La République démocratique du Congo intensifie ses préparatifs en perspective de la prochaine visite sur place des experts du Groupe d’action financière (GAFI). Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a officiellement lancé, lundi au Centre financier de Kinshasa, les ateliers d’accompagnement technique destinés à préparer les différentes parties prenantes à cette importante étape du processus d’évaluation.
La cérémonie s’est tenue en présence du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa. Ces travaux réunissent notamment les entités assujetties, les autorités d’enquête ainsi que les instances chargées des enquêtes et des poursuites.
L’objectif est de permettre à la RDC de démontrer, devant les experts du GAFI, non seulement les réformes engagées dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT), mais surtout leur effectivité sur le terrain et les résultats obtenus.
Les acteurs financiers appelés à renforcer leur vigilance
Dans son intervention, Doudou Fwamba a insisté sur la responsabilité du secteur privé dans la prévention et la détection des flux financiers illicites. Les banques, institutions financières non bancaires, entreprises et professions non financières désignées sont ainsi appelées à renforcer leurs dispositifs de contrôle et de gestion des risques.
Le ministre a notamment insisté sur la nécessité d’identifier et d’évaluer les risques, d’appliquer une vigilance appropriée à l’égard de la clientèle, d’identifier les bénéficiaires effectifs et de procéder, lorsque cela est nécessaire, à la déclaration des opérations suspectes auprès de la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF).
Des avancées reconnues par le GAFI
Le ministre des Finances a également rappelé les progrès enregistrés par la RDC dans la mise en œuvre de son plan d’action national. Lors de sa session plénière de juin 2024 à Paris, le GAFI avait relevé les avancées substantielles réalisées par le pays, constatant que les 23 actions qui lui avaient été assignées avaient été largement mises en œuvre.
Pour Doudou Fwamba, ces progrès résultent de la volonté politique des autorités congolaises, sous l’impulsion du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi que de la mobilisation des institutions publiques, des partenaires techniques et financiers et du secteur privé.
Le ministre a toutefois appelé à ne pas considérer ces avancées comme une finalité.
« Une chose est d’implémenter des réformes, une autre est de s’assurer de leur pérennisation », a-t-il déclaré.
L’efficacité du dispositif national au cœur de l’évaluation
La prochaine visite des experts du GAFI constituera une étape déterminante. Au-delà de la conformité du cadre légal et institutionnel, l’évaluation devra mesurer l’efficacité opérationnelle du dispositif congolais.
Les experts s’intéresseront notamment à la capacité des institutions à comprendre les risques, détecter et déclarer les opérations suspectes, mener des enquêtes financières, engager des poursuites judiciaires et appliquer des sanctions efficaces. La saisie et la confiscation des avoirs issus d’activités criminelles feront également partie des éléments examinés.
Dans cette perspective, Doudou Fwamba a exhorté les autorités d’enquête et de poursuite à documenter leurs actions à partir de données fiables, de statistiques vérifiables et de cas concrets, afin de pouvoir apporter des preuves tangibles de l’efficacité des réformes mises en œuvre.
Il a également insisté sur l’importance de la coordination entre les institutions, de la circulation de l’information et de la constitution d’un dossier de preuves crédibles.
Un enjeu majeur pour la sortie de la liste grise

Organisés avec l’appui des partenaires de la RDC et du Secrétariat technique national, ces ateliers doivent permettre d’harmoniser les interventions des différentes institutions, de consolider les données disponibles et de documenter les résultats obtenus depuis le lancement du plan d’action national.
Pour les autorités congolaises, l’enjeu dépasse la seule conformité aux standards internationaux. Une évaluation favorable renforcerait la crédibilité du système financier national, la confiance des partenaires internationaux et l’attractivité de la RDC auprès des investisseurs.
Elle pourrait également constituer une étape importante vers la sortie du processus de surveillance renforcée du GAFI et, sous réserve de la décision des instances compétentes, vers le retrait de la République démocratique du Congo de la « liste grise ».
En lançant ces travaux, le ministre des Finances a ainsi appelé à une mobilisation collective de l’ensemble des acteurs concernés. Il a réaffirmé la détermination du gouvernement à poursuivre les réformes et à consolider un dispositif national durable, efficace et conforme aux standards internationaux en matière de lutte contre les flux financiers illicites.
Joséphine Mawete


