Face au rapprochement entre Joseph Kabila et une dynamique politique liée à la rébellion, j’observe plusieurs catégories de Congolais.
1. Les prisonniers de leur passé politique.
Ils soutiennent Kabila depuis 2006, 2011 ou une autre époque. Ils ont tellement investi dans ce choix qu’ils ne s’autorisent plus à le remettre en question. Même lorsque les faits les interpellent, ils défendent leur position comme s’ils défendaient leur propre existence.
Pour eux, reconnaître une erreur politique, c’est perdre la face. Alors ils préfèrent enchaîner les erreurs plutôt que d’admettre la première.
2. Les opposants par procuration.
Ils ne soutiennent pas nécessairement Kabila pour ce qu’il propose au Congo. Ils le soutiennent parce qu’ils détestent Félix Tshisekedi.
Leur raisonnement est simple : puisqu’ils n’aiment pas Tshisekedi, ils doivent soutenir son adversaire, peu importe les conséquences.
Mais depuis quand la haine d’un président constitue-t-elle un programme politique ? Depuis quand combattre un homme oblige-t-il à soutenir n’importe qui ?
3. Les touristes de l’histoire.
Ils connaissent peu l’histoire politique du Congo, peu les réalités de la guerre dans l’Est, peu les bilans économiques et politiques des différents régimes.
Leur analyse tient parfois en une phrase : « Avec Kabila, c’était mieux. »
Sur quelle base ? Quels chiffres ? Quels faits ? Quelle comparaison ?
La politique n’est pas un rayon de supermarché où l’on choisit le produit dont l’emballage nous plaît. Un peuple qui choisit sans s’informer finit souvent par payer le prix de son ignorance.
4. Les obligés du système.
Certains ont un poste, un marché, une faveur, une protection ou des intérêts particuliers liés à un camp politique.
Leur fidélité n’est pas toujours idéologique : elle est parfois matérielle.
Ils ne se demandent plus ce qui est bon pour le Congo, mais ce qu’ils risquent de perdre si leur camp perd.
Le problème commence lorsque l’intérêt personnel devient plus important que l’intérêt national.
5. Les patriotes de façade.
Ceux-ci savent parfaitement ce qu’ils soutiennent. Ils comprennent les enjeux, connaissent les conséquences possibles et disposent suffisamment d’informations pour faire la différence.
Pourtant, ils continuent d’encourager une dynamique qu’ils savent susceptible d’aggraver les souffrances des Congolais.
C’est peut-être la catégorie la plus préoccupante : celle où l’on ne peut plus tout expliquer par l’ignorance ou le manque d’information, mais où se pose frontalement la question de la responsabilité morale.
Car pendant que certains jouent leurs cartes politiques, d’autres Congolais meurent, fuient leurs maisons et enterrent leurs proches dans l’Est du pays.
6. Les avocats du brouillard.
Ceux-là méritent une mention spéciale.
Tu leur présentes un fait, ils te répondent par un cours de droit. Tu soulèves une question de souveraineté, ils te récitent des articles. Tu leur demandes si une situation est moralement défendable, ils déplacent le débat vers une subtilité juridique.
Ils ont toujours un « cependant », un « néanmoins », un « selon l’article… ».
Leur spécialité ? Transformer une évidence politique en débat interminable de vocabulaire.
Bien sûr, le droit est important. Mais le droit ne devrait jamais devenir un rideau de fumée destiné à éviter les questions essentielles.
Au fond, le problème dépasse Joseph Kabila, Félix Tshisekedi ou n’importe quel autre individu.
Un président passe. Un régime passe. Une opposition passe. Mais le Congo demeure.
On peut combattre Tshisekedi sans devenir automatiquement partisan de Kabila. On peut critiquer le pouvoir sans justifier n’importe quelle alliance. On peut être dans l’opposition sans suspendre son patriotisme.
Le véritable test du patriotisme, c’est de savoir dire NON à son propre camp lorsque celui-ci franchit une ligne rouge. Même si pour le cas précis, la ligne rouge a été franchie depuis très longtemps, mais ce n’ est qu’hier et aujourd’hui sur plusieurs sont soudainement conscients et patriotes…Bon Ok.
Parce que le plus douloureux dans une guerre, ce n’est pas seulement de voir des Congolais mourir. C’est aussi de constater que d’autres Congolais, parfois instruits, parfois influents, peuvent contribuer à des dynamiques qui prolongent les souffrances de leur propre peuple.
Le Congo n’a pas besoin de supporters aveugles. Il a besoin de citoyens capables de penser, de douter et de placer la nation au-dessus des individus.
Freddy Yomba


