À la Place Victoire, dans la commune de Kalamu, l’animation est permanente. Piétons, commerçants, motocyclistes, passagers et vendeurs se côtoient chaque jour dans une zone où les mouvements de foule sont constants. Mais derrière cette effervescence, une inquiétude revient de plus en plus dans les échanges avec la population : celle des vols commis en pleine rue ou dans les transports en commun.
Sur le terrain, la rédaction de Zolanews a échangé, jeudi 8 octobre 2026, avec plusieurs usagers du secteur. Téléphones, argent, marchandises et autres effets personnels figurent parmi les biens particulièrement redoutés par ceux qui fréquentent quotidiennement cette partie de Kinshasa.
Selon plusieurs témoignages, certains présumés voleurs opéreraient désormais en petits groupes de quatre ou cinq personnes. Leur stratégie consisterait à encercler leur cible, à créer une confusion, puis à lui arracher ses biens avant de disparaître rapidement dans la foule.
« Ce qui nous fait peur aujourd’hui, c’est qu’ils ne viennent plus toujours seuls. Ils peuvent être quatre ou cinq, ils encerclent la personne et chacun joue son rôle. Pendant que tu cherches à comprendre ce qui se passe, tes biens ont déjà disparu », témoigne Fredy, commerçant à Victoire.

Cette manière d’opérer suscite également la crainte des passants, d’autant que certains habitants évoquent la présence d’armes blanches entre les mains de certains individus. Une situation qui dissuaderait les témoins d’intervenir lorsqu’une personne est agressée.
« Nous pouvons être nombreux à regarder, mais personne ne veut risquer sa vie pour quelqu’un d’autre. Si tu interviens et qu’ils sortent un couteau, qui va te protéger ? C’est cette peur qui fait que les gens restent simplement spectateurs », explique Justine Mboli, une passante.

Dans les transports et aux abords des grandes artères, les usagers disent également devoir redoubler de vigilance. Les mouvements de foule et les arrêts fréquents des véhicules seraient autant d’occasions exploitées par les présumés voleurs.
« Quand je transporte des passagers, je dois moi aussi faire attention. On ne sait jamais quand une personne peut être suivie ou ciblée. Ici, il faut vraiment rester vigilant parce que les choses peuvent aller très vite », témoigne un motocycliste rencontré sur place.

Les petits vendeurs ne sont pas épargnés par cette inquiétude. Pour ceux qui passent de longues heures dans les rues de Victoire, la présence constante de la foule ne signifie pas nécessairement sécurité.
« Nous sommes ici toute la journée. On voit beaucoup de choses, mais lorsqu’il y a un problème, les gens ont peur d’intervenir. Même nous, les vendeurs, nous devons faire attention à nos affaires et à notre argent », raconte un vendeur d’eau rencontré à Victoire.

Une autre préoccupation exprimée par certains habitants concerne le suivi des personnes interpellées pour des faits présumés de vol. Des témoignages font état de suspects qui seraient parfois relâchés après leur présentation auprès des services compétents. Ces affirmations nécessitent toutefois d’être vérifiées auprès des autorités policières et judiciaires afin de déterminer les circonstances précises de ces éventuelles remises en liberté.
« Nous voulons que lorsqu’une personne est arrêtée pour un vol, son dossier soit réellement suivi. Sinon, elle revient quelques jours plus tard et recommence. C’est cela qui décourage la population », témoigne un photographe travaillant sur la place des Artistes.

Face à cette situation, les habitants rencontrés par ZolaNews appellent à un renforcement de la présence policière autour de Victoire et dans les endroits considérés comme sensibles. Ils souhaitent également que les plaintes des victimes soient prises au sérieux et que les procédures judiciaires soient suivies conformément à la loi.
Pour cette population, l’enjeu ne se limite plus à la perte d’un téléphone, d’une somme d’argent ou d’une marchandise. C’est également le sentiment de pouvoir circuler librement qui est en jeu.
À Victoire, la foule continue de se déplacer comme chaque jour. Mais derrière cette apparente normalité, nombreux sont ceux qui disent désormais regarder autour d’eux avec méfiance, redoutant qu’un simple trajet ne se transforme, en quelques secondes, en scène de vol ou d’agression.
Ben Mandjolo


