Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a réagi à la transformation annoncée de l’AFC-M23 en Front pour la refondation de la nation (FRN), qu’il considère comme un changement de façade sans modification substantielle de la nature du mouvement.
Il a également réaffirmé la position de Kinshasa sur les processus de paix de Doha et de Washington, tout en excluant la participation au dialogue national de ceux qui chercheraient à accéder au pouvoir par les armes.
Pour Patrick Muyaya, le choix de l’ancien président Joseph Kabila de s’engager ouvertement dans cette dynamique armée constitue une attaque contre la République, l’ordre constitutionnel et le droit des Congolais à choisir démocratiquement leurs dirigeants.
Selon le porte-parole du gouvernement, la création du FRN ne modifie ni les acteurs ni la nature du mouvement armé. Il estime que cette nouvelle appellation ne change rien à la responsabilité qu’il attribue à Joseph Kabila dans la dynamique de l’AFC.
« Nous savons que le président honoraire était déjà créateur à l’initiative de l’AFC depuis deux ou trois ans. Maintenant qu’il sort du bois, qu’est-ce qui change fondamentalement ? Les acteurs restent les mêmes, la nature du mouvement reste la même », a déclaré Patrick Muyaya.
Il a également rappelé que Kinshasa considère le mouvement comme un groupe armé appelé à disparaître dans le cadre des discussions engagées à Doha. Pour le gouvernement, le recours aux armes ne saurait constituer un moyen légitime de conquérir le pouvoir.
Sur le plan diplomatique, Patrick Muyaya a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre les processus de paix en cours, notamment ceux de Washington et de Doha. Il a évoqué les avancées revendiquées dans le processus de Washington concernant le plan de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ainsi que les démarches entreprises à Doha autour du cessez-le-feu et de la libération de prisonniers.
« Toutes les questions liées au M23 rénové, au M23 Kabila, sont traitées dans le cadre de Doha », a-t-il affirmé, distinguant ces négociations sécuritaires du dialogue politique national.
Le porte-parole a toutefois dénoncé la poursuite des violences dans l’est du pays, qu’il attribue à l’action du Rwanda et de ses alliés. Il a notamment évoqué les victimes civiles, les déplacements de populations et les violences sexuelles, estimant que l’armée congolaise devait rester en état d’alerte malgré les engagements diplomatiques.
« Notre armée doit demeurer en alerte pour apporter la réponse militaire qui s’impose le moment venu », a-t-il déclaré.
Concernant le dialogue national envisagé à Kinshasa, Patrick Muyaya a rappelé la ligne défendue par le président Félix Tshisekedi : les discussions politiques ne doivent pas servir de voie d’accès au pouvoir à des acteurs qui privilégieraient la lutte armée.
« Il est hors de question d’amener dans ces dialogues ceux qui, en réalité, n’ont des desseins que la prise de pouvoir par les armes », a-t-il insisté.
Il a appelé les Congolais attachés à la paix à contribuer à la construction d’un front commun pour la défense de la République et la cohésion nationale. Les confessions religieuses, déjà impliquées dans les démarches en cours, pourraient jouer un rôle dans cette dynamique.
Pour le porte-parole, ce dialogue devrait notamment permettre de renforcer l’unité nationale, de répondre aux tensions et aux discriminations et de réfléchir aux moyens de consolider les institutions chargées de garantir la sécurité des citoyens et l’intégrité territoriale.
Patrick Muyaya a par ailleurs estimé que l’engagement de responsables politiques dans une dynamique armée devait entraîner des conséquences sur le plan institutionnel. Il a ainsi défendu la mesure de suspension de partis politiques évoquée dans ce contexte, considérant que les formations concernées ne peuvent prétendre participer normalement à la vie démocratique si elles choisissent, selon lui, la voie des armes.
Le porte-parole a enfin opposé cette démarche à l’action du gouvernement sous Félix Tshisekedi, citant notamment la gratuité de l’enseignement, la couverture santé universelle et les projets de développement.
Il a accusé les partisans de Joseph Kabila de chercher à interrompre cette dynamique, des accusations qui s’inscrivent dans le bras de fer politique entre le pouvoir et l’ancien président.
Par cette prise de position, Kinshasa entend maintenir une distinction entre les négociations sécuritaires conduites à Doha et à Washington et le dialogue politique national.
Le gouvernement réaffirme ainsi sa volonté de poursuivre les démarches diplomatiques tout en rejetant le recours aux armes comme moyen de conquête du pouvoir.
Lydia Mangala


