La protection d’une activité en ligne ne se limite pas à la qualité des contenus publiés. Pour Arsène Tungali, cofondateur et directeur exécutif de Rudi International, elle passe aussi par une meilleure sécurisation des comptes, des données et des outils utilisés au quotidien. Son intervention est intervenue lors du panel « Protéger son activité et son entreprise en ligne », animé par Fred Bamwenela, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko, organisée par l’ambassade des États-Unis en RDC et clôturée samedi 19 septembre au Musée national de la RDC à Kinshasa.
Un seul compte peut exposer toute une activité
Pour les créateurs de contenu et les entrepreneurs numériques, la simplicité peut parfois devenir une faiblesse. Arsène Tungali met notamment en garde contre le fait de relier plusieurs plateformes à une seule adresse électronique, particulièrement lorsque celle-ci sert de clé d’accès à l’ensemble de l’activité numérique.
« La sécurité, encore une fois, je vais le répéter, on n’est jamais à 100 % sûr », a-t-il rappelé, avant d’insister sur la nécessité d’adapter le niveau de protection à l’importance de son activité.
Selon lui, plus une personne développe sa présence professionnelle en ligne, plus elle doit renforcer ses dispositifs de sécurité.
« Lorsque tu lis tous tes comptes à une seule adresse e-mail, ça te rend la vie facile. Mais rappelle-toi, si quelqu’un a accès à ce seul compte, il peut avoir accès à toutes ses autres plateformes et avoir accès à toute sa vie », a-t-il expliqué.
Cette vulnérabilité peut également toucher directement l’image d’une entreprise ou d’un créateur. Un compte piraté peut être utilisé pour publier des contenus contraires à l’identité de son propriétaire, avec des conséquences sur sa réputation.
Les tendances numériques peuvent aussi exposer les données
L’intervenant a également attiré l’attention sur les applications et plateformes tierces qui deviennent populaires grâce aux tendances sur les réseaux sociaux, notamment celles utilisant l’intelligence artificielle pour transformer des photos.
Pour Arsène Tungali, le caractère viral d’une tendance ne devrait pas empêcher les utilisateurs de s’interroger sur les données qu’ils transmettent.
« Comme c’est tendance, ça ne veut pas dire que toi aussi, tu dois suivre la tendance », a-t-il averti.
Il rappelle que lorsqu’un utilisateur quitte une plateforme comme Facebook pour utiliser une application externe, il entre dans un nouvel environnement dont les mécanismes de protection peuvent être différents.
« Autant tu as cliqué sur tout ça, autant tu es en train de partager tes données avec ces autres plateformes-là », a-t-il relevé.
La question n’est donc pas uniquement de savoir ce qu’une application permet de faire, mais aussi ce qu’elle demande en échange et à quelles données l’utilisateur accepte de donner accès.
Protéger une marque, c’est aussi protéger son investissement
Outre les comptes et les mots de passe, Arsène Tungali a abordé la protection des créations et des marques. Pour lui, la formalisation peut représenter un coût, mais elle constitue également un investissement pour une activité qui se développe.
« Ce n’est pas gratuit. Ce ne sera pas gratuit. C’est un coût, mais c’est un investissement pour ton entreprise », a-t-il expliqué.
Il prend l’exemple d’un créateur qui consacre plusieurs semaines ou plusieurs mois à développer un concept sans entreprendre les démarches nécessaires pour établir ses droits. En cas d’utilisation par un tiers, l’absence de preuve peut compliquer toute contestation.
« Imagine, tu as passé des semaines et des mois à créer un concept et demain, moi, je le prends et tu ne l’as pas déposé. Il n’y a rien qui prouve que c’est à toi », a-t-il souligné.
La protection juridique apparaît ainsi comme un prolongement de la création. Produire une idée, une marque ou un concept ne suffit pas toujours, il faut également réfléchir à la manière de sécuriser ce qui a été créé.
Les mots de passe et les moyens de paiement restent des points sensibles
L’intervention a également porté sur les pratiques de sécurité liées aux moyens de paiement. Arsène Tungali a notamment insisté sur les risques liés à la conservation du code d’une carte bancaire avec celle-ci.
« J’ai vu des personnes qui font ça, il a collé un bout de papier derrière sa carte avec le mot de passe. Donc quelqu’un qui tombe sur la carte, il a directement le mot de passe à l’arrière », a-t-il alerté.
Il encourage également les utilisateurs à exploiter les mécanismes de sécurité proposés par les banques, notamment l’authentification à plusieurs étapes lorsque celle-ci est disponible, et à réagir rapidement en cas de perte d’une carte.
La même vigilance doit, selon lui, être appliquée aux comptes numériques, dont la compromission peut affecter à la fois les données, les revenus et la réputation professionnelle.
La sécurité numérique exige une vigilance constante
Pour Arsène Tungali, la cybersécurité ne doit finalement pas être considérée comme une action ponctuelle. Les menaces évoluent constamment, ce qui impose aux créateurs et entrepreneurs de rester attentifs et de mettre régulièrement leurs pratiques à niveau.
« La protection de nos comptes, c’est une bataille quotidienne », a-t-il insisté.
Son message s’adresse particulièrement à ceux qui font désormais du numérique un véritable espace professionnel. À mesure que les audiences grandissent, que les collaborations se multiplient et que les activités se développent en ligne, les comptes deviennent aussi des actifs à protéger.
Mais pour l’intervenant, la responsabilité numérique ne s’arrête pas à la sécurité. Elle concerne également la nature des contenus produits.
Créer de la visibilité, mais aussi de la valeur
Arsène Tungali a enfin appelé les créateurs à privilégier des contenus susceptibles d’apporter une réelle valeur à leur communauté.
« Créons du contenu positif, du contenu qui influence positivement, du contenu qui permet aux gens de pouvoir avancer, qui permet aux gens d’apprendre une chose », a-t-il encouragé.
Voyage, technologie, droits humains ou encore découverte, il cite différents domaines à travers lesquels les créateurs peuvent informer et transmettre des connaissances.
Pour lui, rechercher la visibilité ne devrait donc pas conduire à produire des contenus qui n’apportent rien à l’audience.
« Créer du contenu pour avoir beaucoup plus de visibilité, mais du contenu qui ne nous fait pas avancer, on n’est pas en train d’aider notre pays », a-t-il estimé.
Arsène Tungali élargit ainsi la notion de protection en ligne vers la sécurisation ses accès, la préservation ses données, la protection de mes créations et l’adoption d’une responsabilité dans les contenus publiés apparaissent comme autant de dimensions d’une activité numérique appelée à devenir de plus en plus professionnelle.
Lydia Mangala


