Dans les rues de Kinshasa, il suffit parfois de tendre l’oreille pour entendre son nom. « Baume François ! Baume François ! » La voix sort d’un haut-parleur, traverse le bruit des motos, des voitures et des vendeurs ambulants, puis se répète à quelques mètres. À l’approche du marché de Selembao, un homme vêtu aux couleurs de la marque attire les regards. Sur la tête, un casque ; à la main, le produit qu’il présente comme une solution à de nombreux problèmes de santé.
Rencontré en pleine rue, ce vendeur ne doute pas un instant des vertus de la pommade qu’il commercialise. Pour lui, le Baume François est une véritable « clé passe-partout ».
« C’est un produit miracle qui traite la carie dentaire, la faiblesse sexuelle, les hémorroïdes internes et externes, les rhumatismes, la toux et bien d’autres maladies », affirme-t-il au micro de Zolanews.
Le discours est assuré. La promesse, elle, est large. Très large. Vendu à 5 000 francs congolais l’unité, le produit circule désormais dans plusieurs quartiers de la capitale. Ses vendeurs ne restent pas derrière un comptoir. Ils vont à la rencontre des passants, s’installent dans les endroits les plus fréquentés et utilisent des haut-parleurs pour répéter inlassablement le nom de la marque.
Le vendeur rencontré à Selembao décrit une organisation qui dépasse la simple activité ambulante.
« Chaque matin, avant de descendre sur le terrain, nous nous rassemblons à l’UPN avec nos responsables. Tous les vendeurs passent par là avant de partir commencer la vente », explique-t-il.

Une fois sur le terrain, chacun rejoint son secteur. L’objectif est de vendre, mais aussi de rendre le produit visible. Le commerçant affirme écouler plus d’une vingtaine de pommades par jour. Le jour de notre rencontre, son stock était déjà épuisé.
« Nous vendons plus de 20 pommades par jour. Aujourd’hui, mon stock est déjà épuisé. Je vais rentrer et revenir demain au siège pour récupérer d’autres produits », raconte-t-il.
Dans les rues de Kinshasa, cette présence répétée produit un effet immédiat. Le nom Baume François devient difficile à ignorer. La publicité ne dépend plus uniquement d’une affiche ou d’une publication sur les réseaux sociaux. Elle se déplace avec les vendeurs.
Le Baume François est présenté comme un produit originaire du Cameroun. Son développement est associé à son créateur, Désiré François Ekouma Ananga. Le produit aurait été lancé en 2021 et son promoteur explique avoir commencé par le vendre lui-même sur les marchés, avant de développer progressivement un réseau commercial.
À Kinshasa, le phénomène a pris de l’ampleur en 2026. Les vendeurs se distinguent par leurs tenues et leurs haut-parleurs, devenus les principaux outils de cette campagne de proximité.
La stratégie est rudimentaire, mais redoutablement visible : aller là où se trouvent les consommateurs, répéter le nom du produit et susciter la curiosité. Dans une ville où les rues constituent aussi de véritables espaces commerciaux, cette méthode trouve naturellement son terrain.
Mais derrière le succès commercial se pose une question essentielle : que peut réellement traiter ce baume ?
Les affirmations entendues dans la rue ne constituent pas, à elles seules, une preuve scientifique de l’efficacité du produit contre les maladies citées. Une pommade présentée comme capable de soulager plusieurs douleurs ne peut pas automatiquement être considérée comme un traitement de la carie dentaire, des hémorroïdes, de la toux ou encore de troubles sexuels.
Le terme de « produit miracle », utilisé par certains vendeurs, appelle donc à la prudence.
Le parcours du produit au Cameroun rappelle également l’importance de la question réglementaire. Le Baume François y a déjà fait l’objet de préoccupations liées à sa production et à sa commercialisation. Des mesures avaient notamment été annoncées afin de mettre les procédés de fabrication en conformité avec les exigences sanitaires et réglementaires, avec notamment la volonté de renforcer l’encadrement professionnel de la production.
Ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, de tirer une conclusion sur la qualité ou l’efficacité du produit actuellement vendu à Kinshasa. Ils montrent toutefois qu’une distinction doit être faite entre argument commercial, témoignage d’un vendeur et preuve médicale.
Le succès du Baume François à Kinshasa raconte aussi autre chose : l’efficacité d’un marketing adapté à l’espace urbain. Ici, pas besoin de campagne publicitaire sophistiquée. Le produit se fait connaître au coin d’une rue, devant un marché, à un carrefour ou dans un quartier populaire. Le haut-parleur remplace parfois l’affiche. Le vendeur devient à la fois commercial, animateur et ambassadeur de la marque.
Cette proximité explique en partie la curiosité suscitée par le produit.
À Selembao, le vendeur rencontré par ZolaNews assume pleinement cette stratégie. Malgré les doutes exprimés par certaines personnes, il reste convaincu.
« Notre produit fait vraiment des miracles, même si plusieurs personnes continuent à en douter », soutient-il.
Pour les vendeurs, le succès se mesure au nombre de pommades écoulées. Pour les consommateurs, la question devrait être différente : quels sont exactement les composants du produit ? Quelles sont ses indications reconnues ? Quelles preuves existent concernant son efficacité et sa sécurité ?
Le Baume François s’installe donc progressivement dans le paysage commercial de Kinshasa. Son nom résonne dans les rues, ses vendeurs sillonnent les quartiers et son prix relativement accessible facilite la découverte du produit. Mais sa popularité ne doit pas être confondue avec une validation médicale.

Les éléments recueillis à Kinshasa permettent de mesurer l’ampleur du phénomène et de comprendre les ressorts de cette campagne commerciale, à travers le discours des vendeurs et la place qu’occupe désormais le produit dans les rues de la capitale. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de confirmer les propriétés thérapeutiques qui lui sont attribuées.
Dans les rues de la capitale congolaise, le Baume François est devenu un produit que l’on remarque. Reste désormais à savoir si, au-delà de la puissance de son marketing et de la conviction de ses vendeurs, les promesses thérapeutiques qui l’accompagnent résistent à l’épreuve des preuves scientifiques et du contrôle sanitaire.
Une chose est certaine : à Kinshasa, le Baume François a déjà gagné une bataille, celle de la visibilité.
Josaphat Mayi


