Dans une tribune publiée dimanche 11 octobre 2026 et intitulée « L’aveu de Goma, le grand masque enfin tombé », le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, revient sur plusieurs épisodes des conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo.
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu y met en cause l’ancien président Joseph Kabila, dont l’arrivée à Goma en 2025, selon lui, aurait éclairé certains événements militaires survenus entre 2008 et 2013.
Présentant son texte comme un extrait du deuxième tome de ses mémoires, à la suite de Le Nord-Kivu entre démocratie et guerre, paru en 2016, Julien Paluku défend sa prise de position au nom de ses convictions républicaines.
Il conteste les accusations selon lesquelles ses critiques seraient motivées par la recherche d’un poste et affirme agir par devoir patriotique.
« Les postes passent, mais la patrie demeure », dit-il, en réaffirmant son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi.
Six épisodes militaires au cœur de ses accusations
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu revient sur six événements militaires survenus entre 2008 et 2014. Il estime que l’arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025 lui a permis de relire certains choix et épisodes de cette période à la lumière de ce qu’il considère comme des liens entre l’ancien président et des acteurs des rébellions dans l’Est. Ces accusations sont celles de Julien Paluku dans sa tribune.
Le premier épisode concerne les combats de Tongo, dans le territoire de Rutshuru, en 2008. Julien Paluku affirme que les FARDC avaient reçu l’ordre d’arrêter les combats alors que les forces de Laurent Nkunda et de Bosco Ntaganda se retiraient. Il associe cette décision à la chute du camp militaire de Rumangabo en octobre de la même année.
Le deuxième fait porte sur l’arrestation de Laurent Nkunda, le 21 janvier 2009, suivie des opérations militaires Umoja Wetu, menées du 25 janvier au 25 février. L’ancien gouverneur qualifie cette séquence de « mascarade totale d’un deal Kabila-Kagame », mettant en doute la durée et les objectifs de ces opérations.
Le troisième épisode concerne l’occupation temporaire de Goma par le M23, du 20 novembre au 1er décembre 2012. Julien Paluku rappelle son déplacement à Kampala, le 24 novembre, pour une réunion de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Il estime que le retrait rapide des rebelles de Goma révélait une entente entre acteurs politiques et militaires.
Le quatrième fait concerne la nomination de Bosco Ntaganda à un poste de commandement des opérations à Goma. Selon Julien Paluku, celui-ci aurait ensuite fui avec des munitions pour participer à la création du M23 à Masisi en avril 2012, où il aurait rejoint le colonel Sultani Makenga.
Le cinquième épisode porte sur la bataille de Chanzu, le 5 novembre 2013. Julien Paluku affirme que le général Bahuma avait reçu l’ordre de ne pas prendre cette colline, alors que les FARDC poursuivaient les combats contre le M23. Il raconte avoir décidé avec le général de poursuivre l’opération.
« Nous nous sommes regardés, Bahuma et moi, sans rien dire, et nous avons achevé le travail le 5 novembre 2013, téléphone éteint », écrit-il.
Enfin, il évoque la disparition du colonel Mamadou Ndala, tué en janvier 2014, et du général Bahuma, décédé en août 2014. Il présente ces deux officiers comme des acteurs majeurs de la victoire militaire de Chanzu et affirme être le seul rescapé parmi les personnes qu’il associe à cette séquence.
Une réponse aux accusations d’opportunisme
Julien Paluku rejette les interprétations selon lesquelles ses critiques envers Joseph Kabila seraient dictées par la recherche d’un emploi ou d’un avantage politique. Il insiste sur son expérience au sein des institutions et sur sa connaissance des événements de l’Est.
« Ce n’est pas de l’opportunisme pour obtenir un poste. Non, c’est un devoir sacré pour le citoyen congolais que je suis », soutient-il.
Le ministre affirme que son opposition à la posture actuelle de Joseph Kabila ne remet pas en cause le travail qu’il dit avoir accompli durant les mandats de l’ancien président. Il présente plutôt sa position comme une défense des valeurs républicaines et de l’intégrité territoriale.
L’armée, la corruption et les droits humains au centre des critiques
Dans la dernière partie de sa tribune, Julien Paluku conteste également le bilan militaire de Joseph Kabila, notamment son affirmation d’avoir laissé une armée derrière lui. Il décrit une institution marquée, selon lui, par des problèmes de commandement, des promotions rapides et une infiltration qu’il attribue à des acteurs rwandais.
Il évoque par ailleurs les dossiers Panama Papers de 2016 et Congo Hold-up de 2021 pour contester la légitimité de l’ancien chef de l’État à donner des leçons en matière de lutte contre la corruption et de respect des droits humains. Ces références sont avancées par Julien Paluku dans son argumentaire.
Le ministre reproche enfin à Joseph Kabila de ne pas avoir suffisamment évoqué les souffrances des populations de l’Est, confrontées à la guerre et à l’épidémie d’Ebola.
« En 16 minutes de discours, Joseph Kabila n’a eu aucun mot pour vos souffrances », déplore-t-il, avant d’exhorter les habitants de l’Est à résister à toute nouvelle escalade du conflit.
Sa tribune s’achève sur un appel à la défense de l’intégrité territoriale de la RDC et sur un soutien affirmé au président Félix-Antoine Tshisekedi.
« Personne ne nous chassera de cette terre. Battons-nous jusqu’à retrouver l’intégrité totale du territoire aux côtés de Félix-Antoine Tshisekedi », conclut Julien Paluku.
Lydia Mangala


