L’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité veut désormais sortir des documents institutionnels pour entrer dans les rédactions, les récits médiatiques et les espaces où se construisent les décisions. C’est tout le sens de l’atelier de renforcement des capacités des professionnels des médias sur les résolutions 1325 et 2250, organisé ce mardi 18 août 2026 par le Secrétariat Technique National de mise en œuvre de la Résolution 2250 (STN-2250). Pendant deux jours, journalistes, communicateurs et autres professionnels des médias sont appelés à mieux comprendre ces agendas et surtout à repenser leur manière de parler de la jeunesse, de la paix et de la sécurité en République démocratique du Congo.
La première journée a été marquée par l’intervention d’Anna Jacquie Kitoga, coordonnatrice du STN-2250, qui a assuré le premier module consacré à la compréhension de la Résolution 2250 et à son importance dans le contexte congolais. Une plongée dans l’histoire, les fondements et les mécanismes de mise en œuvre d’un agenda qui entend transformer le regard porté sur les jeunes comme de personnes vulnérables ou facilement manipulables à acteurs à part entière de la paix et de la sécurité.
Adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies le 9 décembre 2015, la Résolution 2250 constitue le premier cadre international consacré spécifiquement à la jeunesse, à la paix et à la sécurité. Elle repose sur cinq piliers : participation, protection, prévention, partenariats, ainsi que désengagement et réintégration.
Anna Jacquie Kitoga veut rompre avec l’image d’une jeunesse uniquement victime
Pour Anna Jacquie Kitoga, l’enjeu de la Résolution 2250 dépasse largement la reconnaissance théorique de la jeunesse. Il s’agit surtout de lui ouvrir une place réelle dans les processus de décision, les négociations de paix et les mécanismes de prévention des conflits.
« Nous allons quitter la position des manipulés, de la position des victimes à la position d’acteurs. Pour ceci, c’est bien important », a-t-elle insisté.
Cette évolution constitue, selon elle, l’une des ruptures majeures introduites par l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité. Pendant longtemps, les jeunes ont souvent été perçus comme des personnes susceptibles d’être instrumentalisées dans les conflits ou comme des bénéficiaires des politiques publiques. La Résolution 2250 inverse cette logique en reconnaissant leur contribution positive à la prévention et à la résolution des conflits ainsi qu’à la consolidation de la paix.
« Les jeunes qui autrefois étaient considérés comme les personnes manipulées, comme des acteurs de trouble, comme les personnes inconsidérées autour de la table des négociations, cette fois-là, vont être considérés comme des acteurs qui contribuent positivement à la conclusion de la paix, à la résolution des conflits et beaucoup plus à la consolidation de la paix », a expliqué la coordonnatrice du STN-2250.
Cette participation, a-t-elle toutefois prévenu, ne doit pas être réduite à une présence symbolique autour d’une table.
« Ce n’est pas une participation où l’on vient, on compte combien les journalistes ont été là, combien les jeunes ont été là, et après on s’arrête là. Il faut prendre en compte les décisions des jeunes », a-t-elle martelé.
La participation des jeunes doit devenir une réalité dans les décisions
Le premier pilier de la Résolution 2250, celui de la participation, a occupé une place centrale dans l’exposé d’Anna Jacquie Kitoga. Elle a notamment insisté sur la nécessité de dépasser la simple représentation numérique pour parvenir à une participation effective.
Dans cette perspective, les jeunes doivent pouvoir faire entendre leurs avis dans les processus politiques, les mécanismes de gouvernance, les négociations et les initiatives de paix. Le Conseil de sécurité demande d’ailleurs aux États d’accroître la représentation inclusive des jeunes dans les mécanismes de décision à tous les niveaux et de favoriser leur participation significative aux processus de paix et de règlement des différends.
« Les socles de la participation, c’est la prise en compte des avis des jeunes », a résumé Anna Jacquie Kitoga.
Elle a également évoqué les initiatives de dialogue et de médiation auxquelles prennent part des jeunes, notamment dans les communautés affectées par les conflits. Pour elle, cette présence dans les espaces de dialogue constitue déjà une avancée, même si l’objectif reste de parvenir à une implication directe et durable des jeunes dans les négociations.
« Déjà, arriver à décrocher cette place, arriver à décrocher cet espace de discussion, c’est une avancée énorme dans le cadre de la prévention des conflits, mais aussi dans le cadre de la consolidation de la paix », a-t-elle soutenu.
Les cinq piliers donnent une architecture à l’action des jeunes
Outre la participation, Anna Jacquie Kitoga a revisité les quatre autres piliers de la Résolution 2250.
La protection vise notamment à prévenir et combattre les violences, les discriminations et les violations des droits des jeunes, particulièrement dans les contextes de conflit. La prévention, quant à elle, invite à agir en amont en renforçant les capacités des jeunes, notamment à travers l’éducation à la paix, la lutte contre les discours de haine, le tribalisme et la désinformation.
