À Kinshasa, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a officiellement ouvert, ce jeudi 8 octobre 2026, au chapiteau du Palais du Peuple, la 12ᵉ édition du Forum international des élites féminines (FIEF). Organisé pour la première fois en République démocratique du Congo, ce rendez-vous panafricain réunit près de 300 participantes et participants issus des 26 provinces du pays et d’une quinzaine de nations africaines, autour de l’autonomisation des femmes, de l’intelligence artificielle et du leadership féminin.
Placée sous le thème « Femmes d’avenir : Intelligence artificielle, entrepreneuriat, droits et leadership féminin pour une Afrique inclusive et résiliente », cette édition entend renforcer les capacités des femmes et des jeunes filles, tout en favorisant leur accès aux opportunités dans les domaines de l’innovation technologique, de l’entrepreneuriat, de la gouvernance et de la consolidation de la paix.
Parmi les personnalités présentes figurait Wênd-Pouiré Justine Nana, initiatrice du FIEF, un forum qui ambitionne de faire du leadership féminin un moteur de transformation du continent africain.
Intelligence artificielle : les femmes africaines appelées à passer de l’usage à l’innovation
Dans son discours d’ouverture, Judith Suminwa Tuluka a insisté sur la nécessité de faire du FIEF un véritable cadre d’action, au-delà des déclarations de principe. Pour la cheffe du Gouvernement, ces assises doivent favoriser la coopération, le partage d’expériences et la création de partenariats capables de produire des résultats concrets en faveur des femmes et des jeunes filles.
« En accordant mon Haut Patronage à ce Forum, j’ai voulu souligner l’importance de sa vocation qui consiste à rapprocher les expériences, renforcer les compétences et faire émerger des partenariats capables de produire des résultats pour les femmes et les jeunes filles », a-t-elle déclaré.
La Première ministre a également souligné que l’autonomisation féminine ne pouvait se résumer à une représentation accrue des femmes dans les différentes sphères de la société. Elle doit s’accompagner d’un accès réel aux compétences, aux ressources et aux postes de décision, particulièrement dans un contexte marqué par les mutations technologiques et l’essor de l’intelligence artificielle.
« Les femmes et les jeunes filles ne doivent pas être seulement les utilisatrices des innovations conçues ailleurs », a-t-elle martelé.
À travers cet appel, Judith Suminwa encourage les participantes à réfléchir aux moyens de renforcer les compétences numériques des femmes africaines, de mobiliser les ressources nécessaires et de développer des partenariats scientifiques et professionnels. L’objectif est de permettre aux femmes de contribuer elles-mêmes à la conception des innovations et de répondre aux besoins spécifiques de leurs communautés.
Femmes de l’Est : un hommage aux victimes des conflits armés
Le discours de la cheffe du Gouvernement a également été marqué par un appel à la solidarité envers les femmes et les jeunes filles confrontées aux conséquences des conflits armés, particulièrement dans l’est de la RDC.
Face aux violences, aux déplacements forcés et aux souffrances endurées par les populations, Judith Suminwa a invité l’assistance à observer une minute de silence en mémoire des victimes.
Ce moment de recueillement a également permis de saluer la résilience des femmes qui, malgré les conditions difficiles, continuent de soutenir leurs familles et de contribuer à la survie de leurs communautés.
Un rappel que la promotion du leadership féminin ne peut être dissociée des enjeux de paix, de sécurité et de protection des droits des femmes.
Micheline Ombae exhorte les jeunes filles à oser les sciences et le leadership
Prenant la parole à son tour, la ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Ombae, a encouragé les jeunes filles africaines à prendre pleinement leur place dans les secteurs stratégiques du développement.
« Aux jeunes filles, ne vous contentez pas d’être la relève. Devenez dès aujourd’hui les actrices de votre avenir. Osez les sciences, osez la technologie, osez l’entrepreneuriat, osez la politique et osez le leadership », a-t-elle lancé.
Cet appel met en lumière la nécessité de promouvoir une nouvelle génération de femmes capables d’investir les domaines scientifiques, économiques, technologiques et politiques, traditionnellement marqués par une faible représentation féminine.
Portée par l’Association pour l’Épanouissement de la Jeune Fille (AEJF), en collaboration avec le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO) et Femmes main dans la main pour le développement intégral (FMMDI), cette édition bénéficie du leadership institutionnel du ministère du Genre, Famille et Enfant.
Autonomisation économique : une priorité affichée du Gouvernement
La tenue du FIEF-RDC s’inscrit dans un contexte où le Gouvernement dirigé par Judith Suminwa Tuluka affiche sa volonté de renforcer l’autonomisation économique des femmes et de promouvoir l’entrepreneuriat féminin.
Le renforcement des mécanismes d’accompagnement des initiatives féminines, l’encouragement à l’innovation et la participation accrue des femmes à la vie économique figurent parmi les leviers mis en avant pour soutenir cette ambition.
À travers son haut patronage accordé au forum, la Première ministre réaffirme ainsi l’importance du leadership féminin dans la construction d’une économie plus inclusive et d’un développement durable en République démocratique du Congo.
L’enjeu consiste désormais à traduire les engagements exprimés au cours de ces assises en initiatives concrètes, susceptibles d’améliorer l’accès des femmes aux opportunités économiques, aux nouvelles technologies et aux instances de décision.
Deux colombes pour symboliser la transmission de la paix aux jeunes générations
La cérémonie d’ouverture a également été marquée par un geste symbolique en faveur de la paix. Deux colombes ont été confiées à Léandrine Balengele, une jeune slameuse de 15 ans, pour symboliser la transmission d’un héritage de paix aux générations futures.
À travers cette initiative, les organisateurs ont voulu rappeler que la construction d’une Afrique pacifique et solidaire repose aussi sur l’engagement de la jeunesse. Les jeunes sont ainsi appelés à devenir les relais des valeurs de dialogue, de solidarité et de vivre-ensemble.
Ce geste a donné une dimension supplémentaire à cette édition du FIEF, en reliant les enjeux du leadership féminin à ceux de la paix et de la cohésion sociale sur le continent.
FIEF : dix ans d’engagement pour l’épanouissement des femmes africaines
Créé en 2015 à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, à l’initiative de Wênd-Pouiré Justine Nana, à travers l’Association pour l’Épanouissement de la Jeune Fille, le Forum international des élites féminines s’est progressivement imposé comme un cadre panafricain de réflexion, de mentorat et de mise en réseau des femmes engagées dans le développement de leurs communautés.
Le forum entend notamment favoriser le renforcement des capacités, l’autonomisation économique, la coopération Sud-Sud et la création de partenariats durables entre les femmes africaines.
Avec cette 12ᵉ édition organisée à Kinshasa, le FIEF entend poursuivre cette dynamique en plaçant l’intelligence artificielle, l’entrepreneuriat, les droits et le leadership féminin au cœur des réflexions sur l’avenir du continent.
Joséphine Mawete


