La deuxième édition du Forum sur l’Employabilité des Jeunes (FEJ), organisée par le collectif Jeunes Ambassadeurs d’Afrique, s’est tenue le samedi 3 octobre 2026 dans la salle de conférence du Centre Wallonie-Bruxelles à Kinshasa.
Réunissant jeunes, professionnels, recruteurs, institutions et acteurs de l’entrepreneuriat, cette rencontre a placé au cœur des échanges la transformation de la formation et des compétences en expériences concrètes, en opportunités et, à terme, en insertion professionnelle.
Devant près de 250 participants, les différents intervenants ont abordé les réalités du marché du travail sous plusieurs angles entre autres orientation, compétences, certifications, expérience, volontariat, réseautage, recrutement, visibilité numérique et adéquation entre les profils des jeunes et les besoins des entreprises.
De l’éducation à l’opportunité, une passerelle à construire
À l’ouverture du forum, la coordinatrice du collectif Jeunes Ambassadeurs d’Afrique, Asyncrite Ntoto, a rappelé la démarche engagée par son organisation depuis 2015. Refusant de réduire la jeunesse africaine au chômage et à la précarité, elle a mis en avant une génération qui étudie, entreprend, innove et s’engage malgré des ressources parfois limitées.
« Je refuse qu’elle soit le seul récit de notre jeunesse. Car cette jeunesse étudie, elle entreprend, elle innove, elle s’engage et elle construit souvent avec très peu de moyens, mais jamais sans ambition », a-t-elle déclaré.

Depuis 2017, le collectif dit avoir rencontré plus de 5 000 jeunes et élèves autour de l’orientation, des métiers d’avenir et du numérique. Son programme « Learning By Doing » a, quant à lui, permis à plus de 200 jeunes d’obtenir une première expérience en entreprise, avec environ un jeune sur dix retenu ensuite par l’entreprise d’accueil.
Pour Asynecrite Ntoto, le forum constitue précisément cet espace de jonction entre les différents acteurs.

« Ce forum existe. Il n’est pas une conférence de plus. Mais c’est un lieu de vérité, où les jeunes entendent ce que les employeurs attendent, où les employeurs découvrent les talents qui frappent à leurs portes et où les institutions voient face à face ce que la jeunesse demande », a-t-elle expliqué.
Elle a également placé le volontariat et l’engagement citoyen parmi les expériences susceptibles de préparer les jeunes au monde professionnel.
« L’expérience ne s’acquiert pas seulement dans un bureau. Elle s’exerce dans les volontariats, dans les projets portés avec courage, dans la solution apportée à sa communauté », a-t-elle souligné.
Le diplôme comme point de départ, non comme aboutissement
Chef de projet de cette édition et volontaire du collectif, Divin Shole, psychologue social et des organisations, certifié en ressources humaines, administration, logistique et supply chain, a consacré son intervention au passage du diplôme à l’insertion.
Il a défendu une conception de l’employabilité qui dépasse la possession d’un titre académique pour intégrer la capacité à résoudre des problèmes, à communiquer, à travailler en équipe, à apprendre et à démontrer sa valeur.
« L’employabilité, ce n’est pas seulement posséder un diplôme. C’est savoir résoudre un problème, s’adapter, communiquer, travailler en équipe, apprendre rapidement et démontrer sa valeur », a-t-il expliqué.

Dans cette logique, les expériences acquises dans les associations, les stages ou les activités de volontariat peuvent devenir de véritables compétences professionnelles lorsqu’elles sont identifiées et correctement valorisées.
« Le volontariat n’est pas du temps perdu », a-t-il affirmé.
La programmation du forum s’est inscrite dans cette approche, avec des échanges consacrés à la construction d’un parcours professionnel, aux compétences recherchées, au recrutement, aux entretiens, au savoir-être, au pitch professionnel et au réseautage.
Les compétences plutôt que l’accumulation des certificats
Lors du premier panel, Tracy Ntumba Busanga, spécialiste de l’employabilité, des partenariats et du développement de réseaux, a invité les jeunes à dépasser la simple accumulation des diplômes et certifications.
« Le diplôme, en fait, c’est une présomption de connaissance. En vérité, c’est votre porte d’entrée. Mais ce qui vous maintient dans cette place-là, ce sont vos compétences », a-t-elle expliqué.
Selon elle, l’entreprise recherche avant tout la capacité d’un candidat à répondre à un besoin concret.

