Le Système des Nations Unies en République démocratique du Congo a organisé, mercredi 28 octobre 2026, une journée d’échanges à la salle TownHall de la MONUSCO, à Kinshasa, dans le cadre de la Journée des Nations Unies, célébrée le 24 octobre.
Placée sous le thème « Ne laisser personne de côté : ensemble pour une RDC inclusive », cette rencontre a réuni le Gouvernement, les agences onusiennes, les jeunes, les personnes vivant avec handicap, les personnes atteintes d’albinisme et les représentants des peuples autochtones autour des obstacles qui freinent encore leur pleine participation à la vie sociale, économique et politique.
Accès à l’emploi et à l’éducation, lutte contre les discriminations, application des lois, accessibilité des services publics et représentation dans les instances de décision ont figuré parmi les principales préoccupations exprimées. Les participants ont appelé à des mesures concrètes pour faire de l’inclusion une réalité.
Le Gouvernement et l’ONU appelés à traduire leurs engagements en actions
Dans son intervention, Damien Mama, coordonnateur résident du Système des Nations Unies en RDC, a rappelé que l’inclusion et le respect des droits humains ne devaient pas se limiter aux priorités institutionnelles, mais engager l’ensemble des acteurs.
« En cette journée des Nations Unies, je voudrais inviter chacun d’entre nous à faire de l’inclusion et du respect des droits humains non seulement une priorité institutionnelle, mais également une responsabilité collective », a-t-il déclaré.

Il a notamment évoqué les efforts soutenus par les Nations Unies pour accompagner le Gouvernement dans le renforcement des droits des personnes vivant avec handicap, en particulier à travers la mise en œuvre de la loi prévoyant un quota de recrutement et de représentation de 3 %.

Pour sa part, Samuel Mbemba, ministre des Droits humains, a invité les participants à exprimer librement leurs préoccupations afin d’orienter les actions des autorités et de leurs partenaires.
« Exprimez-vous. Dites à votre gouvernement et au Système des Nations Unies les efforts qui sont déjà entrepris, quels sont vos constats, qu’est-ce qui manque, quelles directions nous devons prendre », a-t-il lancé aux participants.
Le ministre a présenté cette rencontre comme un cadre d’échanges techniques destiné à recueillir les propositions des populations concernées, dans la perspective d’une société congolaise plus inclusive et équitable.
Emploi, éducation et lutte contre les préjugés au cœur des témoignages
Les représentants des groupes marginalisés ont décrit les difficultés qui persistent malgré les avancées enregistrées dans la reconnaissance de leurs droits.
Claude Mbuyi, président du Conseil national de la jeunesse de la RDC (CNJ-RDC), a relevé les obstacles rencontrés par les jeunes dans l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la formation de qualité, au financement et aux espaces de décision. Il a appelé à renforcer les possibilités offertes à la jeunesse pour qu’elle contribue pleinement au développement national.
« Les jeunes ne sont pas seulement les acteurs de demain, mais aussi les acteurs du changement aujourd’hui », a-t-il rappelé dans son message.
Du côté des personnes atteintes d’albinisme, Placide Mukendi Kalonji, représentant de cette communauté et coordinateur adjoint de l’ONG Voice of Albino, a témoigné des préjugés rencontrés dans sa recherche d’emploi et de stage. Diplômé en sciences commerciales, financières et comptables, il a expliqué s’être orienté vers l’entrepreneuriat face aux obstacles rencontrés, malgré le manque d’accompagnement financier.
« Chaque personne a droit à l’égalité, au respect et à l’égalité des chances », a-t-il souligné, appelant à faire reculer les préjugés.
Céline Mola, représentante des femmes autochtones en RDC, a, quant à elle, insisté sur l’application effective de la loi n° 22 du 15 juin 2020 portant protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées. Elle a notamment évoqué les difficultés d’accès à l’éducation, aux soins de santé, à la terre, à l’emploi et aux espaces de décision.
Elle a appelé les autorités, les Nations Unies et les partenaires au développement à accompagner la mise en œuvre de cette loi afin que les droits reconnus deviennent effectifs dans les communautés concernées.
La représentante des personnes vivant avec handicap a également dénoncé leur faible présence dans les instances décisionnelles et les difficultés persistantes d’insertion professionnelle. Elle a plaidé pour le respect du quota de recrutement de 3 % dans les entreprises privées et les organisations non gouvernementales, tel qu’évoqué au cours des échanges.
Un dialogue direct pour identifier les réponses attendues
Conduit par Patrice Vahard, directeur du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH), le dialogue a permis aux participants d’interpeller directement les responsables gouvernementaux et les chefs d’agences onusiennes présents.
Les interventions ont porté sur l’accès des jeunes vivant avec handicap à la formation et à l’emploi, l’éducation des personnes non voyantes, la prise en charge des enfants issus de familles de policiers et de militaires, l’inclusion des populations vulnérables en milieu rural et la participation des jeunes aux décisions publiques.
Plusieurs participants ont également insisté sur le rôle du sport inclusif dans la socialisation, l’autonomie et la valorisation des capacités des personnes marginalisées. D’autres ont plaidé pour un meilleur accès aux outils numériques adaptés aux personnes non voyantes, un soutien aux initiatives locales et des mécanismes transparents de suivi des engagements.
Pour Patrice Vahard, la société elle-même perd des opportunités lorsqu’elle exclut les personnes vivant avec handicap.
« Une société qui ne tient pas compte de la question du handicap se prive de l’opportunité et de tout le potentiel de ces personnes. C’est la société qui est handicapée, ce n’est pas la personne qui l’est », a-t-il souligné.
Les agences onusiennes annoncent un accompagnement renforcé
En réponse aux préoccupations soulevées, plusieurs représentants des agences des Nations Unies ont rappelé les axes de leur accompagnement en matière d’inclusion.
Kamil Kayode Kamaluddeen, représentant résident par intérim du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a mis en avant l’égalité, la non-discrimination, l’accompagnement juridique, l’entrepreneuriat et la collecte de données permettant de mieux orienter les politiques publiques.
John Agbor, représentant de l’UNICEF, a insisté sur l’accessibilité des infrastructures et la formation des professionnels appelés à accompagner les personnes vivant avec handicap.

