Le ministre d’État, ministre de l’Agriculture et Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, a officiellement lancé, mercredi 2 septembre 2026, la 6ᵉ édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital (GSAD). À cette occasion, il a surtout détaillé une série de réformes destinées à transformer durablement le secteur agricole et à faire de celui-ci un véritable moteur du développement économique de la République démocratique du Congo.
Au cœur de cette stratégie figure un objectif majeur : renforcer la souveraineté alimentaire du pays en produisant localement une grande partie des denrées consommées par la population.
« Tout ce que nous pouvons consommer au Congo, puisque nous avons toutes les potentialités qui peuvent nous permettre de le faire, ça doit être produit en RDC », a déclaré le ministre.
Cinq piliers pour restructurer la production agricole
La stratégie présentée par Muhindo Nzangi repose d’abord sur cinq piliers essentiels notamment les semences, les fertilisants et pesticides, la mécanisation agricole, l’augmentation de la production ainsi que le stockage, la transformation et la commercialisation.
Le premier concerne la reconstruction du système semencier, considéré comme indispensable à l’amélioration de la productivité agricole. Le gouvernement entend notamment s’appuyer sur les structures de recherche et de production existantes afin de garantir aux agriculteurs un meilleur accès à des semences de qualité.

Le deuxième pilier porte sur les fertilisants et pesticides. Le ministre a évoqué la volonté de développer des unités de blendage d’engrais en RDC afin d’améliorer leur disponibilité et de réduire les difficultés d’accès rencontrées par les producteurs.
La mécanisation agricole constitue le troisième axe de cette stratégie. Muhindo Nzangi a annoncé le développement d’unités de montage de tracteurs agricoles dans plusieurs régions du pays. L’objectif est de rendre les équipements plus accessibles tout en facilitant l’approvisionnement en pièces de rechange et leur maintenance.

Le quatrième pilier vise l’augmentation de la production agricole, à travers des mécanismes d’accompagnement destinés aussi bien aux grands entrepreneurs agricoles qu’aux petits exploitants.
« Nous allons nourrir les 50 millions de Congolais si nous n’avons pas de grands entrepreneurs qui vont produire du maïs, du soja, du riz », a-t-il expliqué.
Enfin, le gouvernement veut renforcer le stockage, la transformation et la commercialisation des produits agricoles afin de réduire les pertes après récolte et de permettre aux producteurs d’accéder plus facilement aux marchés.
Quatre réformes pour lever les obstacles à l’investissement
Outre ces cinq piliers, Muhindo Nzangi a identifié quatre réformes structurantes qu’il considère comme indispensables à la transformation du secteur agricole : l’accès au financement, la modernisation de l’administration agricole, la réforme fiscale et la réforme du foncier agricole.
La première concerne le financement. Le ministre a notamment évoqué le Fonds national de développement de l’agriculture (FONADA), appelé à faciliter l’accès des agriculteurs aux financements et à apporter certaines garanties auprès des institutions financières.

« On ne peut pas promouvoir l’investissement agricole si on n’a pas créé les conditions pour que les agriculteurs accèdent au financement agricole », a-t-il souligné.
La modernisation de l’administration agricole constitue le deuxième chantier. Le ministère envisage notamment la digitalisation de certaines procédures administratives, des demandes et des certificats afin de réduire les lourdeurs qui découragent parfois les investisseurs.
Une fiscalité plus attractive pour les investisseurs agricoles
La réforme fiscale figure également parmi les annonces fortes du ministre. Muhindo Nzangi souhaite rendre le secteur agricole beaucoup plus attractif en réduisant la pression fiscale qui pèse sur les investisseurs.
« Nous voulons avoir une amnistie fiscale pour l’agriculture », a-t-il déclaré.

Selon les orientations présentées, cette mesure pourrait s’étendre sur une période d’au moins dix ans et concerner plusieurs taxes, sous réserve de son inscription dans le cadre légal.
Pour le ministre, une fiscalité adaptée permettrait d’encourager davantage d’investissements dans un secteur capable de créer massivement des emplois.

Il a notamment cité l’exemple d’une plantation de palmiers à huile de 5 000 hectares employant près de 4 900 personnes pour illustrer le potentiel de l’agriculture en matière d’emploi.
La réforme foncière, un chantier stratégique
Il a également annoncé la réforme du foncier agricole. Muhindo Nzangi estime que l’accès aux terres doit être davantage encadré et lié à de véritables projets agricoles afin de lutter contre la spéculation et la rétention des terres non exploitées.
« Je ne peux pas faire voter cette loi si on n’intègre pas une réforme foncière agricole », a-t-il affirmé.

Le ministre souhaite également renforcer la protection des petits exploitants et des investisseurs confrontés à des problèmes d’insécurité juridique sur leurs terres.
L’objectif est de faire en sorte que les terres agricoles soient réellement utilisées pour produire et non simplement conservées à des fins spéculatives.
Maïs, riz, manioc et haricot parmi les priorités
Cette stratégie de réforme s’accompagne d’objectifs précis en matière de production. Le gouvernement entend notamment concentrer ses efforts sur quatre cultures prioritaires pour la consommation nationale : le maïs, le riz, le manioc et le haricot.
« Dans les trois ans qui suivent la mise en application des stratégies, nous devons être capables d’assurer notre autosuffisance alimentaire », a affirmé Muhindo Nzangi.

La RDC ambitionne également de renforcer sa production de cacao, de café et d’huile de palme afin de mieux se positionner sur les marchés régionaux et internationaux.
Faire du sol une nouvelle source de richesse
L’ensemble de ces mesures s’inscrit dans la vision de la « revanche du sol sur le sous-sol », portée par les autorités congolaises. L’ambition est claire : réduire progressivement la dépendance aux importations et faire de l’agriculture un secteur capable de générer des richesses, des emplois et des entreprises.
À travers les cinq piliers de production et les quatre réformes structurelles annoncées, Muhindo Nzangi dessine ainsi une nouvelle feuille de route pour l’agriculture congolaise.
À l’issue de son intervention, le ministre a officiellement lancé le GSAD 2026 avant de procéder à la coupure symbolique du ruban et de visiter les différents stands.
Le défi reste désormais de transformer ces annonces en résultats concrets sur le terrain. Car pour le gouvernement, la bataille de la souveraineté alimentaire ne se gagnera pas uniquement dans les discours, mais dans les champs, les entreprises de transformation, les marchés et les chaînes de valeur à travers le pays.
Ben Mandjolo


