Face à l’ampleur des besoins humanitaires en République démocratique du Congo, le président Félix-Antoine Tshisekedi a officiellement lancé, jeudi 27 août à Kinshasa, la Campagne de solidarité nationale à caractère permanent. Portée par le ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, cette initiative entend mobiliser durablement les Congolais, les entreprises, les institutions et la diaspora en faveur des populations en situation de vulnérabilité.
Le lancement s’est déroulé au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale (CCAPAC), en présence de plusieurs membres du Gouvernement, responsables des institutions publiques et autres personnalités. À travers cette campagne, l’exécutif congolais veut passer d’une réponse ponctuelle aux urgences à un mécanisme permanent de mobilisation et d’assistance humanitaire.
18,5 millions de personnes sont désormais considérées comme étant dans le besoin

L’initiative intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. Selon les données actualisées du Plan de réponse humanitaire 2026, 18,5 millions de personnes sont désormais considérées comme ayant besoin d’une assistance humanitaire en RDC. Face aux contraintes financières, la réponse humanitaire prévoit toutefois de concentrer l’aide sur 10,8 millions de personnes.
Le financement nécessaire a également été revu à la hausse. Il s’élève désormais à 2,13 milliards de dollars américains, alors qu’un premier appel de fonds lancé en janvier 2026 portait sur 1,4 milliard de dollars pour répondre aux besoins de millions de Congolais.
À ces difficultés s’ajoutent les conséquences des conflits armés, particulièrement dans l’Est du pays, les urgences sanitaires ainsi que les catastrophes liées aux aléas climatiques. Le gouvernement estime ainsi que plus de 15 millions de Congolais sont confrontés à différentes formes de vulnérabilité, liées notamment aux conflits, aux crises sanitaires et aux catastrophes naturelles.
Le gouvernement veut installer un mécanisme permanent de solidarité
Pour le ministère des Affaires sociales, cette campagne constitue une nouvelle approche de la réponse aux crises. Il ne s’agit plus uniquement d’organiser des collectes ponctuelles lorsque survient une catastrophe, mais de mettre en place un dispositif permanent capable de mobiliser des ressources et d’apporter une assistance aux personnes vulnérables.
La ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, a notamment annoncé la mise en place d’un Centre de collecte des dons, chargé de la réception, du tri, du stockage et de la distribution des dons en nature.
Pour les contributions financières, la gestion et le traçage des fonds doivent être assurés par la Caisse nationale de solidarité et de gestion humanitaire des catastrophes, tandis qu’un Comité de pilotage national doit assurer l’orientation stratégique et la supervision de la campagne.
Le dispositif prévoit également la publication régulière des rapports financiers ainsi que des audits indépendants, afin de renforcer la transparence et la confiance des donateurs.
La solidarité nationale est présentée comme une responsabilité collective
En lançant officiellement la campagne, Félix Tshisekedi a voulu dépasser la seule dimension humanitaire de l’initiative. Pour le président de la République, la solidarité doit également devenir un instrument de cohésion nationale.
« Le premier droit de notre peuple est d’être protégé. Le premier devoir de l’État est de secourir les plus fragiles et de restaurer la dignité de celles et ceux que la violence, la pauvreté ou les catastrophes ont dépouillés de l’essentiel », a déclaré le Chef de l’État.
Il a toutefois tenu à préciser que la mobilisation citoyenne ne constitue pas un transfert des responsabilités de l’État vers la population.
« Elle ne constitue ni un désengagement du gouvernement, ni un transfert de ces obligations sur la population. L’État demeure et demeurera le premier garant de la protection sociale, le principal acteur de l’assistance humanitaire et le premier responsable de la sécurité et du bien-être des populations », a-t-il souligné.
La campagne doit ainsi permettre de compléter l’action publique tout en mobilisant l’ensemble des composantes de la société congolaise.
La jeunesse et le numérique sont appelés à soutenir l’élan de solidarité
Le président de la République a également appelé la jeunesse congolaise et les utilisateurs des plateformes numériques à jouer un rôle actif dans cette mobilisation.
Il souhaite notamment voir le numérique contribuer à renforcer la cohésion nationale plutôt qu’à alimenter les divisions.
« La solidarité ne peut prospérer là où s’installent la haine, la discrimination et la division. Cette campagne doit également devenir un instrument de cohésion nationale et un puissant rempart contre le tribalisme, le racisme, le régionalisme, les discours de rejet et toutes les formes d’exclusion », a-t-il déclaré.
Pour Félix Tshisekedi, la détresse d’un Congolais doit être considérée comme une préoccupation de toute la nation, indépendamment de son origine ou de son lieu de résidence.
« Lorsqu’un Congolais est éprouvé à l’est, à l’ouest, au nord, au sud ou au centre, c’est la nation tout entière qui est touchée », a-t-il ajouté.
Ève Bazaiba appelle à faire de chaque don un acte citoyen
De son côté, Ève Bazaiba a appelé les opérateurs économiques, fonctionnaires, artisans, organisations, membres de la diaspora et simples citoyens à participer à cette mobilisation.
« Chaque geste compte, chaque don sauve une vie », a-t-elle insisté.
La ministre entend ainsi raviver une culture de solidarité qu’elle juge nécessaire face à l’ampleur des crises auxquelles le pays est confronté. Elle résume l’ambition de son ministère autour de trois objectifs : redonner le sourire, apporter le réconfort et faire renaître l’espoir chez les Congolais en situation de vulnérabilité.
La campagne, présentée comme permanente, débute à Kinshasa avant de s’étendre progressivement aux différentes provinces du pays. Elle vise à faire de la solidarité nationale un mécanisme durable d’entraide, mais également un levier de cohésion afin de ne pas abandonner les populations confrontées à la détresse.
Lydia Mangala


