Le commandant de la Garde républicaine (GR), le Général-Major Kabi Kiriza Ephraïm, a vivement critiqué l’ancien président Joseph Kabila, qu’il accuse d’avoir rejoint la dynamique rebelle dans l’Est de la République démocratique du Congo. Devant plus de 5 000 militaires réunis à la Place de la Loyauté, au camp militaire Colonel Tshatshi, à Kinshasa, le vendredi 23 octobre 2026, il a estimé que la colère de la population congolaise devrait désormais se retourner contre l’ancien chef de l’État. Il a également réaffirmé la loyauté de son unité envers le président Félix Tshisekedi, jusqu’au sacrifice suprême.
Le ton est ferme, le message sans équivoque. Face aux éléments de cette unité d’élite des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le Général-Major Kabi Kiriza Ephraïm a placé son intervention sous le signe du patriotisme, de la discipline militaire et de la fidélité aux institutions de la République. Au cœur de son adresse : les choix politiques de Joseph Kabila, désormais associé au Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté dans le texte comme le mouvement succédant à la rébellion de l’AFC/M23.
Le commandant de la Garde républicaine a notamment interrogé la portée de l’engagement de l’ancien président dans cette dynamique politico-militaire, alors que le conflit armé continue de fragiliser les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Est-ce qu’il sait que la colère de la population congolaise, en principe, est tournée contre lui ? », a-t-il lancé devant les militaires, dans une intervention dont les propos ont été rapportés par le service de communication des FARDC.
Kabi Kiriza dénonce le choix de Joseph Kabila
Dans son adresse, le commandant de la Garde républicaine est revenu sur les déclarations attribuées à Joseph Kabila concernant les liens historiques entre l’ancien président et les militaires de cette unité. Il lui reproche notamment de s’être prévalu de son passé militaire, alors que son engagement actuel dans une dynamique rebelle soulève, selon lui, de sérieuses interrogations.
« Je vais citer le nom de quelqu’un. J’avais dit un jour, lors d’une causerie ici, que la personne en question disait que celui qui nous a formés était notre commandant suprême. Je cite le nom de Monsieur Joseph Kabila. Il s’est considéré comme militaire. C’est vrai, nous l’avons vu porter les galons de général-major, mais est-ce qu’il comprend au moins la gravité de ce qu’il a fait en ralliant, en créant un mouvement rebelle ? », a déclaré le Général-Major Kabi Kiriza Ephraïm.
Au-delà de la mise en cause personnelle de l’ancien chef de l’État, cette prise de parole traduit la volonté affichée du commandement de la Garde républicaine de maintenir une ligne de conduite fondée sur la loyauté institutionnelle, dans un contexte marqué par la persistance du conflit dans l’Est du pays et par les tensions politiques à Kinshasa.
La Garde républicaine affiche sa loyauté envers Félix Tshisekedi
Le commandant de la GR a également tenu à dissiper les interrogations sur la cohésion de ses troupes et sur leur engagement envers le chef de l’État. Il a réaffirmé que la mission de cette unité stratégique demeure la protection du président de la République, de ses hôtes de marque et des installations présidentielles.
« La Garde républicaine est au service d’un seul citoyen, c’est le premier citoyen de la République. La Garde républicaine est là, sera là pour assurer sa sécurité, et cela jusqu’au sacrifice suprême », a-t-il martelé.
Face aux rumeurs faisant état d’éventuelles défections au sein de l’unité, le Général-Major Kabi Kiriza a défendu l’image d’une troupe soudée autour du président Félix Tshisekedi.
« Oh, il y aura défection ? Chez nous, nous faisons un bloc autour du père de la nation », a-t-il insisté.
Cette déclaration intervient alors que les questions de loyauté militaire et de stabilité des institutions occupent une place importante dans le débat politique et sécuritaire congolais.
Mise en garde contre les campagnes d’intoxication
L’autre volet de cette intervention a porté sur la circulation de messages mettant en cause la Garde républicaine sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Le commandant de l’unité a dénoncé ce qu’il considère comme des campagnes d’intoxication susceptibles de fragiliser la cohésion des troupes et de jeter le discrédit sur leur action.
« L’intox, par des politiciens qui ont de mauvais positionnements, les fait passer des messages sur les réseaux sociaux, à travers la télévision, disant que la GR a fait ceci, la GR a fait cela », a-t-il déclaré.
Dans la foulée, il a exhorté les militaires à préserver leur discipline, à respecter la hiérarchie et à ne céder à aucune démarche susceptible de compromettre leur engagement envers la République. Il leur a également transmis les orientations du commandant suprême issues de la dernière réunion du Conseil supérieur de la défense.
Le message du commandement se veut ainsi double : maintenir la cohésion interne de la Garde républicaine et rappeler aux militaires les exigences liées à leur mission au service des institutions nationales.
Un contexte politique et sécuritaire sous tension
Cette sortie intervient dans une séquence particulièrement sensible pour la RDC. Sur le plan politique, les débats autour de la proposition de loi portant organisation et encadrement du référendum, récemment adoptée par les députés nationaux, alimentent les discussions sur l’évolution institutionnelle du pays.
Sur le plan sécuritaire, la situation demeure préoccupante dans l’Est, où les affrontements impliquant l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon les autorités congolaises et plusieurs acteurs internationaux, continuent d’affecter les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La transformation annoncée de cette dynamique rebelle en Front pour la refondation de la nation, auquel le texte associe Joseph Kabila, ajoute une nouvelle dimension politique à une crise déjà marquée par de fortes tensions entre Kinshasa et Kigali.
Parallèlement, les initiatives diplomatiques menées notamment sous l’impulsion de Washington et de Doha cherchent à favoriser une désescalade et à ouvrir la voie à une paix durable dans la région des Grands Lacs. Mais la persistance des combats et leurs conséquences humanitaires continuent de mettre à l’épreuve ces efforts.
Dans ce climat, les déclarations du Général-Major Kabi Kiriza Ephraïm constituent un signal politique fort sur la posture revendiquée par la Garde républicaine : fidélité au chef de l’État, cohésion des troupes et rejet de toute défection.
À Kinshasa, le message du commandant de la Garde républicaine est clair : alors que le pays reste confronté à une crise sécuritaire majeure, il entend maintenir ses hommes mobilisés derrière les institutions de la République et rappelle à Joseph Kabila la portée des choix qui lui sont imputés dans le conflit en cours.
Joséphine Mawete


