Lors de la plénière extraordinaire du Parlement des étudiants consacrée à la « Conscience historique nationale, justice, mémoire et paix en RDC », le député national Samy Adubango, élu de Mahagi dans la province de l’Ituri et ancien vice-ministre de la Défense, a analysé les origines de la prolifération des groupes armés en République démocratique du Congo. Intervenant sur le sous-thème « Rébellions, groupes armés en RDC : origines, causes et solutions », il a insisté sur la cohésion nationale, la justice, la maîtrise des ressources et la responsabilité des acteurs politiques.
Pour Samy Adubango, les conflits qui déstabilisent la RDC s’inscrivent dans une histoire longue, marquée par les crises politiques, les ingérences extérieures et la faiblesse des institutions.

Il estime que l’exploitation des ressources naturelles constitue également un facteur majeur dans la persistance des violences, particulièrement dans l’Est du pays.
« Derrière vos discours de rébellion et de guerre, il y a une guerre de l’humanisme et de la méchanceté. Le business de l’immédiat descend. Le coltan, l’or, le cobalt… On arrache notre sous-sol, finance de l’égarement pur », a-t-il déclaré, dénonçant les intérêts économiques qui entourent l’exploitation des richesses congolaises.

Dans son analyse, la faiblesse de l’État et les divisions internes contribuent également à maintenir l’instabilité. Il a ainsi appelé les Congolais à renforcer leur cohésion et à éviter l’instrumentalisation des différences communautaires.
« Il nous faut d’abord la cohésion nationale, la paix et l’équité publique », a-t-il insisté.

Samy Adubango a particulièrement insisté sur sa position concernant la participation des groupes armés aux processus politiques. Contrairement à une logique consistant à transformer les rébellions en voies d’accès au pouvoir, il estime que les responsables des violences doivent répondre de leurs actes devant la justice.
« Le sujet du pays ne se négocie pas. La paix ne s’achète pas en distribuant des postes ministériels aux criminels. Elle s’arrange par la justice », a-t-il affirmé.

Il a également distingué la possibilité d’un dialogue politique de la question judiciaire, estimant que discuter avec certains acteurs ne devrait jamais signifier leur exonération des crimes commis.
Sur la participation de l’AFC/M23, il a finalement réaffirmé une ligne particulièrement ferme.
« Moi, je garde ma position : pas de groupes armés, pas de M23 pour le dialogue », a-t-il déclaré.

Pour lui, un dialogue véritable doit avant tout réunir les fils et filles de la République démocratique du Congo autour des intérêts nationaux, sans consacrer la prise d’armes comme moyen d’obtenir une place dans les institutions.
Répondant à la question d’une parlementaire sur l’avenir des Wazalendo après le dialogue, l’ancien vice-ministre de la Défense a tenu à distinguer ces groupes des milices ou mouvements armés présentés comme des acteurs politiques.
Il a appelé notamment les autorités congolaises à clarifier cette distinction auprès de la communauté internationale afin d’éviter toute confusion sur leur statut.
« Ne confondons pas les Wazalendo dont on parlait avec les militaires qui accompagnent la République au nom de la défense du territoire », a-t-il expliqué.
Il a également rappelé, dans son intervention, le rôle que les Wazalendo sont appelés à jouer dans la défense du territoire et la résilience nationale, tout en insistant sur la nécessité d’un encadrement légal et institutionnel.
Interpellé en raison de son expérience comme ancien vice-ministre de la Défense sur la persistance des groupes armés en Ituri, Samy Adubango a appelé les acteurs politiques et communautaires de la province à prendre leurs responsabilités.
Selon lui, la réponse ne peut pas être uniquement militaire. Elle doit également passer par une réflexion portée par les fils et filles de l’Ituri sur les causes profondes des violences.
« Il faut que les fils de l’Ituri, les notables, les politiciens ituriens se mettent autour d’une table et commencent à réfléchir tout autour de cette problématique », a-t-il plaidé.

Il a ainsi défendu une approche combinant la sécurité, le dialogue communautaire et la recherche de solutions aux facteurs qui favorisent la naissance et la persistance des groupes armés.
Samy Adubango a par ailleurs placé la situation des victimes au cœur de son intervention. Il a appelé à ne pas dissocier la recherche de la paix de la mémoire des violences subies par les populations.
Il a plaidé pour une prise en charge médicale, psychologique et financière des victimes, notamment les femmes et les enfants affectés par les conflits dans l’Est du pays.
« Il faut la réparation et la mémoire pour nos victimes. C’est des souffrances pour nos mamans et nos enfants à l’Est aussi. Il faut une prise en charge médicale, psychologique et financière totale », a-t-il souligné.
Pour le député de Mahagi, la justice doit donc accompagner toute démarche politique visant à mettre fin aux conflits.
En guise de conclusion, Samy Adubango a appelé la jeunesse congolaise à développer une nouvelle culture politique, fondée sur la responsabilité et le refus de la violence comme moyen d’action.
« La première chose, c’est que nous ne puissions pas faire l’apologie des groupes armés qui amènent aujourd’hui la République démocratique du Congo dans cette situation », a-t-il déclaré.
Il a également exhorté les jeunes à ne pas reproduire les discours qui légitiment la violence ou présentent les groupes armés comme une voie normale vers la conquête du pouvoir.
« Nous devons retenir une nouvelle culture qui pourra nous guider, vous et nous, qui ne sommes pas dans cette politique, dans cette culture de la destruction », a-t-il conclu.
Lydia Mangala


