La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a rendu public, le lundi 20 juillet 2026, son rapport d’enquête sur les incidents survenus lors du sit-in de l’opposition organisé le 12 juin dernier à Kinshasa. Si l’institution affirme n’avoir confirmé aucun décès malgré les allégations relayées après la manifestation, elle reconnaît que plusieurs violations des droits de l’homme ont été commises et formule une série de recommandations pour prévenir de nouveaux dérapages.
Plus d’un mois après les affrontements qui avaient marqué le sit-in de l’opposition devant le Palais du Peuple, la Commission nationale des droits de l’homme livre sa lecture des faits au terme d’une enquête menée auprès des différentes parties impliquées.
Le président de la CNDH, Paul Nsapu, a indiqué que les investigations n’ont permis de confirmer aucun décès lié à cette manifestation.
« Aucun mort n’a été documenté par notre équipe d’enquête. La personne dont l’image a circulé sur les réseaux et donnée pour morte a été visitée par la commission d’enquête à l’hôpital. Elle en est sortie et a déjà repris ses activités professionnelles », a-t-il déclaré.

Selon les conclusions du rapport, la commission a toutefois établi que des violations des droits de l’homme ont été commises au cours de cette journée marquée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
« Au terme de cette enquête, la CNDH est arrivée à la conclusion que quelques violations des droits de l’homme ont été commises durant lesdites manifestations. Dans le même temps, l’allégation selon laquelle il y aurait eu deux morts durant ce sit-in n’a pas pu être confirmée au regard des éléments de preuve disponibles », a précisé Paul Nsapu.
Le président de la CNDH a expliqué que les conclusions de l’institution reposent sur des auditions, des visites de terrain, l’analyse des éléments de preuve ainsi que des échanges avec les différentes parties concernées.
Il a insisté sur la neutralité de la démarche.
« Notre rapport ne cherche ni à condamner une partie ni à disculper une autre. Il vise à établir les faits de manière impartiale, à identifier les responsabilités lorsque les éléments recueillis le permettent et à formuler des recommandations destinées à prévenir la répétition de telles violations », a-t-il souligné.
Au cours de l’enquête, les responsables de la Police nationale congolaise (PNC) ont soutenu que les unités engagées dans le maintien de l’ordre avaient exclusivement utilisé des moyens non létaux, notamment des grenades lacrymogènes, conformément aux principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.
Ils ont également rappelé que le gouverneur de la ville de Kinshasa n’avait pas autorisé la tenue du sit-in devant le Palais du Peuple, les organisateurs ayant été invités à manifester sur le terrain Assossa pour des raisons de sécurité.
Selon la police, le refus des organisateurs de se conformer à cette décision aurait contribué aux tensions observées ce jour-là.
La PNC reconnaît que des coups de feu ont été entendus pendant les incidents, tout en affirmant qu’ils ne provenaient pas des unités de police déployées sur le terrain.
Les responsables policiers ont par ailleurs attribué une partie des violences à des affrontements entre des manifestants de la Coalition C64 et des individus présentés comme appartenant à la « Force du Progrès », certains étant, selon eux, munis d’armes blanches, de bâtons et d’autres objets contondants.
La CNDH appelle les autorités publiques, les partis politiques, les forces de défense et de sécurité, les organisations de la société civile et les leaders d’opinion à privilégier le dialogue et les voies légales pour le règlement des différends.
L’institution recommande également le renforcement du cadre juridique relatif aux manifestations publiques, une meilleure professionnalisation des forces de l’ordre ainsi que l’interdiction de toute participation de civils aux opérations de maintien de l’ordre.
La présidente de la commission d’enquête, Dr Nice Nyemba, a plaidé pour un renforcement des capacités de la police afin de garantir une gestion plus efficace et plus respectueuse des droits humains lors des manifestations publiques.
Enfin, la CNDH annonce qu’elle assurera le suivi de la mise en œuvre de ses recommandations et se réserve la possibilité de publier des rapports d’évaluation afin de mesurer les progrès réalisés dans la prévention des violations des droits humains lors des manifestations en République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


