Dans le cadre de la plénière extraordinaire du Parlement des étudiants consacrée à la « Conscience historique nationale, justice, mémoire et paix en RDC », l’opposant Martin Fayulu, a présenté ses pistes pour sortir la République démocratique du Congo du cycle des conflits. Intervenant autour du sous-thème « Paix comme levier du développement en RDC : diagnostic et pistes de solutions », il a notamment défendu la mise en place d’un dialogue national inclusif réunissant toutes les parties concernées, y compris l’AFC/M23, tout en maintenant la question de la justice.
Pour Martin Fayulu, les trente années de conflits ont profondément affecté le développement du pays. La guerre ne détruit pas uniquement les vies humaines, mais également le capital humain, les infrastructures, les investissements et les perspectives offertes à la jeunesse.

« La paix n’est pas simplement l’absence des guerres, la paix est une infrastructure du développement », a-t-il affirmé devant les membres du Parlement des étudiants.
L’opposant a établi un lien direct entre l’insécurité, la faiblesse institutionnelle, l’exploitation illicite des ressources et la pauvreté. Selon lui, la faiblesse de l’État facilite l’exploitation illégale des ressources, laquelle contribue au financement des groupes armés et entretient à son tour l’instabilité.
« Faiblesse de l’État, insécurité, économie des guerres, exploitation des ressources, corruption, pauvreté, nouvelles frustrations, nouveaux conflits », a-t-il résumé, présentant ce mécanisme comme un cercle vicieux à inverser.

Martin Fayulu a également placé la maîtrise des ressources naturelles au cœur de la stratégie de développement. Il estime que la RDC doit rompre avec un modèle économique essentiellement basé sur l’exportation des matières premières et développer davantage leur transformation sur le territoire national.
« Nous devons passer d’un Congo fournisseur de matières premières à un Congo transformateur de matières premières », a-t-il soutenu.
Il a plaidé pour le développement de l’agriculture, la production d’énergie, l’industrialisation, la formation de la jeunesse et la création d’emplois. Pour lui, les richesses minières et naturelles du pays doivent devenir un moteur de développement national plutôt qu’un facteur supplémentaire de conflits.

« De la malédiction des ressources à la puissance des ressources, c’est ça qu’il nous faut faire », a-t-il insisté.
Pour l’opposant congolais, une paix durable ne peut être réduite au seul silence des armes. Elle doit reposer sur la sécurité, la justice, la démocratie et le développement économique.
Il a notamment appelé à une armée républicaine et professionnelle, à une justice indépendante, au respect des libertés publiques et au règlement des différends politiques par les institutions plutôt que par les armes.

« Une paix sans justice peut devenir une trêve, une paix sans démocratie peut devenir une oppression, une paix sans développement peut devenir une frustration et une paix sans institution forte peut être simplement l’attente de la prochaine guerre », a-t-il déclaré.
Abordant la question de l’impunité, Fayulu a également estimé que les crimes commis au cours des dernières décennies ne doivent pas être effacés par les différents arrangements politiques. Il a appelé à exploiter davantage le rapport Mapping des Nations unies, qui documente de graves violations des droits humains commises en RDC entre 1993 et 2003.

« La paix ne doit pas être construite sur l’amnésie », a-t-il martelé, estimant que la mémoire nationale doit contribuer à prévenir la répétition des violences.
Répondant aux préoccupations des parlementaires sur l’échec de plusieurs processus de dialogue dans le passé, Martin Fayulu a défendu l’idée d’un nouveau cadre qu’il veut véritablement inclusif.
Il a rappelé avoir plaidé, depuis 2019, pour une démarche politique destinée à rechercher une sortie de crise. Selon lui, les précédents processus ont notamment montré que des acteurs ayant été opposés militairement ou politiquement pouvaient se retrouver autour d’une même table pour parvenir à des compromis.

« Nous ferons un dialogue national inclusif. Nous voulons un dialogue où les enfants du Congo, filles et garçons, nous mènent toutes les parties présentes », a-t-il déclaré.
Pour lui, l’objectif est d’éviter qu’une partie du pays puisse considérer les décisions prises comme lui étant imposées et utiliser cette exclusion comme justification d’un nouveau conflit.
« Nous voulons un dialogue où quelqu’un ne devienne pas demain qui puisse dire : ce qui s’est fait sans moi a été fait contre moi, et donc je reprends la guerre », a-t-il expliqué.

Interrogé par les parlementaires sur sa volonté d’associer les rebelles au processus, Martin Fayulu a assumé sa position. Il estime que la participation à un dialogue politique ne doit pas être confondue avec une exonération des responsabilités pénales.
« Je ne dis pas qu’il faut disculper les rebelles. S’ils ont tué, les dialogues n’ont rien à voir avec la justice », a-t-il précisé.
Il s’est appuyé sur l’expérience d’autres pays ayant combiné négociations politiques et mécanismes judiciaires ou de justice transitionnelle pour défendre cette distinction.
Dans son argumentaire, Fayulu a également relevé que des discussions avec des groupes armés ont déjà été engagées par les autorités congolaises dans différents cadres. À ses yeux, refuser par principe leur présence à une table de dialogue tout en négociant parallèlement avec eux ne permet pas de traiter la crise dans son ensemble.
« Ou bien vous êtes fort, c’est votre armée qui renvoie les rebelles dehors, ou que vous les négociez. Dites-moi, quelle est votre alternative ? », a-t-il lancé.
Il a ainsi présenté le dialogue inclusif comme une démarche politique visant à rechercher une sortie de crise, distincte de la justice qui doit, selon lui, continuer à établir les responsabilités individuelles pour les crimes commis.
En conclusion, Martin Fayulu a appelé les Congolais à tirer les leçons des expériences précédentes et à faire de l’application des décisions prises une priorité.
« La particularité de ce dialogue, c’est simplement que nous prenions conscience que le pays est endommagé, que le pays est en train de se vulgariser et que nous prenions des résolutions et que ces résolutions, nous devons, cette fois-ci, les appliquer », a-t-il déclaré.
Pour lui, la responsabilité de la génération actuelle consiste désormais à construire un Congo en paix, respectueux de l’État de droit, capable de maîtriser ses ressources et de créer des perspectives pour sa jeunesse.
« Notre responsabilité est aussi de demander quel Congo allons-nous construire », a-t-il conclu, appelant à transformer les ressources du pays en un véritable levier de liberté, de paix et de développement.
Lydia Mangala


