La 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC s’est officiellement ouverte ce mercredi 7 octobre 2026 à la Grande Résidence de Kinshasa, sous le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ». Présidée par le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la cérémonie a réuni membres du gouvernement, autorités provinciales, diplomates, investisseurs, entrepreneurs, experts et professionnels du secteur pour transformer les plans et les ambitions en réalisations concrètes et durables.
Consacrée aux « Infrastructures & mobilité urbaine », cette première journée a fait émerger plusieurs priorités notamment la gouvernance, la planification territoriale, la qualité des infrastructures, la connectivité et surtout le passage à l’exécution.
Réinventer les règles pour mieux gouverner Kinshasa
Intervenant sur la « Réinvention juridique d’une province-capitale », le professeur Jacques Ndjoli a placé les difficultés de Kinshasa dans une perspective institutionnelle.
Pour le rapporteur de l’Assemblée nationale, la croissance de la capitale impose une meilleure articulation entre les différents niveaux de pouvoir et une administration davantage proche des populations.
« Il faut restaurer une cohérence dans la production normative, dans la rationalité, pour sortir du déficit de gouvernabilité et des faiblesses institutionnelles », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur l’urgence d’adapter le cadre juridique aux réalités d’une métropole en pleine expansion, estimant que les défis de mobilité, d’assainissement et d’occupation de l’espace ne peuvent être dissociés de la question de la gouvernance.
Normes, planification et durabilité pour encadrer l’urbanisation
Le président du comité d’organisation d’ExpoBéton RDC, Jean Bamanisa, a pour sa part mis l’accent sur le décalage entre le dynamisme de l’investissement privé et l’insuffisance de l’encadrement urbain.
« L’investissement privé congolais est là, il n’attend pas. Ce qui manque, c’est l’autre moitié du contrat », a-t-il souligné.
Pour lui, l’urbanisation doit s’appuyer sur des normes claires, un contrôle effectif et une meilleure qualité des ouvrages. Face aux problèmes d’érosion, d’inondation et de dégradation des infrastructures, il a également appelé à renforcer la traçabilité des travaux.

« Le secteur privé congolais est prêt à prendre sa part. Il demande trois choses qui ne coûtent rien au Trésor : des normes claires, un contrôle réel, des marchés attribués à la compétence », a-t-il affirmé.

La question de la planification territoriale a également occupé une place centrale. La directrice générale de l’ANAT, Carine Oniemba, a défendu une approche fondée sur l’anticipation et la connaissance du territoire.
« Planifier, ce n’est pas empêcher d’investir, c’est permettre d’investir au bon endroit, au bon moment et dans la bonne logique », a-t-elle déclaré.

L’ANAT entend ainsi évoluer vers une véritable plateforme d’intelligence territoriale, capable d’éclairer les décisions publiques et de sécuriser les investissements.
Kinshasa-Kia Mona, de la vision à la connectivité
Le projet d’extension de la ville de Kinshasa, Kinshasa-Kia Mona, a constitué un autre temps fort de cette journée. Thierry Katembwe Mbala, coordonnateur du CSSPEVK, l’a présenté comme une nouvelle polarité appelée à associer habitat, industrie, formation, services et infrastructures.
La connectivité doit, selon lui, constituer l’un des fondements de cette nouvelle ville, à travers la route, le rail et le fleuve.
« Une ville de cette dimension ne peut pas être pensée de façon isolée. Elle doit être reliée à l’actuel centre-ville de Kinshasa », a-t-il affirmé.
Outre les annonces, il a surtout placé la culture du résultat au cœur de la conduite du projet.
« Un projet ne doit pas être jugé uniquement à la cérémonie de sa première pierre. Il doit être jugé par ses résultats », a-t-il martelé.
Félix Tshisekedi fixe le cap et attend des résultats
À l’ouverture officielle, le président Félix-Antoine Tshisekedi a donné une orientation claire aux travaux. Il veut faire d’ExpoBéton un espace capable de déboucher sur des propositions directement exploitables par les pouvoirs publics.
« J’attends de ce forum des recommandations précises classées par priorité, définissant les actions à mener, les responsabilités, les moyens nécessaires et les résultats attendus », a déclaré le chef de l’État.
Il a également chargé la Première ministre Judith Suminwa de coordonner l’examen technique des 244 référentiels de métiers dans le secteur du BTP, en vue de leur validation et de leur mise en œuvre.
Sur la qualité des infrastructures, il a insisté sur la nécessité de rompre avec une logique de réparations répétitives et de penser les ouvrages sur le long terme.
« Chaque ouvrage doit être perçu et conçu pour durer », a-t-il souligné.
Le président de la République a également appelé à une meilleure coordination entre l’État, les provinces et les villes, à l’application effective de la réforme foncière, à la valorisation des compétences nationales et à une meilleure prise en compte de l’entretien dans le cycle de vie des infrastructures.
Passer des intentions à l’exécution
Depuis sa création en 2016, ExpoBéton s’est imposé comme un espace de rencontre entre les professionnels du BTP, de l’immobilier, des infrastructures, les investisseurs et les décideurs publics. Cette 12ᵉ édition entend franchir une nouvelle étape, avec notamment Kinshasa-Kia Mona, le SOSAK, le PDTK et les initiatives du CNE-ITP parmi les cadres et projets évoqués pour accompagner la transformation urbaine.
Au fil des interventions, un même impératif s’est dégagé : mieux planifier, mieux gouverner, mieux connecter et surtout exécuter.
Avec Kinshasa comme point de départ, ExpoBéton 12 ambitionne ainsi de faire émerger des solutions susceptibles d’être adaptées aux autres villes de la RDC.
« Que Kinshasa donne l’impulsion et que chaque ville de la République puisse prendre part à ce mouvement », a conclu Félix Tshisekedi.

L’édition 2026 se poursuit jusqu’au samedi 10 octobre à la Grande Résidence de Kinshasa.
Lydia Mangala


