La crise de l’électricité s’intensifie à Kinshasa. Alors que les délestages se multiplient dans plusieurs quartiers de la capitale, la Société nationale d’électricité (SNEL SA) cherche des réponses immédiates pour réduire le déficit énergétique. Parmi les solutions envisagées : le recours à une centrale électrique flottante de 134 mégawatts (MW).
Présent devant la presse jeudi 1er octobre, dans le cadre d’un briefing organisé avec le ministère de la Communication et des Médias, le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, a détaillé les principales difficultés auxquelles fait face l’opérateur national et présenté les mesures envisagées pour améliorer la desserte.
Une centrale flottante pour répondre à l’urgence

Selon les éléments rapportés par l’Agence congolaise de presse (ACP), la SNEL envisage un partenariat avec Karpowership, entreprise spécialisée dans les centrales électriques flottantes.
Le projet prévoit l’installation d’une centrale d’une capacité de 134 MW à Matadi, avec pour objectif d’injecter rapidement de l’énergie supplémentaire dans le réseau national. Selon Teddy Lwamba, son déploiement pourrait intervenir en moins d’un mois, si les conditions de mise en œuvre sont réunies.
L’intérêt de cette solution réside principalement dans sa rapidité. Contrairement à la construction d’une centrale classique, qui nécessite plusieurs années de travaux et d’investissements, une centrale flottante peut être opérationnelle dans un délai beaucoup plus court.
Le DG de la SNEL estime que cette capacité supplémentaire pourrait améliorer la desserte d’environ 20 %.
Mais cette injection ne suffirait pas à elle seule à résorber le déficit.
Environ 600 MW disponibles pour une demande pouvant atteindre 1 200 MW
Au cours du briefing, Teddy Lwamba a expliqué que la situation actuelle est notamment aggravée par la baisse du niveau des eaux, qui affecte la production hydroélectrique.
La SNEL étant fortement dépendante de l’hydroélectricité, la diminution des niveaux d’eau réduit les capacités de certaines installations. Plusieurs machines seraient ainsi à l’arrêt.
Dans le même temps, la demande continue de progresser, particulièrement à Kinshasa, où les besoins des ménages, entreprises et services publics sont en constante augmentation.
Les chiffres évoqués lors du briefing illustrent l’ampleur du problème : la puissance actuellement disponible serait d’environ 600 MW, alors que la demande kinoise peut atteindre près de 1 200 MW.
L’arrivée de 134 MW supplémentaires permettrait donc de réduire une partie du déficit, sans toutefois le supprimer.
Les finances de la SNEL au cœur de la crise
Au-delà du déficit de production, le directeur général de la SNEL a également mis en avant la fragilité financière de l’entreprise.
Selon ses explications, l’État représenterait environ 25 % de la consommation d’électricité, mais certaines institutions publiques ne paieraient pas régulièrement leurs factures.
« Les instances officielles ne paient pas », a déclaré Teddy Lwamba, mettant en avant l’importance des créances publiques qui pèsent sur la trésorerie de la société.
Pour la SNEL, ces impayés ont des conséquences directes sur sa capacité à entretenir ses centrales, renouveler ses équipements, acquérir des pièces de rechange et moderniser son réseau.
L’entreprise se retrouve ainsi confrontée à une équation complexe : assurer une mission de service public tout en devant financer son fonctionnement et ses investissements.
Délestages, fraude et difficultés de recouvrement
La situation est également compliquée par les raccordements frauduleux.
Selon les éléments présentés par la direction de la SNEL, les branchements illicites entraînent non seulement une consommation non facturée, mais peuvent également provoquer une surcharge des cabines et des réseaux.
Ces surcharges augmentent les risques de pannes et d’incendies, aggravant davantage les difficultés rencontrées par l’opérateur.
Les délestages eux-mêmes peuvent, par ailleurs, compliquer le recouvrement. Des ménages et des entreprises confrontés à une desserte irrégulière peuvent être moins enclins à payer régulièrement pour un service qu’ils jugent insuffisant.
La crise de l’électricité ne se limite donc pas à la production. Elle concerne également le transport, la distribution, le recouvrement et la gestion des infrastructures.
Teddy Lwamba plaide pour une subvention publique

Face à ces difficultés, le directeur général de la SNEL appelle à une intervention plus importante de l’État dans le financement du secteur de l’électricité.
Teddy Lwamba propose notamment la mise en place d’une subvention publique au secteur électrique, afin de permettre à la SNEL de disposer des ressources nécessaires pour assurer ses missions, entretenir ses installations et investir dans de nouvelles capacités.
Cette proposition soulève une question centrale : comment financer durablement le service public de l’électricité en RDC ?
Car produire davantage ne suffit pas. L’énergie doit également être transportée et distribuée dans de bonnes conditions. Les infrastructures doivent être entretenues et renouvelées, tandis que les coûts de fonctionnement doivent être couverts.
Diversifier les sources de production
La centrale flottante envisagée avec Karpowership s’inscrit également dans une réflexion plus large sur la diversification du mix énergétique de la RDC.
Le pays dispose d’un immense potentiel hydroélectrique, notamment autour du complexe d’Inga, mais l’exploitation de ce potentiel nécessite des investissements importants.
La réhabilitation des infrastructures existantes, la modernisation du réseau et le développement de nouvelles capacités de production apparaissent ainsi comme des enjeux majeurs pour améliorer durablement la desserte.
La diversification vers d’autres sources d’énergie pourrait également permettre de réduire la forte dépendance à l’hydroélectricité et de renforcer la résilience du système électrique face aux variations des niveaux d’eau.
Pour les Kinois, l’urgence reste le retour du courant
Derrière les chiffres et les enjeux financiers, la crise se traduit surtout par une réalité quotidienne pour les habitants de Kinshasa.
Les délestages perturbent les activités commerciales, les petites entreprises, les ménages et de nombreux services qui dépendent directement de l’électricité pour fonctionner.
L’arrivée annoncée de 134 MW pourrait apporter un soulagement si le projet est effectivement conclu et déployé dans les délais annoncés.
Mais cette capacité supplémentaire ne saurait constituer une solution définitive.
La crise actuelle met en évidence deux problèmes étroitement liés : un déficit physique d’électricité et un déficit financier qui limite les capacités de la SNEL à y répondre.
La centrale flottante pourrait ainsi offrir une bouffée d’oxygène à court terme. À plus long terme, la RDC devra toutefois relever des défis beaucoup plus profonds : augmenter durablement sa production, moderniser ses infrastructures, améliorer le recouvrement, lutter contre la fraude et clarifier le financement du service public de l’électricité.
Le bateau-centrale peut répondre à l’urgence. La question demeure désormais de savoir si cette réponse permettra de gagner suffisamment de temps pour engager les investissements et réformes structurelles indispensables au secteur électrique congolais.
Joséphine Mawete


