Le Parlement des étudiants a tenu, ce mardi 6 octobre 2026 à Kinshasa, une plénière extraordinaire consacrée à la conscience historique nationale, à la justice, à la mémoire et à la paix en République démocratique du Congo. Placée sous le thème « 30 ans de guerre, 30 ans d’impunité : notre responsabilité pour l’avenir », cette rencontre a été ouverte par le président du Parlement des étudiants, André Kabuku, qui a appelé à regarder l’histoire du pays avec lucidité afin d’en tirer les leçons nécessaires pour construire l’avenir.
Dans son allocution d’ouverture, André Kabuku a placé la mémoire collective au centre de la réflexion. Pour lui, comprendre les décennies de conflits que traverse la RDC constitue une étape indispensable pour reconstruire une société consciente de son passé et capable d’éviter la répétition des mêmes tragédies.
« L’histoire nous a détruits, mais c’est dans cette même histoire qu’il faut aller chercher les moyens de nous reconstruire », a-t-il déclaré.

Le président du Parlement des étudiants a insisté sur l’importance de la conscience historique dans la construction nationale. Il estime qu’un peuple qui ne connaît pas son histoire risque de perdre ses repères et de compromettre sa capacité à se projeter collectivement.
« Un pays sans repère historique, qui se trouve perdu comme une rivière sans boussole, ne sachant ni d’où il vient ni où il va, est donc perdu », a-t-il soutenu, justifiant ainsi la tenue de cette plénière consacrée à la mémoire, à la justice et à la paix.
Pour André Kabuku, les trente dernières années ne peuvent être abordées uniquement sous l’angle des confrontations politiques. Elles doivent également permettre d’interroger les responsabilités, les erreurs commises et les leçons à tirer pour les générations futures.
Il a ainsi appelé les participants à dépasser les lectures partisanes de l’histoire nationale.

« Nous ne nous sommes pas réunis pour recréer une histoire au gré des appartenances politiques. Nous nous sommes réunis pour regarder notre histoire en face », a-t-il affirmé.
Dans son intervention, le président du Parlement des étudiants a également rappelé le lourd tribut payé par les populations, particulièrement dans l’Est de la RDC, au cours des différents conflits.
Massacres, déplacements forcés, violences sexuelles, enrôlement d’enfants, destruction de villages, perte des terres et séparation des familles ont marqué plusieurs générations
Face à ces drames, il a estimé que la recherche de la paix ne peut être dissociée des revendications des victimes en matière de vérité, de justice et de réparation.

« Réfléchir sur les 30 années de guerre ne peut être complet que si nous commençons par ceux qui ont payé le prix dans cette histoire », a-t-il souligné.
Cette approche place ainsi les victimes au cœur du débat sur la mémoire nationale, avec l’objectif de faire de leur expérience un élément essentiel de la construction d’une paix durable.
André Kabuku a par ailleurs appelé à dépasser la seule recherche des responsables pour analyser les mécanismes ayant permis à la crise de s’enraciner pendant plusieurs décennies.
« Notre questionnement ne doit pas être seulement : qui est responsable ? Il doit également être : qu’avons-nous appris, qu’avons-nous changé, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné et pourquoi cela n’a pas fonctionné ? », a-t-il déclaré.

Cette démarche, selon lui, doit permettre de tirer des enseignements des échecs successifs et de réfléchir aux moyens de préserver les générations futures des mêmes violences.
Au-delà du constat, le président du Parlement des étudiants souhaite que cette plénière débouche sur une prise de conscience collective et une responsabilité partagée.
Il a appelé les participants à écouter les différentes composantes de la société, notamment le gouvernement, l’opposition, les intellectuels, la société civile et surtout les victimes des conflits.
L’ambition est de parvenir à une mémoire commune et à une véritable prise de conscience face à la banalisation des violences.

« Je vous invite à regarder notre histoire, à reconnaître nos erreurs, honorer nos victimes, rechercher la vérité, demander justice, mais surtout décider de ne pas transmettre ces violences comme héritage », a lancé André Kabuku.
En clôturant son propos, il a inscrit cette réflexion dans une perspective de long terme, invitant les jeunes à penser dès aujourd’hui la RDC qu’ils souhaitent transmettre aux générations futures, notamment à l’horizon 2060, année du centenaire de l’indépendance du pays.

Cette plénière entend ainsi faire de la jeunesse un acteur de la réflexion sur la mémoire nationale, la justice et la construction d’une paix durable en RDC.
Lydia Mangala