« La prévention veut juste dire agir en amont. Et pour agir en amont, il faut former les jeunes à l’éducation à la paix. Il faut former les jeunes à la lutte contre les discours de haine, à la lutte contre les tribalismes, à la lutte contre la désinformation », a-t-elle déclaré.
Dans cette bataille, les médias occupent une place stratégique. Les journalistes ne sont donc pas seulement considérés comme des relais d’information, mais aussi comme des acteurs capables de contribuer à la prévention des tensions et à la promotion de la cohésion sociale.
« Il faut que les jeunes journalistes deviennent des pairs éducateurs », a-t-elle encouragé.
Le quatrième pilier, celui des partenariats, repose sur la création d’alliances entre les jeunes, l’État, la société civile, les médias et les partenaires internationaux. Anna Jacquie Kitoga a notamment rappelé que le partenariat ne se limite pas au financement. Il peut également prendre la forme d’un appui technique, matériel, logistique ou institutionnel.
Enfin, le cinquième pilier, consacré au désengagement et à la réintégration, concerne notamment l’accompagnement des jeunes sortant des groupes armés afin de favoriser leur réintégration digne et durable dans la société.
Dans ce processus également, les médias ont un rôle à jouer pour documenter les parcours de désengagement, de démobilisation et de réintégration et rendre compte des réalités vécues par ces jeunes.
La RDC a progressivement construit son propre mécanisme de mise en œuvre
L’intervention de la coordonnatrice du STN-2250 a également permis de revenir sur le parcours de la RDC dans la mise en œuvre de l’agenda JPS.
Après l’adoption de la Résolution 2250 en 2015, les organisations de jeunes se sont progressivement structurées et mobilisées autour de sa mise en œuvre. La RDC s’est ensuite dotée d’un mécanisme national de coordination et d’un Plan d’Action National.
Le PAN 2250 a été élaboré pour la période 2022-2026 et adopté par le Conseil des ministres en novembre 2022. Il vise notamment à renforcer les actions de prévention de l’extrémisme violent, de réconciliation et de consolidation de la paix.
Pour Anna Jacquie Kitoga, l’enjeu actuel se situe désormais dans la localisation et l’appropriation de cet agenda.
« Entre 2022 et maintenant, nous sommes dans la localisation, nous sommes dans la vulgarisation, nous sommes dans la mise en œuvre de l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité », a-t-elle expliqué.
Cette localisation implique notamment de rapprocher l’agenda des réalités provinciales. Les plans d’action nationaux doivent pouvoir être contextualisés au niveau provincial afin de tenir compte des réalités propres à chaque territoire.
La RDC dispose également d’un guide destiné à faciliter la mise en œuvre de l’agenda JPS auprès des autorités publiques, avec notamment des orientations sur la coordination des politiques, la planification et le renforcement des capacités institutionnelles.
Les médias doivent désormais passer du simple récit à une couverture qui donne une place aux jeunes
C’est précisément à ce niveau que se situe l’objectif de l’atelier organisé avec les professionnels des médias. Selon le STN-2250, la couverture médiatique des questions liées à la jeunesse, à la paix et à la sécurité reste encore trop ponctuelle et descriptive.
L’ambition est donc d’outiller les journalistes afin qu’ils puissent produire des contenus plus sensibles aux conflits, lutter contre les discours de haine et la désinformation, valoriser les initiatives positives des jeunes et éviter les représentations qui associent systématiquement jeunesse et violence.
La formation entend également promouvoir une participation médiatique effective des jeunes, en permettant à ceux-ci d’être davantage considérés comme sources, experts, témoins, acteurs et producteurs de solutions.
Pour Anna Jacquie Kitoga, le changement ne peut toutefois pas être instantané.
« Les changements, c’est un processus. Nous sommes également sur un processus de changement. Nous allons continuer à faire de la sensibilisation, à parler, à échanger avec les jeunes pour qu’ils deviennent de véritables acteurs du changement », a-t-elle déclaré.
« Les changements ne deviennent pas très courts. Les changements sont progressifs. Et nous allons y veiller, ensemble avec vous d’ailleurs », a-t-elle ajouté.

Au terme de ces deux jours, l’objectif est de faire émerger un noyau de points focaux médias JPS capables de porter durablement ces questions dans leurs rédactions et de contribuer à une couverture médiatique plus régulière, plus responsable et plus inclusive.
Car derrière la Résolution 2250, il ne s’agit finalement pas seulement de parler des jeunes. Il s’agit de leur faire une place là où se prennent les décisions, là où se négocie la paix et là où se construit le récit collectif. Et dans cette transformation, les médias sont appelés à ne plus être de simples témoins, mais de véritables partenaires.
Lydia Mangala


