L’aménagement du territoire doit désormais servir de socle à la sécurisation foncière, à la modernisation du cadastre et à l’orientation des investissements immobiliers à Kinshasa. Tel était le centre de l’intervention du ministre de l’Aménagement du territoire, Jean-Lucien Bussa, représenté par son Directeur de cabinet, Henry Limbaka, lors du panel consacré à l’avenir des communes de N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula, à l’occasion de la 12ᵉ édition d’ExpoBeton RDC.
Face à une capitale dont la croissance démographique et spatiale dépasse les capacités de planification, le ministère préconise une meilleure articulation entre aménagement du territoire, gestion foncière et urbanisme. Une cohérence jugée indispensable pour réduire les risques juridiques et sécuriser les projets structurants.
Une capitale qui grandit plus vite que ses plans
Dans son intervention, Henry Limbaka a relevé que l’expansion rapide de Kinshasa s’est accompagnée d’une occupation souvent spontanée des espaces, y compris dans des zones réservées aux infrastructures ou présentant des risques.
Cette situation fragilise les investissements, notamment en raison des incertitudes liées aux titres fonciers et à l’affectation des terrains.
« Aucun investisseur ne pourra placer ses ressources dans un environnement où la sécurité du terrain n’est pas totalement garantie », a-t-il souligné.
Pour le gouvernement, la modernisation de la gouvernance spatiale devient ainsi une priorité stratégique, avec la volonté de disposer d’instruments permettant de déterminer clairement les usages et les vocations des différents espaces.
Trois communes, trois vocations territoriales
L’intervention a accordé une attention particulière à N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula, trois territoires appelés à jouer un rôle majeur dans l’expansion de Kinshasa.
Maluku, présentée comme l’une des communes les plus vastes de la capitale, dispose notamment d’un potentiel pour l’extension urbaine, les activités industrielles et logistiques ainsi que l’agriculture. Le projet Kinshasa-Kia Mona et la zone économique spéciale s’inscrivent dans cette dynamique.
N’Sele présente, pour sa part, une vocation mixte associant habitat, agriculture périurbaine et espaces naturels, tout en étant concernée par plusieurs infrastructures et axes de connexion.
Mont-Ngafula, avec ses espaces encore disponibles et ses contraintes liées notamment à la nature des sols et aux risques d’érosion et de glissement, nécessite également une planification adaptée.
Le principe défendu par le ministère est celui selon lequel la vocation d’un espace doit être connue avant son occupation et l’autorisation d’un projet.
« L’aménagement dit ce que l’on peut faire du sol »
Le représentant du ministre a insisté sur la complémentarité entre les différentes administrations intervenant dans la gestion de l’espace.
« L’aménagement du territoire dit ce que l’on peut faire du sol. Le foncier dit à qui le sol appartient. L’urbanisme dit comment on y construit. Quand ces trois administrations s’accordent, l’investisseur est protégé. Quand elles s’ignorent, il est exposé », a-t-il expliqué.
Cette articulation doit notamment permettre d’éviter qu’un investissement soit autorisé sur un espace dont la vocation territoriale ne correspond pas au projet envisagé.
Le ministère travaille ainsi à l’élaboration de plans d’aménagement pour les trois communes ciblées, avec l’objectif d’identifier les zones destinées à l’habitat, aux activités économiques, aux infrastructures et aux espaces à protéger.
Protéger les emprises pour éviter les coûts futurs
Il a également avancée la priorité sur la protection des emprises réservées aux infrastructures et aux équipements publics.
« Chaque emprise occupée aujourd’hui est une expropriation à payer demain et un chantier à rétablir après-demain », a déclaré le représentant de Jean-Lucien Bussa.
Cette anticipation vise à préserver les espaces nécessaires aux routes, réseaux et équipements publics, tout en évitant que des familles ne s’installent dans des zones appelées à être utilisées ultérieurement pour des infrastructures.
Vers un cadastre numérique plus cohérent
La numérisation du cadastre constitue également un axe central de la réforme.
Le ministère défend notamment le principe d’une meilleure intégration des données d’aménagement du territoire dans le cadastre afin d’améliorer la connaissance des espaces et de réduire les risques de conflits.
« La numérisation du cadastre n’est pas un luxe technologique, mais une nécessité. C’est la fin de la double vente », a-t-il affirmé.
L’objectif est de parvenir à une meilleure traçabilité des droits fonciers et à une information fiable permettant aux investisseurs, aux administrations et aux institutions financières de prendre leurs décisions sur des bases sécurisées.
La conformité aux plans avant toute autorisation
Le ministère préconise par ailleurs un principe de cohérence préalable.
« Aucun plan de lotissement, aucun projet structurant ne peut être autorisé sans que sa conformité au plan d’aménagement ait été vérifiée », a insisté le représentant.
Pour lui, ce contrôle ne doit pas être perçu comme une contrainte administrative supplémentaire, mais comme un mécanisme de protection des investisseurs et de sécurisation des projets.
Les communautés au cœur de la planification
La prise en compte des populations vivant sur les terres constitue enfin un autre volet majeur de l’approche présentée.
Le ministère reconnaît le rôle des autorités coutumières et des communautés dans la gestion des espaces, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines. Leur implication est considérée comme indispensable à la réussite des plans d’aménagement et à la prévention des tensions liées aux projets d’infrastructure.
« Aucun plan ne tiendra s’il n’est fait sans eux », a déclaré le Dircab du ministre.
Il a également insisté sur la nécessité d’une démarche juste, vérifiable et transparente lorsqu’un projet d’utilité publique implique le déplacement de familles.
Une gouvernance foncière au service de l’investissement
En conclusion, Jean-Lucien Bussa, à travers son représentant, a appelé les promoteurs et constructeurs à consulter les sources officielles et à respecter les plans d’aménagement avant toute acquisition ou réalisation de projet. Les banques et institutions financières sont également invitées à considérer le cadastre numérique et la sécurisation des titres comme des fondations du développement du crédit immobilier.
« L’aménagement du territoire ne se pense pas à l’échelle d’une année, mais à l’échelle de 50 ans ou 100 ans », a-t-il rappelé.
Pour le ministère, l’enjeu dépasse donc la seule organisation actuelle de Kinshasa. Il s’agit de construire une gouvernance territoriale capable d’anticiper l’évolution de la capitale, de sécuriser les investissements, de préserver les espaces stratégiques et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.
Lydia Mangala


