À Kinshasa, le slam célèbre cette année ses 40 ans. Une occasion pour la slameuse congolaise Do Nsoseme de revenir sur l’évolution de cette discipline artistique et sur son propre parcours, marqué par 14 années de pratique.
« Quatorze années à écrire, réécrire, claquer les mots, monter sur scène, expérimenter, douter, recommencer et croire en ma voix », témoigne-t-elle, évoquant une expérience au cours de laquelle elle a vu le slam évoluer et progressivement trouver sa place sur la scène culturelle congolaise.
À l’occasion de cet anniversaire, Do Nsoseme a participé, samedi dernier, à une rencontre organisée par Nkosi Mentality et la constellation Minzoto Slam, consacrée à l’état des lieux du slam en République démocratique du Congo.
De Chicago à la RDC

Dans sa réflexion, la slameuse rappelle que le slam poetry, dans sa forme moderne, est né aux États-Unis dans les années 1980, notamment à Chicago, sous l’impulsion du poète et ouvrier du bâtiment Marc Smith.
Le mouvement s’est développé avec l’ambition de rapprocher la poésie du grand public et de la sortir des espaces considérés comme plus élitistes. Le slam s’est ainsi construit autour de la rencontre entre poésie, performance et public.
Mais pour Do Nsoseme, réduire le slam à une simple compétition serait passer à côté de son essence.

« C’est aussi une manière de raconter ce que nous vivons, de transformer une colère en mots ou une blessure en histoire. C’est prendre la parole, dompter la scène et imposer sa voix », explique-t-elle.
Une expression adaptée aux réalités congolaises

Au fil des années, le slam s’est diffusé dans plusieurs régions du monde, notamment en Afrique, où il a été adapté aux réalités et aux cultures locales.
En RDC, cette discipline puise notamment dans la diversité des langues, des rythmes, des histoires et des réalités sociales du pays. Pour Do Nsoseme, les artistes congolais disposent ainsi d’un univers riche à explorer pour faire résonner leurs textes.
« En RDC, nous avons nos propres histoires à raconter, nos propres langues, nos propres rythmes, nos propres combats et nos propres manières de faire résonner les mots », souligne-t-elle.
Au-delà de la performance artistique, le slam constitue également un espace d’expression et d’engagement. Il permet à celles et ceux qui le pratiquent de porter une parole personnelle ou collective sur les réalités qui les entourent.

« Le slam, c’est plus que l’art de claquer les mots, c’est l’art d’oser dire ses maux », résume Do Nsoseme, qui revendique ainsi le caractère engagé de cette discipline.
À l’occasion de ses 40 ans, la slameuse appelle à poursuivre la transmission et la valorisation de cette forme de poésie orale en République démocratique du Congo.
« Longue vie au slam en RDC et longue vie à toutes celles et ceux qui continuent de faire vivre la poésie à voix haute », conclut-elle.
Joséphine Mawete


