L’Afrique du Sud est de nouveau confrontée à une montée des tensions xénophobes. Depuis plusieurs semaines, des manifestations hostiles aux migrants se multiplient dans plusieurs villes, accompagnées d’agressions, de pillages de commerces et d’appels à l’expulsion des étrangers. Derrière ces violences se cache une crise plus profonde, où se mêlent difficultés économiques, frustrations sociales, enjeux politiques et faiblesses de la gouvernance.
Cette nouvelle flambée rappelle que, malgré les engagements répétés des autorités sud-africaines, la question de la xénophobie demeure l’un des défis les plus sensibles du pays.
À première vue, les étrangers semblent être les principales cibles de cette colère. Pourtant, les causes sont bien plus complexes.
L’Afrique du Sud traverse depuis plusieurs années une situation économique difficile. Le chômage touche particulièrement les jeunes, tandis que le coût de la vie continue d’augmenter. Dans ce contexte, une partie de la population considère les migrants comme des concurrents directs sur le marché de l’emploi ou dans le secteur du petit commerce.
Cette perception est largement alimentée par certains mouvements anti-immigration, qui accusent les étrangers d’occuper des emplois réservés aux Sud-Africains, de contrôler certains secteurs économiques informels ou encore de contribuer à l’insécurité. Pourtant, plusieurs études montrent que ces affirmations sont souvent exagérées ou ne reposent pas sur des preuves solides.
La xénophobie apparaît ainsi comme l’expression visible d’un malaise économique et social beaucoup plus profond.
Les violences visent principalement les ressortissants d’autres pays africains. Des commerçants originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigeria, de la République démocratique du Congo, de la Somalie, du Malawi ou encore d’Éthiopie figurent parmi les principales victimes.
Leurs boutiques sont parfois pillées ou incendiées, tandis que certains quartiers deviennent des zones d’intimidation où les étrangers craignent pour leur sécurité.
Ce phénomène révèle une contradiction majeure. L’Afrique du Sud est souvent présentée comme l’une des économies les plus développées du continent et attire naturellement des milliers de migrants venus chercher de meilleures perspectives. Mais cette attractivité nourrit également des tensions lorsque les difficultés économiques s’aggravent.
La question migratoire prend également une dimension politique. Des mouvements comme Operation Dudula ou March and March gagnent en visibilité en réclamant des expulsions massives de migrants en situation irrégulière. Si leurs revendications portent officiellement sur l’immigration clandestine, leurs actions débordent fréquemment sur des violences visant indistinctement des étrangers, qu’ils soient en règle ou non.
Dans un contexte de défiance envers les institutions et de fortes attentes sociales, le discours anti-immigration devient un puissant levier de mobilisation politique.
Cette instrumentalisation risque d’alimenter davantage les tensions et de fragiliser la cohésion sociale.
La crise dépasse largement les frontières sud-africaines. Les victimes proviennent essentiellement de pays africains. Chaque nouvelle vague de violences suscite des réactions diplomatiques et ravive le débat sur la libre circulation des personnes, pourtant encouragée par plusieurs organisations régionales africaines.
Pour les pays concernés, ces attaques remettent en question l’idéal d’une intégration africaine fondée sur la solidarité entre les peuples.
Elles interrogent également la capacité des États à protéger leurs ressortissants vivant à l’étranger.
La réponse à cette crise ne peut se limiter aux opérations policières. Assurer la sécurité des migrants reste indispensable, mais cela ne suffira pas à faire disparaître les causes profondes de la xénophobie. La lutte contre le chômage, l’amélioration des services publics, une meilleure gestion des flux migratoires et des politiques favorisant la cohésion sociale apparaissent comme des conditions essentielles pour éviter que ces violences ne se répètent.
Il est également nécessaire de lutter contre les discours de haine et la désinformation qui entretiennent l’idée selon laquelle les migrants seraient responsables des difficultés économiques du pays.
Longtemps considérée comme un symbole de réconciliation après la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud voit aujourd’hui son image écornée par ces violences récurrentes.
La capacité des autorités à protéger les populations étrangères, à sanctionner les auteurs des attaques et à répondre aux frustrations économiques sera déterminante pour éviter que la xénophobie ne s’enracine davantage.
Car derrière les commerces pillés et les familles contraintes de fuir, c’est aussi le projet d’une Afrique unie, fondée sur la solidarité et la libre circulation, qui se trouve mis à l’épreuve.
Lydia Mangala


