À l’occasion de la conférence de presse consacrée à la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, tenue vendredi 2 octobre 2026 à la Grande Résidence de Kinshasa, Thierry Katembwe Mbala, coordonnateur principal du Comité stratégique pour la supervision du projet d’extension de Kinshasa « Kinshasa Kia Mona », a présenté les avancées, les ambitions et les principaux défis liés à ce vaste projet d’aménagement urbain.
Prévue du 7 au 10 octobre sous le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC », cette édition d’ExpoBéton accorde une place importante aux enjeux d’urbanisation et d’extension de la capitale.
Pour Thierry Katembwe, l’extension de Kinshasa répond d’abord à la nécessité de décongestionner une capitale confrontée à une forte pression démographique, à la promiscuité, aux difficultés de mobilité et aux contraintes qui pèsent sur les investissements.

« Le but du projet d’extension de la ville de Kinshasa, c’est de diminuer tant soit peu les perturbations, la promiscuité, les difficultés de vie, les difficultés d’investissement aujourd’hui. Il faut aujourd’hui se projeter sur des endroits où nous pouvons planifier avant de pouvoir commencer », a-t-il expliqué.
L’approche défendue repose ainsi sur une logique d’anticipation dans laquelle il faut aménager les espaces avant leur occupation, plutôt que de chercher à organiser une urbanisation déjà installée.
Le projet entend notamment développer un modèle économique et technique capable d’attirer les investissements privés tout en s’appuyant sur l’intervention de l’État, notamment à travers le foncier, les infrastructures et la mise en place d’un environnement favorable aux investisseurs.
Selon le coordonnateur principal, le projet « Kinshasa Kia Mona » est désormais entré dans une phase plus concrète. Après les études et les travaux préparatoires, plusieurs opérations ont commencé sur le terrain.
« Aujourd’hui, les travaux ont effectivement démarré. Nous sommes dans une phase où nous quittons la théorie. Il y a énormément de projets. Aujourd’hui, nous avons une soixantaine de projets en place », a indiqué Thierry Katembwe Mbala.
Parmi les premières réalisations citées figurent notamment les travaux de terrassement, la future cité industrielle ainsi qu’un complexe hospitalier.

L’ambition est également d’intégrer les différentes composantes nécessaires au fonctionnement d’une nouvelle zone urbaine entre autres énergie, eau, assainissement, infrastructures, espaces verts, logements, activités économiques et services publics.
La question de l’électricité occupe une place centrale dans les projections du projet. Thierry Katembwe a notamment évoqué un modèle reposant sur une production énergétique importante à partir du solaire.
« Nous avons basé essentiellement notre approvisionnement d’électricité sur un modèle privé, avec 1 000 MW solaires », a-t-il précisé.

Il a également fait état de projets solaires déjà attribués, dont une première capacité de 200 MW, destinés à accompagner progressivement le développement de cette nouvelle zone.
Pour les responsables du projet, l’objectif est d’éviter que les nouveaux quartiers reproduisent les déficits d’infrastructures qui caractérisent certaines parties de Kinshasa.
L’un des principes défendus par Thierry Katembwe est de rompre avec une logique d’urbanisation où les populations s’installent avant que les infrastructures ne soient planifiées.

