La 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC s’est officiellement ouverte le mercredi 7 octobre 2026 à la Grande Résidence de Kinshasa, sous le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ». À l’ouverture de cette rencontre consacrée notamment aux infrastructures et à la mobilité urbaine, le président du comité d’organisation d’ExpoBéton RDC, le sénateur Jean Bamanisa, a livré un plaidoyer en faveur d’une urbanisation mieux planifiée, d’infrastructures durables et d’un encadrement plus rigoureux du secteur de la construction.
Dans son mot, Jean Bamanisa a notamment insisté sur le décalage entre le dynamisme de l’investissement privé et la faiblesse de l’organisation urbaine. Il a relevé que de nombreux projets immobiliers sont réalisés sur fonds propres, mais souvent sans disposer d’un environnement urbain et réglementaire suffisamment structuré.
L’urbanisation spontanée au cœur des difficultés de Kinshasa
Pour Jean Bamanisa, l’investissement privé dans la capitale constitue une réalité qu’il faut accompagner plutôt que freiner. Il estime cependant que cette dynamique doit s’inscrire dans un cadre permettant de garantir la cohérence des quartiers et des infrastructures.
« Le privé construit, souvent en auto-construction et sans toujours disposer des règles. À la Gombe, Ngaliema, Kintambo, Limete, des immeubles sortent des terres sur fonds propres, sans crédit long, sans subvention, sans garantie », a-t-il fait observer.
Selon lui, le problème réside dans l’absence d’une véritable articulation entre les constructions privées et les infrastructures qui doivent les accompagner.
« L’investissement privé congolais est là, il n’attend pas. Ce qui manque, c’est l’autre moitié du contrat », a-t-il estimé.
Le président du comité d’organisation d’ExpoBéton RDC a ainsi dénoncé l’installation progressive d’un urbanisme spontané, marqué par des rues insuffisamment aménagées et une occupation de l’espace qui ne tient pas toujours compte des besoins en voirie, drainage, espaces verts et réseaux techniques.
« Un immeuble de 10 étages sur une rue non revêtue, sans collecteur, sans eau, sans courant stable, ce n’est pas du développement humain. C’est une addition de bâtiments dans un quartier qui n’en devient pas un », a-t-il déclaré.
L’érosion et les inondations, conséquences d’un mauvais aménagement
Jean Bamanisa a ensuite établi un lien direct entre l’occupation désordonnée du sol et les difficultés d’évacuation des eaux dans plusieurs quartiers de Kinshasa.
S’appuyant sur des données issues d’un travail de photo-interprétation réalisé dans quatre quartiers de la capitale, il a expliqué que la forte densité des constructions réduit progressivement les espaces disponibles pour l’écoulement naturel des eaux.
« L’eau tombe sur le toit et elle n’a pas de rue pour s’en aller. Elle finit par creuser des voies d’évacuation en érosion », a-t-il expliqué.
Il a également évoqué les constructions réalisées sur les collines et la disparition progressive des bassins de rétention, estimant que ces transformations accentuent les risques d’érosion et d’inondation.
Face à cette situation, il a appelé à accélérer l’achèvement du schéma directeur de Kinshasa et à le compléter par des outils techniques permettant de mieux maîtriser les bassins versants et les zones à risque.
« Un schéma indique où l’eau doit aller, seul un règlement empêche qu’on bâtisse sur les bassins de rétention. L’un est une étude, l’autre est une loi », a-t-il souligné.
Pour lui, la maîtrise de l’eau doit devenir une priorité dans la planification urbaine, notamment dans un contexte marqué par les effets du changement climatique.
Construire durablement pour sortir du cycle des réparations
Le sénateur Jean Bamanisa a également consacré une partie importante de son intervention à la durabilité des infrastructures routières. Il a déploré le fait que certaines routes soient reconstruites plusieurs fois en l’espace de quelques années, avec des investissements qui doivent être mobilisés à répétition.
« Nous reconstruisons les mêmes routes deux ou trois fois en quinze ans », a-t-il déploré.
Il a ainsi défendu l’utilisation de solutions techniques adaptées aux réalités climatiques et aux charges supportées par les infrastructures congolaises, notamment pour les chaussées.
« Bétonner, ce n’est pas un choix d’esthétique, c’est un choix de gouvernance », a-t-il affirmé.
Jean Bamanisa a également insisté sur la nécessité d’améliorer la traçabilité et le contrôle des travaux publics. Il estime que chaque ouvrage devrait disposer d’une documentation technique permettant de connaître les matériaux utilisés, les épaisseurs, les résultats des essais et les conditions d’entretien.
« Le jour où chaque kilomètre livré sera accompagné de son dossier d’ouvrage exécuté, épaisseur et remblai, matériaux livrés, essais de laboratoire, plan d’entretien et leurs coûts, nos infrastructures se porteront mieux », a-t-il soutenu.
Selon lui, cette exigence de documentation ne vise pas à mettre en cause les entreprises, mais à protéger celles qui respectent les normes et permettent d’identifier objectivement les causes des défaillances.
Des normes claires et un contrôle réel pour le secteur privé
Pour accompagner les investissements dans les bâtiments et les travaux publics, Jean Bamanisa a appelé à créer un environnement plus prévisible pour les acteurs du secteur privé.
« Le secteur privé congolais est prêt à prendre sa part. Il demande trois choses qui ne coûtent rien au Trésor : des normes claires, un contrôle réel, des marchés attribués à la compétence », a-t-il déclaré.
Il a également plaidé pour un allègement de la fiscalité applicable au secteur des BTP, estimant qu’une telle mesure pourrait favoriser davantage d’investissements et renforcer les retombées économiques du secteur.
Dans cette logique, le sénateur a indiqué avoir déposé au Sénat quatre propositions de loi portant notamment sur les travaux publics et les infrastructures, l’urbanisme et la construction, l’institution d’un ordre national des urbanistes ainsi que la promotion et l’utilisation de l’expertise et des compétences nationales.
Il a toutefois précisé que son intervention à ExpoBéton n’avait pas pour objectif de défendre ces textes, mais de contribuer à une réflexion susceptible d’alimenter le travail parlementaire.
La formation des métiers du BTP comme autre levier
Jean Bamanisa a par ailleurs insisté sur la nécessité de mieux structurer les métiers du bâtiment et des travaux publics. Il a annoncé la poursuite d’un travail visant à établir 244 référentiels de métiers dans le secteur.
Selon lui, ces référentiels doivent notamment contribuer à renforcer la reconnaissance des compétences et la validation des acquis de l’expérience, avec l’objectif de rendre cette démarche obligatoire sur les chantiers.
« L’ExpoBéton n’est pas une tribune de complaisance et n’est pas davantage une tribune de contestation. C’est un lieu de travail où des gens qui construisent viennent dire ce qu’ils savent », a-t-il rappelé.
Par cette vision, le président du comité d’organisation entend faire d’ExpoBéton un espace de dialogue entre le gouvernement, les professionnels du BTP et les différents acteurs intervenant dans la transformation urbaine.
ExpoBéton met le cap sur Mbujimayi en 2027
En conclusion, Jean Bamanisa a annoncé que la prochaine étape d’ExpoBéton RDC se tiendra à Mbujimayi en mai 2027, poursuivant ainsi la volonté d’étendre les réflexions sur les infrastructures et l’urbanisation au-delà de Kinshasa.
L’édition ouverte entend ainsi placer la durabilité, la planification, le respect des normes, le contrôle des ouvrages et la valorisation de l’expertise nationale au centre des discussions sur la transformation des villes congolaises.
Lydia Mangala