« Il faut assurer que les infirmiers, les médecins, les enseignants soient formés pour s’occuper de ces personnes », a-t-il déclaré.
De son côté, Alain Akpadji, représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), a mis en avant les initiatives relatives à la santé sexuelle et reproductive, à la lutte contre les violences basées sur le genre et à l’intégration des jeunes dans les programmes de développement. Il a également évoqué la révision de la Politique nationale de la jeunesse, menée avec l’appui des Nations Unies, ainsi que des initiatives de formation et de leadership destinées aux jeunes.
Marie-Marguerite Molnár, directrice pays de l’ONUSIDA, est également intervenue sur les questions d’inclusion et de scolarisation.
Pour sa part, Maurice Azonnankpo, représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a rappelé la nécessité d’intégrer les populations vulnérables dès la conception des projets et programmes, afin que leurs besoins soient pris en compte dès le départ.
Fatoumata Barry Marega, représentante de l’UNESCO basée à Brazzaville, a souligné l’importance d’une éducation inclusive et de solutions d’apprentissage adaptées aux populations des zones reculées, dans le respect des identités culturelles.
Serge Francis Elenga Garba, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a a insisté sur l’équité d’accès aux soins et le renforcement de la collaboration avec les associations concernées pour mieux répondre aux difficultés spécifiques rencontrées par les populations marginalisées.
La révision de la politique nationale de la jeunesse comme perspective
Représentant le ministère de la Jeunesse, Tony Simbi, coordonnateur de la cellule d’éveil patriotique, a indiqué que les préoccupations recueillies au cours de cette journée seraient prises en compte dans les travaux de révision de la Politique nationale de la jeunesse.
Il a souligné que cette concertation intervenait à un moment important du processus et que les propositions formulées pourraient contribuer à l’élaboration de nouvelles orientations en faveur des jeunes, avec l’appui du Système des Nations Unies.

À l’issue des échanges, des stands des agences des Nations Unies ont permis aux participants de découvrir leurs programmes, leurs domaines d’intervention et les initiatives mises en œuvre en faveur des populations en RDC.
Au terme des échanges, la question centrale reste celle du suivi et de la concrétisation des engagements. Pour les personnes vivant avec handicap, les personnes atteintes d’albinisme, les peuples autochtones et les jeunes, une RDC inclusive passe par des services accessibles, des chances équitables d’éducation et d’emploi, la lutte contre les discriminations et une participation effective aux décisions publiques.
Lydia Mangala


