Après deux journées de bootcamp consacrées au renforcement de leurs compétences entrepreneuriales, les 20 candidats retenus pour la cinquième édition du Forum d’innovation des jeunes entreprises congolaises (FIJEC) sont passés à l’épreuve du pitch. Ils ont présenté leurs projets ce mercredi 16 septembre au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, devant un jury composé de professionnels de l’entrepreneuriat, de l’informatique, de l’industrie, de l’assurance et de l’administration publique.
Cette étape constitue un tournant dans le parcours de ces jeunes porteurs de projets. Après leur formation des 8 et 9 septembre, axée notamment sur la structuration et la présentation du projet, la clarification de la proposition de valeur, la prise de parole et la maîtrise du pitch entrepreneurial, chacun disposait de cinq minutes, soit trois minutes pour présenter son innovation et deux minutes pour répondre aux questions du jury.
Des solutions qui touchent plusieurs secteurs
Pendant les présentations, les candidats ont défendu des innovations couvrant notamment la santé, l’éducation, l’agroalimentaire, la sécurité, le tourisme, l’environnement, l’énergie et les services numériques.
Parmi les projets présentés figure Healthink, porté par Crispin Ansima Cibalinda. L’innovation repose sur un bracelet équipé d’un QR code permettant d’accéder aux informations de santé d’un utilisateur à travers un profil médical.
Dans le domaine du transport et des infrastructures, ScanMatricule, présenté par Dieu Merci Materani, propose un système combinant reconnaissance automatique des plaques et paiement numérique du péage. L’objectif est notamment de fluidifier le passage aux postes de péage et de renforcer leur sécurisation.
La question de l’accès à l’eau potable a également été abordée avec Mela Maï, une solution développée par Pistis Ndunge Lundanda. Le projet prévoit des machines destinées à potabiliser l’eau à la sortie des forages ou des cours d’eau, avec différents modèles adaptés aux capacités de production.
Dans l’éducation, MyAdmin School, porté par Believe Misasa, mise sur la digitalisation de la gestion scolaire. La plateforme entend notamment faciliter la gestion des établissements, les paiements des frais scolaires et le suivi des élèves.
D’autres innovations ont porté sur la nutrition et la transformation locale, à l’image de Maïsha, une bouillie nutritive à base de Bikalakasa, portée par Christelle Mavinga, ou encore Mayel Ma Jinyum, un lait d’arachide présenté par Trésor Diur comme une alternative sans lactose et destiné à valoriser une matière première locale.
De la sécurité minière à l’intelligence artificielle
Le secteur minier était également représenté avec Ulinzi Watch, développé par Nathan Kabongo. Le projet combine une montre connectée, un boîtier de sécurité et une application de supervision pour détecter en temps réel certains incidents et transmettre des alertes, avec notamment la prise en compte de données biométriques et environnementales.
Dans le secteur médical, Med Cross, porté par Béni Mwamba, propose un logiciel intégrant l’intelligence artificielle pour analyser des données et images médicales afin d’aider à identifier plus rapidement certains signes associés notamment au cancer et à la pneumonie. Le système est conçu comme un outil d’appui au médecin, et non comme un remplacement de celui-ci.
La transformation agroalimentaire a également occupé une place importante avec Fufu Master, de Dauphin Musau, une machine destinée à automatiser la préparation du fufu et pouvant être utilisée directement ou à distance via une application mobile.
Pour le tourisme, YXPLORE, présenté par Jonathan Kayembe, ambitionne de réunir sur une même plateforme des services tels que la réservation d’hôtels, les vols, les taxis, les expériences touristiques et les événements, avec l’ambition de connecter davantage les acteurs congolais au marché international.
L’environnement n’a pas été oublié. Ecogreen, porté par Stéphanie Ilunga Banza, travaille sur la transformation des déchets plastiques en mobilier, notamment en bancs scolaires.
Dans l’agro-pastoral, Riveo Corporation, porté par Benjamin Mukuba, développe une activité autour de l’élevage et de la commercialisation du poisson, avec un système aquacole circulaire inspiré de l’aquaponie. Le projet entend notamment réutiliser les déchets issus de l’élevage pour produire des engrais destinés aux cultures.
Enfin, Bio-Light, de Jean Fidèle Lokende, explore une solution liée à la production d’électricité à partir de ressources végétales.
Ces projets illustrent la diversité des réponses proposées par les jeunes entrepreneurs, mais aussi les différents niveaux de maturité des initiatives, certaines étant encore au stade de conception tandis que d’autres sont déjà engagées dans la commercialisation ou travaillent avec des partenaires.
Le jury insiste sur le marché avant le financement
Par dessus la qualité des présentations, les questions posées aux candidats ont surtout porté sur leur modèle économique, leur marché, leurs ressources, leurs coûts et leur capacité à transformer une idée en entreprise viable.

Pour Nera Kanyinda, secrétaire général adjoint du Mouvement des Jeunes pour l’Entrepreneuriat Stratégique (MOJES) et président du jury, le principal enjeu ne doit pas être uniquement de convaincre les membres du jury.
« Le but, ce n’est pas seulement d’être classé premier ou deuxième, c’est surtout d’être mis en lumière et de profiter des opportunités qui sont à la portée des jeunes entrepreneurs pour pouvoir développer vos entreprises et vos projets », a-t-il expliqué.

Le président du jury a particulièrement insisté sur la nécessité de connaître son marché avant de rechercher des financements.
