Pendant deux jours, le Mémorial du GENOCOST, à Kinshasa, s’est transformé en espace de mémoire et d’expression artistique à travers une exposition consacrée aux violences et aux crimes commis en République démocratique du Congo. Portée par l’artiste MKadima, l’initiative a également donné une place particulière aux victimes à travers des œuvres cocréées dans le cadre du programme pilote du FONAREV, en partenariat avec FIITEX.
Les vendredi 21 et samedi 22 août 2026, les visiteurs ont ainsi découvert des créations inspirées de l’histoire douloureuse de la RDC, mais aussi des œuvres réalisées avec des victimes bénéficiaires du programme pilote. Une démarche qui place l’art au-delà de sa dimension esthétique, en l’utilisant comme un moyen de raconter, de préserver et de transmettre la mémoire.
Depuis plusieurs années, MKadima consacre une partie de son travail à l’histoire récente de la RDC, notamment aux guerres, aux violences et à la mémoire des victimes. Cette exposition au Mémorial du GENOCOST représente ainsi un moment particulier dans son parcours artistique.
« Ceux qui me suivent depuis dix ans savent à quel point ce sujet est important dans mon art », a témoigné l’artiste, rappelant son engagement à travers la peinture pour raconter l’histoire du pays et rendre visibles les souffrances vécues par les populations.

Pour lui, l’existence même du Mémorial du GENOCOST constitue une étape importante dans le devoir de mémoire de la nation.
« Voir aujourd’hui notre nation construire ce mémorial est donc, pour moi, l’accomplissement d’un vœu », a-t-il souligné.
L’artiste cherche ainsi à provoquer une réflexion sur les violences qui ont marqué la RDC et sur la nécessité de préserver la mémoire collective.

Son message dépasse cependant le seul cadre artistique. MKadima estime que le devoir de mémoire commence également par la capacité des Congolais à regarder leur propre histoire en face.
« Avant d’exiger des autres qu’ils prennent notre histoire au sérieux, nous devons d’abord montrer nous-mêmes, par nos actes, que nous respectons et honorons notre mémoire », a-t-il déclaré.
La deuxième journée de l’exposition a pris une dimension particulière puisqu’elle était consacrée aux victimes des atrocités commises à travers le pays ayant participé à la création d’une œuvre commune avec l’artiste.
Cette démarche a permis de faire de l’art un espace d’expression pour des personnes directement marquées par les violences. Au lieu d’être uniquement représentées à travers le regard d’un artiste, les victimes ont participé au processus créatif et ont ainsi contribué à raconter leur propre histoire.
L’œuvre devient alors un objet de mémoire, mais aussi un espace de reconstruction. Elle permet de mettre en mots, en images et en formes des expériences parfois difficiles à raconter autrement.
Cette approche rejoint l’objectif plus large du programme pilote du FONAREV, qui vise notamment à accompagner les victimes des violences et à contribuer à leur prise en charge et à leur reconstruction.
La deuxième journée a également été marquée par la présence de la ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yolande Elebe, aux côtés de Sany Mbala, directrice du Mémorial du GENOCOST.
Après la présentation des œuvres, la délégation a visité les espaces intérieurs du Mémorial, offrant un moment particulièrement chargé d’émotion.
La présence de la ministre est venue souligner la place que peuvent occuper les arts et la culture dans le travail de mémoire nationale. À travers la peinture, les témoignages, les espaces mémoriels et les initiatives impliquant directement les victimes, plusieurs formes de narration de l’histoire congolaise peuvent ainsi se rencontrer.

Pour MKadima, cette rencontre entre institutions, artistes et victimes rappelle précisément la nécessité de construire une mémoire collective qui ne soit pas seulement institutionnelle, mais également humaine et artistique.
L’initiative a permis au public de découvrir ou de redécouvrir le Mémorial du GENOCOST, situé dans la commune de Lingwala, entre le ministère de l’Intérieur et le siège de la Police nationale congolaise.
Pour l’artiste, la visite de ce lieu constitue une occasion de mieux comprendre les événements qui ont marqué l’histoire récente de la RDC.
Il a ainsi invité le public à venir découvrir le Mémorial et son contenu historique, estimant que cette démarche peut contribuer à une meilleure compréhension des guerres et des violences ayant marqué le pays.
Durant ces deux journées, les murs du Mémorial ont servi de point de rencontre entre l’histoire, la création artistique et les parcours de victimes.
Cette exposition a surtout montré que la mémoire peut emprunter plusieurs chemins. Elle peut être conservée dans les archives, racontée par les témoins, inscrite dans les lieux de mémoire, mais aussi exprimée à travers l’art.

En associant les œuvres de MKadima à celles cocréées avec les victimes, le FONAREV et FIITEX ont ouvert un espace où la souffrance peut être racontée autrement, où les victimes peuvent retrouver une capacité d’expression et où le public est invité à regarder l’histoire avec davantage d’attention.
Au Mémorial du GENOCOST, l’art s’est ainsi fait langage de mémoire, mais également langage de résilience, une manière de rappeler les tragédies du passé tout en donnant aux victimes une place dans le récit national.
Lydia Mangala