« L’entreprise recherche une capacité à résoudre un problème », a-t-elle insisté.
Elle a ainsi encouragé les participants à développer des compétences pratiques en communication professionnelle, outils numériques, gestion de projets, rédaction, prise de parole ou encore anglais professionnel. La spécialiste a également insisté sur la nécessité de constituer des preuves concrètes de ses capacités.
« Collectionnez des preuves professionnelles qui vont vous permettre de vous vendre lorsque vous présentez votre CV ou lorsque vous êtes en entretien », a-t-elle conseillé.
Le recrutement, un parcours qui commence avant l’entretien

De son côté, Nissie Asombo Akatshi, directrice des ressources humaines et spécialiste en chasse et gestion des talents, a livré une lecture pratique des attentes des recruteurs. Elle a notamment mis en avant le rôle des compétences, des expériences, du bénévolat et des certifications pour départager les candidats.
« Les certifications que vous faites, les expériences du bénévolat que vous faites, ce sont des plus-values que les recruteurs peuvent prendre en compte s’ils doivent départager des candidats ex æquo », a-t-elle souligné.
Elle a également insisté sur la préparation en amont d’un entretien, notamment la connaissance de l’entreprise et la cohérence entre le profil du candidat et le poste visé.

« Informez-vous sur la société que vous allez rencontrer », a-t-elle recommandé.
La spécialiste RH a par ailleurs encouragé les jeunes à accepter les différentes étapes d’un parcours professionnel, plutôt que de rechercher des raccourcis vers des postes de responsabilité.
« Il faut refuser les shortcuts. Beaucoup de gens veulent les shortcuts. Je ne veux pas suivre le processus. J’ai fini, je veux directement devenir directeur », a-t-elle déploré.
Elle a enfin insisté sur l’importance d’une orientation cohérente avec les compétences et les aspirations de chacun.
« Orientez-vous sur des choses qui vous ressemblent », a-t-elle conseillé.
Un profil doit répondre à un besoin réel

Pour Hassan Muteba, expert en ressources humaines et recrutement, la pertinence d’un profil dépend également de sa cohérence avec le poste recherché. L’accumulation de certifications n’a de valeur que lorsqu’elle correspond à un objectif professionnel précis.
« Je peux avoir des certifications dans tous les domaines qui m’intéressent, mais à chaque fois que je postule, je dois mettre en avant les certifications qui cadrent avec l’objectif sur lequel je postule », a-t-il expliqué.
Il a également insisté sur la nécessité de rendre ses compétences visibles, notamment dans un marché où certaines opportunités ne font pas nécessairement l’objet d’une annonce publique.

« Exposez-vous. Il faudrait que les gens autour de vous sachent exactement ce que vous êtes capable de faire professionnellement », a-t-il recommandé.
Pour lui, les jeunes doivent adopter une démarche proactive, développer leur réseau et actualiser régulièrement leurs compétences.
« Soyez proactifs dans vos recherches d’emploi », a-t-il insisté.
L’information et les dispositifs d’insertion au centre du parcours
Intervenant au nom du Conseil national de la jeunesse, Ronaldo Muyumbu Matata, conseiller chargé de l’emploi et de l’entrepreneuriat, a présenté les mécanismes destinés à rapprocher les jeunes des opportunités professionnelles et entrepreneuriales.
Il a notamment rappelé que le CNJ travaille sur des politiques publiques favorisant l’employabilité et a encouragé les jeunes à mieux utiliser les plateformes et dispositifs existants, notamment ceux liés à l’Office national de l’emploi.
« Notre rôle, c’est de pouvoir proposer des politiques publiques qui fassent en sorte que les jeunes soient employables », a-t-il expliqué.

Pour lui, l’accès à l’information constitue également une responsabilité du jeune dans sa propre démarche d’insertion.
« Nous voulons obtenir de l’emploi, nous voulons être employés, mais on ne veut pas aussi aller chercher l’information », a-t-il relevé.
Il a par ailleurs évoqué les réflexions menées avec différents acteurs autour de l’accès aux stages et aux premières expériences professionnelles, avant d’annoncer une opportunité de travail devant être publiée sur les plateformes du CNJ d’ici le 30 octobre.
Les entreprises à la recherche de profils diversifiés
Dr Fabrice Dunia, expert en santé sexuelle et reproductive, formateur et chef de projet à DKT RDC, a, pour sa part, présenté la diversité des métiers présents au sein de son organisation. Il a expliqué que les opportunités ne se limitent pas au domaine médical ou aux produits de santé sexuelle et reproductive.
Gestion de projets, suivi-évaluation, formation, communication, marketing, informatique, logistique ou encore lutte contre le VIH figurent parmi les domaines nécessitant différents profils.
« Nous avons plusieurs départements qui regorgent de compétences et de domaines différents », a-t-il souligné.