« Quand on parle d’entrepreneur, on parle d’abord d’un marché. Il faut qu’il y ait un marché qui existe. Et pour savoir qu’un marché existe, il faut que vous ayez fait l’étude de marché », a-t-il souligné.
Selon lui, le financement ne devrait pas constituer le premier réflexe d’un porteur de projet. Le développement du produit et la connaissance du marché doivent d’abord être consolidés.
« Quand on cherche les financements, vous allez voir que tout le monde cherche les financements, mais en réalité votre besoin essentiel n’est pas d’avoir des financements. C’est d’abord développer votre produit, développer votre marché. Et les financements vont venir après », a poursuivi Nera Kanyinda.
Du pitch à la conquête du marché
Même approche du côté de Junior Kitoko, directeur informatique de l’Agence pour la Promotion des Classes Moyennes Congolaises (APROCM) et membre du jury. Pour lui, la compétition constitue une étape dans un parcours beaucoup plus long.
« Ces concours peuvent constituer une étape pour permettre de nouer des relations, mais aussi de bâtir une entreprise qui amène une idée à une activité complète », a-t-il déclaré.
Il a surtout appelé les candidats à déplacer leur regard du jury vers leur véritable marché.
« L’idée ne doit pas être seulement de convaincre les membres du jury, mais de construire une entreprise, d’être capable de convaincre les consommateurs en rapport avec votre produit », a-t-il insisté.
Junior Kitoko a également appelé les jeunes entrepreneurs à rester attachés à leur vision, même lorsque les résultats d’une compétition ne leur sont pas favorables.
« Soyez résilients. Soyez motivés. Même si le résultat ne sort pas à votre faveur, que cela ne soit pas un motif de découragement », a-t-il recommandé.
Transformer une idée en entreprise durable
Du côté de l’ANADEC, Venan Mukendi a salué la capacité des candidats à porter leurs idées jusqu’à cette étape, tout en rappelant que le parcours entrepreneurial exige de la persévérance.
« Vous êtes capables de transformer vos idées en entreprise. Parmi les qualités d’un bon entrepreneur, il y a la persévérance », a-t-il déclaré.
Il a également encouragé les candidats à continuer à se former et à chercher les structures capables de les accompagner.
« Cherchez toujours à vous former. Cherchez toujours l’information. Cherchez à concrétiser vos projets », a-t-il conseillé.
Pour lui, l’accompagnement ne doit toutefois pas s’arrêter à la compétition. Les jeunes doivent apprendre à comprendre leur environnement entrepreneurial, à identifier les structures disponibles et à solliciter les expertises adaptées à leurs besoins.
La formalisation comme porte d’accès aux opportunités
Les échanges ont aussi fait ressortir l’importance de l’intégration dans l’économie formelle.
Laurent Kangudia, expert en assurance au Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI), a invité les jeunes entrepreneurs à formaliser leurs activités afin de faciliter leur accès aux dispositifs d’accompagnement et de financement.
« Je vous demande de quitter l’informel. Soyez dans le formel. Comme ça, nous pouvons faire marche ensemble », a-t-il lancé.
Il a également rappelé que l’entrepreneuriat est un parcours qui comporte des hauts et des bas et que le financement n’est pas une garantie de réussite immédiate.
« Ce n’est pas aujourd’hui, du jour au lendemain, que vous allez devenir milliardaire. Il y a des hauts et des bas », a-t-il fait savoir.
Le représentant du FPI a par ailleurs évoqué l’existence de mécanismes destinés à accompagner les jeunes entrepreneurs et les possibilités de financement adaptées à certains projets.
Des innovations appelées à dépasser les murs du concours
Pour Gabriel Liyanza, directeur chargé de l’entrepreneuriat au secrétariat général du ministère de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, l’enjeu est de pousser les jeunes à aller au-delà des connaissances acquises à l’université ou dans les formations classiques.
« Nous vous conseillons de réfléchir et d’innover. Il ne faut pas se limiter seulement à ce que vous avez reçu à l’école ou à l’université, mais aller encore plus loin pour que nous ayons vraiment des projets qui peuvent aider notre pays à aller de l’avant », a-t-il déclaré.
Il a notamment appelé les candidats à développer des applications et des solutions capables de répondre aux besoins concrets de la population, de simplifier certaines tâches et de contribuer à l’activité économique.
Du pitch à la suite du parcours
Au terme de cette journée de présentation, les 20 candidats restent suspendus à la décision du jury. Mais les interventions des membres de celui-ci ont également élargi la portée de la compétition sur le fait que le FIJEC ne se limite pas à sélectionner des projets. Il entend également mettre les jeunes entrepreneurs en contact avec un écosystème composé de structures d’accompagnement, institutions publiques, investisseurs et partenaires.
Le calendrier prévoit ainsi la publication des 10 projets retenus le 22 septembre 2026, avant une nouvelle session de pitch le 3 octobre. Les dix finalistes participeront ensuite à une visite guidée prévue le 15 octobre, avant la cérémonie officielle du 5 novembre 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles, au cours de laquelle seront dévoilées les trois meilleures innovations de l’année.
Placée sous le thème « Le sommet de l’innovation », cette cinquième édition prévoit notamment des panels, des espaces d’exposition, du networking B2B et les FIJEC Awards 2026.
Pour les vingt jeunes qui viennent de défendre leurs innovations, la prochaine étape consistera aussi à démontrer que derrière chaque pitch se trouve une capacité réelle à construire un produit, trouver son marché, créer de la valeur et inscrire durablement son entreprise dans l’écosystème congolais.
Lydia Mangala