« Aujourd’hui, malheureusement, c’est qu’on occupe d’abord et on aménage après. Là, avant l’occupation, avant la construction du logement, il y a des aménagements », a-t-il insisté.
Cette approche doit notamment permettre de préserver les espaces verts, de maintenir les emprises routières et de mieux organiser les zones résidentielles, industrielles et commerciales.
Le responsable a également annoncé la mise en place envisagée d’un code d’engagement destiné aux acheteurs et aux promoteurs immobiliers, afin que les constructions respectent les règles de zonage et les normes prévues dans le plan d’aménagement.
Répondant aux questions de la presse sur l’intégration de la nouvelle zone au reste de Kinshasa, Thierry Katembwe a insisté sur la connectivité.
Le projet travaille notamment sur plusieurs options de transport et de connexion avec les différentes parties de la capitale, en collaboration avec les ministères concernés.
« Premièrement, la connectivité : nous avons poussé, accompagné et participé au développement de trois projets multimodaux de connectivité », a-t-il déclaré.
La voie ferrée, l’élargissement de certains axes routiers et la création de nouvelles infrastructures de transport figurent parmi les pistes évoquées pour réduire les distances et décongestionner le réseau actuel.
L’idée est de faire de l’extension de Kinshasa un espace connecté plutôt qu’une nouvelle périphérie isolée du reste de la capitale.
Sur la question de l’emploi, Thierry Katembwe a expliqué que le projet devrait générer progressivement plusieurs milliers de postes, notamment grâce au développement de la cité industrielle.
« Après la septième année, on va atteindre le pic et on sera autour de 200 000 à 500 000 travailleurs autour de la cité industrielle », a-t-il avancé.
Il a également indiqué qu’une première centaine de travailleurs étaient déjà présents sur le site et que des actions de formation étaient engagées en collaboration avec les structures publiques compétentes.
Le responsable a ainsi insisté sur la nécessité de préparer les jeunes Congolais aux opportunités qui accompagneront le développement du projet.
Interrogé sur le financement, Thierry Katembwe a évoqué une enveloppe globale estimée à 50 milliards, en intégrant les différents mécanismes mobilisés autour du projet.
Il a rappelé que l’État joue plusieurs rôles dans ce montage, notamment à travers la mise à disposition du foncier, les infrastructures et l’organisation de l’écosystème nécessaire à l’arrivée des investisseurs privés.
« L’État joue un rôle écosystémique. L’État met à disposition le foncier, qui a une valeur aussi très importante. L’État joue aussi maintenant un rôle organisationnel », a-t-il expliqué.
Selon lui, le financement demeure toutefois l’un des principaux défis, avec les exigences des partenaires financiers, les garanties à fournir et le coût des études préparatoires.
Face aux journalistes, Thierry Katembwe n’a pas minimisé les difficultés rencontrées depuis le lancement du projet. Le foncier, en particulier, a constitué un obstacle important durant la phase préparatoire.
« Le foncier était un problème. Aujourd’hui, certes, il a été sécurisé, mais il a été pendant deux ans l’un des principaux problèmes que nous avons », a-t-il reconnu.
Des occupations existantes, des enjeux liés aux communautés locales et différentes situations foncières ont nécessité des négociations et des arbitrages avant la sécurisation des espaces concernés.
Le financement des études et la mobilisation des partenaires constituent également, selon lui, des défis permanents.
Outre les chiffres et les infrastructures, Thierry Katembwe défend une conception de l’extension de Kinshasa fondée sur la planification à long terme.
Il estime que les règles d’aménagement doivent être suffisamment sécurisées pour empêcher que les plans élaborés soient progressivement modifiés par des occupations anarchiques.

« Nous espérons qu’au niveau législatif, il y aura des arrêtés et des décisions qui seront prises pour que les aménagements et le plan global qui est fait ne soient pas changés. Les gens ne devront pas construire où ils veulent aller ; les espaces verts devront être respectés, les emprises et les routes devront être maintenues », a-t-il plaidé.
Pour le coordonnateur principal du projet, l’enjeu est donc de construire une extension capable de résister à la pression urbaine future, en intégrant dès aujourd’hui les besoins en infrastructures, en énergie, en transport, en logements, en emplois et en services publics.
Thierry Katembwe a ainsi voulu montrer que « Kinshasa Kia Mona » ne se limite pas à un projet immobilier, mais ambitionne de constituer un nouveau pôle urbain et économique planifié, appelé à accompagner la croissance de la capitale.
La 12ᵉ édition d’ExpoBéton, qui se tiendra du 7 au 10 octobre 2026, offrira précisément un cadre pour approfondir ces questions et confronter les différents projets d’extension, d’infrastructures et de transformation urbaine aux exigences de développement de Kinshasa et des autres villes de la RDC.
Lydia Mangala


