La relégation en Ligue 2 aurait dû marquer le point de départ d’une reconstruction en profondeur. Elle semble pourtant avoir ouvert un nouveau chapitre de la crise qui secoue le Daring Club Motema Pembe. À quelques semaines du début de la nouvelle saison, le club kinois ne lutte plus seulement pour retrouver l’élite du football congolais. Il tente également de résoudre une crise de gouvernance qui menace de fragiliser davantage son projet sportif.
Depuis plusieurs jours, deux centres de décision revendiquent la légitimité de conduire les destinées du club. D’un côté, le conseil d’administration conduit par Jonas Mukamba, avec Olivier Bielaire, a relancé les entraînements au stade Cardinal Malula. Cette initiative est soutenue par une partie importante des supporters, qui réclament depuis plusieurs mois le départ du comité coordonné par Paul Kasembele. De l’autre, la coordination dirigée par ce dernier a, elle aussi, annoncé la reprise des entraînements au même stade avec son propre staff technique et son propre groupe de joueurs. Deux convocations, deux préparations et deux visions s’opposent désormais autour d’un même club.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs saisons d’instabilité. L’exercice précédent en est l’illustration la plus marquante. Trois entraîneurs se sont succédé sur le banc sans parvenir à installer une véritable continuité sportive. Le dernier avait reçu pour mission de sauver la saison en remportant la Coupe du Congo, mais cette ultime opportunité s’est achevée par une disqualification. Quelques semaines plus tard, la relégation en Ligue 2 est venue sanctionner une saison déjà largement compromise.
Au-delà des résultats sportifs, c’est l’organisation même du club qui interroge. Le conseil d’administration a récemment officialisé l’arrivée de Daoula Lupembe au poste d’entraîneur principal, alors qu’un autre technicien avait été recruté quelques semaines auparavant par la coordination de Paul Kasembele. Cette succession de décisions contradictoires nourrit la confusion et soulève plusieurs interrogations. Qui détient aujourd’hui la légitimité pour nommer le staff technique ? Quel entraîneur dirigera officiellement l’équipe lorsque la saison débutera ? Et surtout, quel groupe sera reconnu pour représenter le DCMP dans les compétitions officielles ?
Cette situation place également les joueurs dans une position délicate. Une préparation de présaison repose habituellement sur la stabilité, la continuité et la confiance. Or, les footballeurs évoluent aujourd’hui dans un environnement où ils doivent parfois choisir entre deux convocations et deux projets concurrents. Construire un collectif performant dans un tel climat apparaît comme un défi majeur, tandis que le recrutement et la préparation athlétique risquent eux aussi d’être affectés.
Le défi est pourtant immense. Après sa relégation, le DCMP n’a qu’un seul objectif : retrouver rapidement la Linafoot Ligue 1. Mais une remontée ne se construit pas uniquement avec un effectif compétitif. Elle exige une gouvernance claire, un projet sportif cohérent et une unité capable de mobiliser dirigeants, staff, joueurs et supporters autour d’une même ambition. À ce stade, ces conditions semblent encore loin d’être réunies.
Cette crise rappelle enfin un scénario devenu récurrent. Depuis plusieurs saisons, les préparatifs du DCMP sont régulièrement perturbés par des rivalités internes opposant différentes tendances du club. Jusqu’ici, ces affrontements avaient trouvé une issue, parfois provisoire, avant le début des compétitions. Cette fois, le contexte apparaît plus préoccupant. La relégation en Ligue 2 accroît la pression sportive, financière et populaire, tandis que chaque jour consacré aux querelles institutionnelles est un jour perdu dans la reconstruction de l’équipe.
La véritable question dépasse désormais la rivalité entre dirigeants. Elle concerne l’avenir même du club. Quel groupe sera reconnu par les instances pour représenter officiellement le DCMP ? Les supporters accepteront-ils une nouvelle saison sous le signe des divisions ? Et surtout, l’Imana pourra-t-il retrouver l’élite du football congolais sans avoir d’abord retrouvé son unité ?
Le temps presse. En football, une saison se construit bien avant le premier coup d’envoi. Pendant que ses concurrents peaufinent leurs effectifs et leurs automatismes, le DCMP continue de chercher une direction commune. Pour l’un des clubs les plus emblématiques du pays, le véritable défi n’est peut-être plus seulement de remonter en Ligue 1, mais de retrouver une stabilité capable de lui permettre d’y revenir durablement.
Josaphat Mayi


