre certains collaborateurs congolais et des professionnels étrangers. Lorsqu’un artiste congolais travaille avec des paroliers, compositeurs ou producteurs en Europe, leurs contributions sont généralement identifiées et leurs droits davantage encadrés. En revanche, au Congo, certains collaborateurs peuvent encore être rémunérés ponctuellement parfois avec de l’argent, des vêtements ou d’autres avantages sans que leur contribution à l’œuvre soit formellement reconnue.
Pour Jossard Katunda, cette pratique pose la question de la structuration même de l’industrie musicale congolaise.
« Un parolier n’est pas simplement quelqu’un qu’on paie une fois et qu’on oublie. Un compositeur n’est pas seulement quelqu’un qui était présent en studio. Ce sont des auteurs et créateurs qui participent à la valeur et à l’histoire d’une œuvre », soutient-il.
Il appelle ainsi les professionnels du secteur à dépasser progressivement la logique du « na futi yo déjà mbongo » ou du « ozalaki mwana mosala na groupe na ngai », pour instaurer des mécanismes plus transparents en matière de crédit, de propriété intellectuelle et de rémunération.
Une chanson peut traverser plusieurs générations
Jossard Katunda rappelle qu’une œuvre musicale peut continuer à générer de la valeur plusieurs décennies après sa création. Elle peut être diffusée, reprise, exploitée commercialement et transmise d’une génération à l’autre.
Dans cette perspective, estime-t-il, la personne ayant contribué à son écriture ou à sa composition ne devrait pas disparaître de l’histoire de l’œuvre au seul motif qu’elle a reçu une rémunération au moment de sa création.
La professionnalisation de la musique congolaise ne devrait donc pas se limiter à l’amélioration des clips, des concerts, des productions ou du marketing.
Elle devrait également passer, selon lui, par la construction d’un écosystème capable d’identifier les différents contributeurs d’une œuvre, de créditer leur travail et de leur permettre d’exercer les droits qui leur sont reconnus.
« Nos talents méritent d’être reconnus, crédités et protégés »
À travers cette réflexion, Jossard Katunda pose finalement une question essentielle : peut-on véritablement parler d’une industrie musicale structurée sans mécanismes solides de reconnaissance et de protection des créateurs ?
Pour lui, la réponse passe nécessairement par une meilleure culture du droit d’auteur et par l’utilisation effective des structures compétentes, notamment les sociétés de gestion collective comme la SACEM, lorsque les conditions d’adhésion et de protection correspondantes sont réunies.
« Nos talents méritent d’être payés, bien sûr. Mais ils méritent surtout d’être reconnus, crédités et protégés », insiste-t-il.
Car, rappelle l’expert, derrière chaque chanson à succès se trouvent des femmes et des hommes dont la contribution participe à la création de l’œuvre.
Avant d’être un succès, une chanson est d’abord une création. Et derrière chaque création, il y a des personnes dont le nom mérite aussi de rester dans l’histoire.
Joséphine Mawete


