La production d’électricité à Kinshasa pourrait également passer par les façades, les toitures et les vitrages des bâtiments. C’est la solution présentée par Eyal Szombat, directeur de la technologie et cofondateur de Weast Énergie Solaire & Eau, lors du panel 6 de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, consacré à la transition énergétique et à l’autonomie en eau et en électricité des métropoles.
Son intervention a mis en avant le potentiel du photovoltaïque intégré aux bâtiments pour réduire la pression sur le réseau électrique et accompagner l’expansion urbaine.
Des bâtiments capables de produire leur propre électricité
Face aux contraintes foncières de Kinshasa, où les espaces disponibles pour installer de grandes centrales solaires au sol restent limités, Eyal Szombat propose d’exploiter les surfaces déjà présentes dans le paysage urbain.
« Chaque bâtiment peut produire une petite centrale, ou produire sa propre énergie », a-t-il expliqué, en présentant des solutions photovoltaïques intégrées directement aux éléments architecturaux.
Cette technologie, connue sous le nom de photovoltaïque intégré au bâtiment (BIPV), permet d’incorporer des cellules solaires aux toitures, aux façades et aux vitrages, sans nécessairement recourir aux panneaux conventionnels installés sur des structures indépendantes.
Pour le cofondateur de Weast Énergie Solaire & Eau, cette approche offre une réponse adaptée aux contraintes des grandes villes.
Elle permet de valoriser des surfaces déjà construites, de produire de l’électricité à proximité des lieux de consommation et de limiter les pertes liées au transport de l’énergie.
Toitures, façades et vitrages : le solaire intégré à l’architecture
Au cours de sa présentation, Eyal Szombat a détaillé plusieurs applications de cette technologie. Les tuiles solaires peuvent remplacer certains matériaux traditionnels de toiture, tandis que les façades photovoltaïques peuvent se substituer à des éléments de revêtement, de maçonnerie ou de vitrage.
Il a notamment distingué les technologies à couches minces, qui offrent des possibilités esthétiques variées et une bonne adaptation à certaines conditions d’ombrage, des solutions cristallines utilisées dans les panneaux solaires classiques.
« Ce n’est pas une simple façade. C’est ce qu’on appelle une centrale solaire », a-t-il souligné en présentant un bâtiment dont les façades produisent de l’électricité.
L’intervenant a également insisté sur la possibilité de personnaliser les couleurs, la transparence et les motifs des matériaux photovoltaïques, afin de préserver les choix architecturaux.
Selon lui, cette technologie peut être intégrée aussi bien dans les nouvelles constructions que dans les projets de rénovation.
Jusqu’à 50 kWh par jour pour 100 m² de toiture
Sur le plan énergétique, Eyal Szombat a avancé un ordre de grandeur de 0,5 kWh par mètre carré et par jour pour certaines surfaces photovoltaïques intégrées. Selon cette estimation, une toiture de 100 m² pourrait produire environ 50 kWh par jour, en fonction des caractéristiques de l’installation et des conditions d’ensoleillement.
Il a précisé que les façades verticales produisent généralement moins que les toitures, mais elles peuvent compléter l’approvisionnement, notamment le matin et en fin d’après-midi.
L’intérêt de ces installations ne se limite pas à la production d’électricité. Les vitrages solaires peuvent également contribuer à limiter les apports de chaleur dans les bâtiments, ce qui réduit potentiellement les besoins en climatisation et, par conséquent, la consommation énergétique.
Eyal Szombat a évoqué une fourchette indicative de 210 à 430 dollars par mètre carré pour les tuiles solaires, tout en précisant que le coût des façades dépend de plusieurs paramètres, notamment le type de vitrage, son épaisseur, sa transparence et la complexité des motifs.
Libéralisation du secteur et investissements privés
Outre les solutions technologiques, le cofondateur de Weast Énergie Solaire & Eau a abordé les conditions nécessaires au développement des investissements privés dans le secteur électrique congolais.
Il a notamment évoqué la place des producteurs indépendants d’électricité et la possibilité de mieux répartir les responsabilités liées à la croissance de la demande dans les nouvelles zones urbaines.
Il a également soulevé la question des tarifs de l’électricité, estimant qu’un système durable devait permettre aux opérateurs de couvrir leurs coûts et de financer leurs investissements. Il a, dans ce contexte, insisté sur l’importance d’améliorer le paiement des factures, notamment par les institutions publiques, afin de renforcer la rentabilité du secteur.
« On est avec la SNEL, on n’est pas contre la SNEL », a-t-il précisé.
Il a souligné que le développement des solutions privées pouvait contribuer à renforcer l’offre électrique et à soutenir les efforts de la Société nationale d’électricité.
Un appel aux architectes et aux promoteurs immobiliers
En conclusion, Eyal Szombat a invité les architectes, les constructeurs et les promoteurs immobiliers à intégrer davantage les solutions photovoltaïques dans leurs projets, dès la conception des bâtiments.
« Nous avons l’expertise, nous serons ravis de collaborer avec vous tous sur des projets réels et concrets », a-t-il déclaré.
Le spécialiste a défendu une approche dans laquelle les bâtiments deviennent des acteurs de la production énergétique, en complément des centrales classiques et des réseaux de distribution.
Selon lui, c’est une piste pour accompagner la croissance de Kinshasa, réduire la pression sur les infrastructures existantes et intégrer les énergies renouvelables au développement urbain.
Lydia Mangala