Il a également encouragé les jeunes à rechercher activement les informations relatives aux organisations et à leurs besoins.
« Cherchez l’information et la bonne information. Allez voir les réseaux sociaux de tous ces partenaires, faites des recherches, n’attendez pas que l’offre arrive », a-t-il recommandé.
Son intervention a également établi un lien entre santé sexuelle et reproductive et parcours professionnel, certaines situations pouvant avoir des répercussions sur la continuité des études et de la vie professionnelle.
Le numérique comme vitrine professionnelle

La visibilité professionnelle a constitué un autre axe fort des échanges. Jossard Katunda, responsable de la communication digitale au Cabinet du ministre des Mines, consultant international en marketing numérique auprès de l’OIF et fondateur de Light Digital Consulting SARL, a présenté le personal branding comme un outil de construction de carrière.
S’appuyant notamment sur sa propre expérience, il a montré comment un profil LinkedIn correctement construit peut attirer l’attention de recruteurs avant même l’envoi d’une candidature.
« Je vous conseillerais de mettre votre focus sur LinkedIn. C’est la plateforme professionnelle, là où il y a des recruteurs et des chefs d’entreprise », a-t-il conseillé.

Pour lui, les réseaux sociaux peuvent également devenir des portfolios permettant de montrer concrètement ce que l’on sait faire.
« Les réseaux sociaux sont là pour vous montrer ce que vous savez faire », a-t-il souligné.
L’expert a enfin rappelé que la réputation professionnelle ne se construit pas uniquement en ligne. Ponctualité, présentation, comportement, communication et suivi des relations professionnelles participent également à l’image d’un candidat.
« Votre réputation arrive toujours avant vous. Faites en sorte qu’elle vous ressemble », a-t-il martelé.
Le volontariat comme première ligne d’expérience
La question de la première expérience professionnelle a également été abordée par Christian Akilimali Kamalebo, Secrétaire national du Volontariat au ministère du Plan et de la Coordination de l’aide au développement.
Face au paradoxe entre les offres exigeant de l’expérience et les difficultés rencontrées par les jeunes pour obtenir leur première opportunité, il a présenté le volontariat comme un espace de mise en pratique et d’apprentissage.
« Il y a beaucoup de jeunes qui ont des diplômes, qui ont terminé leurs études et qui sont à la recherche de leur premier, deuxième emploi. Mais, hélas, ils sont souvent confrontés à une contradiction : d’une part, l’employeur exige une expérience et, d’autre part, personne ne donne à ces jeunes l’opportunité de pouvoir travailler », a-t-il déploré.

Il a encouragé les participants à documenter leurs expériences associatives et communautaires afin de pouvoir les présenter comme des preuves de compétences lors des recrutements.
« Plus on a de l’expérience, plus il faut parler du peu qu’on a déjà. Et lors de l’entretien, il est important de pouvoir donner une situation précise », a-t-il recommandé.
Du CV à la rencontre avec les recruteurs

Cette volonté de passer de la théorie à la pratique a trouvé son prolongement dans la séance de HR Dating, organisée en clôture du forum. Les jeunes participants ont été placés directement face à des responsables des ressources humaines d’entreprises, avec leurs CV, pour des échanges professionnels.
Cette séquence a permis à certains participants de repartir avec des opportunités d’emploi, d’autres avec des propositions d’entretiens, tandis que plusieurs ont reçu des conseils concrets sur les corrections à apporter à leur CV afin de mieux retenir l’attention des recruteurs.
Outre les panels, cette mise en situation a ainsi matérialisé le fil conducteur de cette deuxième édition de ne plus considérer l’employabilité comme une simple promesse liée au diplôme, mais comme un parcours fait de compétences, d’expériences, de visibilité, de rencontres et de capacité à saisir les opportunités.
Les Jeunes Ambassadeurs d’Afrique ont ainsi cherché à rapprocher les jeunes du monde professionnel, tout en donnant aux entreprises et aux institutions un espace pour mieux comprendre les attentes, les capacités et les difficultés de cette nouvelle génération de candidats.
Lydia Mangala


