La deuxième journée de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant a offert ce mardi 11 août, au Silikin Village, un nouveau moment de partage avec la rubrique « Zua Mayele ». Face aux étudiants, Badile Lubamba, ancien footballeur professionnel et président de la Fondation BK Lubamba Afrique, a livré un témoignage personnel marqué par les défis, la persévérance et la volonté de créer des opportunités pour la jeunesse.
À travers son parcours, de son enfance en Suisse à son passage par le football professionnel et l’équipe nationale suisse, jusqu’à ses engagements en faveur des jeunes et des femmes en République démocratique du Congo, il a surtout voulu transmettre un message : la réussite commence par une vision et par la capacité à devenir une réponse aux problèmes de son environnement.

Devant les étudiants, Badile Lubamba a insisté sur la nécessité pour la jeunesse de ne pas attendre uniquement des opportunités, mais de travailler à devenir elle-même une opportunité pour les autres.
« Soyez d’abord une solution. », a-t-il lancé, invitant les jeunes à développer des compétences et à se positionner comme des acteurs capables de répondre aux besoins de la société.
Pour lui, cette posture permet également d’attirer les opportunités. Il estime que les jeunes doivent cesser de considérer les difficultés comme des excuses et apprendre à proposer des réponses concrètes.

« Moi, c’est la Suisse qui est venue me chercher, parce que j’étais une solution. », a-t-il expliqué, revenant sur son expérience de footballeur et son parcours au sein de l’équipe nationale suisse.
Badile Lubamba a également raconté une partie de son enfance en Suisse, où il est arrivé à l’âge de quatre ans. À neuf ans, alors que ses camarades évoquaient différents métiers qu’ils souhaitaient exercer plus tard, il avait déjà une ambition précise : devenir footballeur professionnel et revenir un jour au Congo pour aider les enfants.
Une ambition qui, à l’époque, était loin de convaincre son entourage scolaire. Il raconte notamment avoir été humilié par une enseignante qui lui aurait affirmé qu’il ne réussirait jamais.
Cette expérience, loin de le détourner de son objectif, a renforcé sa détermination.
« Un jour, tu me verras à la télévision. Je serai footballeur professionnel, et tu me verras à la télévision. », a-t-il raconté avoir répondu à son enseignante alors qu’il n’avait que neuf ans.
Quelques années plus tard, son rêve devient réalité. Il signe un contrat professionnel et franchit ensuite une étape historique de son parcours en devenant l’un des premiers joueurs noirs à intégrer l’équipe nationale suisse.
Revenant sur les difficultés rencontrées au cours de son parcours, Badile Lubamba a également expliqué que certaines frustrations peuvent révéler une vocation.
Il raconte notamment son incompréhension lorsqu’il est devenu professionnel et qu’il ne se voyait pas suffisamment à la télévision malgré ses performances.

« Quand quelque chose t’ennuie à un tel point, tu te dis : ce n’est pas normal, quelque chose doit changer. Si tu regardes bien, devant cette frustration se cache ta vocation. », a-t-il expliqué.
Il a encouragé les étudiants à ne pas fuir systématiquement les difficultés, mais à les analyser afin d’identifier ce qu’elles peuvent révéler sur leurs aspirations et leurs capacités.
Son engagement actuel se décrit par la Fondation BK Lubamba Afrique, créée en mémoire de sa grand-mère et dédiée particulièrement au développement des femmes et de la jeunesse.
Selon Badile Lubamba, la fondation mène des actions en République démocratique du Congo et à l’étranger, notamment en Suisse, en France, au Canada et en Côte d’Ivoire.
Il a notamment évoqué des initiatives liées à l’accès à l’eau potable ainsi que des projets destinés à créer des passerelles entre les jeunes Congolais et des entreprises ou structures internationales.
L’un des projets présentés est RDC Origins 2030, qui vise notamment à préparer la jeunesse congolaise dans le domaine sportif en perspective des prochaines années.
Dans cette dynamique, Badile Lubamba a annoncé que quatre jeunes Congolais devraient se rendre en Suisse à la fin du mois pour effectuer une formation de deux mois auprès de Real Sport, entreprise active notamment dans le domaine des infrastructures sportives.
L’objectif est que ces jeunes puissent acquérir des compétences à l’étranger avant de revenir les transmettre à leur tour à d’autres jeunes en RDC.
« Ils suivent une formation de deux mois dans le but, quand ils reviendront ici, eux à leur tour pourront également former d’autres jeunes. », a-t-il expliqué.

Pour l’ancien international suisse, le développement de la jeunesse passe ainsi par la formation, l’expérience pratique et la création de réseaux.
Interrogé sur la manière d’acquérir des compétences, Badile Lubamba a appelé les étudiants à ne pas attendre la fin de leurs études pour commencer à se confronter au monde professionnel.
« Venez faire des stages. Apprenez, demandez. », a-t-il conseillé.
Selon lui, les compétences ne s’acquièrent pas uniquement dans les salles de cours. Elles se construisent également au contact des professionnels, dans les entreprises et à travers les expériences de terrain.
Il a ainsi invité les étudiants à solliciter des stages, à poser des questions et à accepter de commencer progressivement afin de comprendre les réalités de leur domaine.
Pour Badile Lubamba, le parcours professionnel ne peut cependant être construit sans une vision claire.
Il a raconté qu’à l’âge de 15 ans, alors que certains de ses camarades privilégiaient les sorties et les loisirs, il restait concentré sur son objectif de devenir footballeur professionnel.
« J’étais déjà focalisé parce que j’avais déjà une vision claire sur ma vie professionnelle, ainsi que sur ma priorité. », a-t-il témoigné.

Cette discipline, estime-t-il, lui a permis de traverser les périodes de doute et les obstacles liés à son parcours.
Il a ainsi démontré aux étudiant qu’il faut connaître ce que l’on veut, développer les compétences nécessaires et accepter de travailler dans la durée.
Au terme de son intervention, Badile Lubamba a surtout voulu éloigner les jeunes de la logique de l’attente.
Pour lui, l’étudiant doit apprendre à identifier les problèmes, à développer une expertise et à proposer des solutions au gouvernement, aux entreprises ou à la société.
« Arrêtez toujours de mettre la faute au gouvernement. Sinon, ce sont des fausses excuses. Venez simplement. Faites des demandes de stages. », a-t-il insisté.
La Semaine de l’Étudiant poursuit ainsi son ambition de rapprocher les étudiants de personnalités issues de différents secteurs, en privilégiant les témoignages, les expériences concrètes et les conseils directement applicables à leur parcours.
Pour Badile Lubamba, il ne faut pas attendre d’être choisi, mais travailler pour devenir indispensable par ses compétences et par les solutions que l’on apporte.
Lydia Mangala


