Quelques ballons usés, des maillots en nombre insuffisant, des déplacements financés à la dernière minute et des joueurs appelés à cotiser avant chaque match… Au Racing Club Les Élites, pensionnaire de la Division 3 de l’Entente urbaine de football de Malebo, le quotidien est marqué par la débrouillardise. Son entraîneur, Glody Lelo, plus connu sous le nom de coach Robinho, raconte les difficultés auxquelles son équipe est confrontée, tout en gardant intact son rêve de voir son club grandir.
À Ngiri-Ngiri, au cœur d’une école qui sert de terrain d’entraînement, les joueurs du Racing Club Les Élites patientent avant de pouvoir toucher le ballon. Tant que les cours ne sont pas terminés, il leur est impossible d’occuper les lieux. Il faut attendre 16 heures pour débuter la séance. Sous leurs pieds, pas de pelouse, mais un terrain sablonneux où chaque exercice exige davantage d’efforts. L’espace est exigu, l’environnement peu adapté à la pratique du football, mais personne ne songe à renoncer.
Créée en 2016, l’équipe a intégré la Division 3 en 2020. Depuis, elle s’est forgé une réputation de formation compétitive malgré des moyens très limités. Saison après saison, le Racing Club Les Élites s’est régulièrement classé parmi les cinq meilleures équipes de son championnat. Une performance qui contraste avec les nombreuses difficultés rencontrées au quotidien.
« Dans le football amateur, il y a beaucoup de réalités que le public ne voit pas. Diriger une équipe exige un véritable budget. En l’absence d’un président ou d’un sponsor, nous sommes confrontés à d’énormes difficultés, aussi bien sur le plan sportif qu’organisationnel », confie l’entraîneur Glody Lelo.

Le technicien explique que, bien avant le coup d’envoi d’un match, une autre bataille commence : celle des finances. Trouver les moyens de couvrir les frais de transport, les dépenses administratives ou encore les frais liés à l’organisation des rencontres constitue un défi permanent.
« Il nous arrive, quelques heures avant un match, de ne pas disposer des moyens nécessaires pour payer les frais de rencontre, le transport ou d’autres dépenses. Mais, grâce à Dieu, nous finissons souvent par trouver une solution avant le coup d’envoi. Jusqu’à présent, nous nous en sommes toujours sortis, mais ce n’est vraiment pas facile », raconte-t-il.
Les conditions d’entraînement illustrent elles aussi les réalités du football amateur. Sur ce terrain sablonneux, les joueurs enchaînent les exercices avec un matériel souvent insuffisant. Les séances doivent être adaptées aux moyens disponibles.

« Nous manquons de presque tout : des ballons, des chasubles, des maillots d’entraînement, des plots… Pourtant, nous encadrons des jeunes. Lorsqu’il n’y a même pas un ballon pour travailler, cela devient frustrant, aussi bien pour eux que pour nous. Je travaille pratiquement seul, dans des conditions très difficiles. Le football amateur mérite aussi de vivre », insiste le technicien.
Pour assurer la survie du club, chacun consent des sacrifices. Les joueurs participent eux-mêmes aux dépenses, tandis que les membres du staff mettent régulièrement la main à la poche afin d’éviter que l’équipe ne cesse ses activités.
« Avant chaque match, nous demandons une contribution de 1 000 CDF à chaque joueur afin de couvrir les besoins les plus urgents. Avec quelques membres de mon staff, nous contribuons également régulièrement pour assurer la survie de l’équipe », révèle Glody Lelo.

Selon lui, le plus grand obstacle ne concerne pourtant ni les ballons ni les maillots. Le véritable casse-tête réside dans les obligations administratives qui conditionnent la participation au championnat.
« Les visites médicales, l’enregistrement et surtout l’affiliation des joueurs représentent les dépenses les plus lourdes. On peut disposer des ballons et des maillots, mais si les joueurs ne sont pas affiliés, l’équipe ne peut tout simplement pas participer au championnat. C’est ce qui nous fait le plus souffrir chaque saison », explique-t-il.
Malgré toutes ces contraintes, les ambitions restent intactes. Depuis son accession en Division 3, le Racing Club Les Élites s’est imposé comme une équipe capable de rivaliser avec les meilleures formations de l’Entente de Malebo. Seule la saison dernière s’est soldée par une septième place, après plusieurs exercices achevés dans le Top 5.
« Nous faisons avec les moyens dont nous disposons et, parfois, c’est vraiment difficile. Mais la saison prochaine, nous viserons le titre. Rien n’est impossible », affirme l’entraîneur avec assurance.

Titulaire d’un diplôme fédéral d’entraîneur, Glody Lelo nourrit également de grandes ambitions personnelles. Inspiré par des dirigeants comme le président Lolo de Ceforbel ou Lambert Osango, président de l’AC Rangers, il espère poursuivre sa formation et voir les techniciens locaux bénéficier d’une meilleure reconnaissance.
« Je demande également à la Fédération de mieux valoriser les entraîneurs afin qu’ils puissent continuer à former la jeunesse dans de meilleures conditions. Le football amateur est la base de notre football. Il mérite plus d’attention et davantage de soutien », conclut-il.

À Ngiri-Ngiri, lorsque le soleil commence à décliner, les joueurs quittent lentement ce terrain sablonneux qui leur sert de deuxième maison. Derrière les sourires, chacun sait que le prochain entraînement se déroulera dans les mêmes conditions, avec les mêmes difficultés. Pourtant, au Racing Club Les Élites, personne ne baisse les bras. Car malgré l’absence de sponsors, le manque de moyens et les nombreux sacrifices, le rêve de voir éclore les talents de demain continue d’animer chaque séance, chaque match et chaque saison.
Josaphat Mayi


