La transformation numérique bouleverse progressivement les mécanismes de création et de captation de valeur dans la communication, les médias et la publicité. Les plateformes numériques, les données, la protection des utilisateurs et la formalisation des activités deviennent désormais des enjeux majeurs pour un secteur en pleine mutation. C’est ce qui a fait l’objet de l’intervention de Noémie Mutombo, responsable des Services numériques à l’ARPTC, lors du premier business panel du Focus Day organisé samedi 26 septembre à l’Orange Digital Center de Kinshasa.
Consacrée à la communication, aux médias et à la publicité, cette journée du Portail des Industries Culturelles et Créatives (PICC) s’est tenue autour du thème « Structurer la créativité, capter l’attention, créer de la valeur ». Le premier panel, intitulé « Qui fixe les règles du jeu ? » et modéré par Jessy Kanda, Key Account Manager chez LAfricaMobile, a permis d’interroger les mutations du marché et les nouvelles responsabilités des différents acteurs.
Le numérique redistribue la chaîne de valeur
Pour Noémie Mutombo, l’arrivée du numérique a profondément modifié la manière dont la valeur se crée et circule dans l’écosystème de la communication et des médias. Les plateformes occupent désormais une place centrale, puisqu’elles peuvent à la fois permettre la production de contenus, leur diffusion et l’accès aux audiences.
« La valeur, aujourd’hui, dans la création, dans la publicité et dans les médias, a été beaucoup catalysée avec le numérique. Aujourd’hui, la chaîne de valeur est un peu plus différente et les pouvoirs ont été redistribués », a-t-elle expliqué.
Cette redistribution s’accompagne également d’une montée en puissance des données. Pour la responsable des Services numériques à l’ARPTC, celles-ci constituent désormais un élément déterminant pour comprendre les audiences, mesurer les performances et atteindre les objectifs fixés par les campagnes.
Les professionnels sont ainsi appelés à dépasser la seule logique de visibilité pour mieux exploiter les informations disponibles sur leurs publics et adapter leurs stratégies en conséquence.
Des plateformes devenues des acteurs incontournables
Noémie Mutombo a également insisté sur la place croissante des plateformes dans l’écosystème. Celles-ci interviennent directement dans la création, la circulation et la monétisation des contenus.
Cette évolution représente une opportunité économique pour les créateurs congolais, mais pose aussi la question de la capacité du pays à conserver davantage de valeur localement. D’où l’intérêt, selon elle, de développer un écosystème numérique local permettant aux différents acteurs de mieux maîtriser leurs activités et leurs contenus.
L’objectif ne consiste pas nécessairement à reproduire les grandes plateformes internationales, mais à favoriser l’émergence de solutions et d’acteurs locaux capables de participer davantage à la chaîne de valeur numérique.
Protéger les utilisateurs et construire un environnement sécurisé
L’intervention de Noémie Mutombo a également porté sur le rôle de la régulation. Elle a expliqué que l’encadrement des services numériques ne se limite pas à une logique de fiscalité ou de génération de recettes pour l’État.
La priorité porte également sur la création d’un environnement numérique sécurisé, notamment à travers la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel.
Elle a notamment cité plusieurs principes essentiels à la régulation des plateformes entre autres transparence, protection des données, cybersécurité et encadrement du commerce électronique. Ces mécanismes doivent contribuer à renforcer la confiance des utilisateurs et à sécuriser les transactions et les interactions réalisées à distance.
Formaliser pour mieux structurer le secteur
Un autre enjeu majeur soulevé par la responsable des Services numériques concerne la formalisation des activités numériques. Malgré le potentiel économique du secteur et l’existence de nombreux talents, une partie des activités demeure encore informelle, ce qui complique la connaissance précise du marché et la mise en place de politiques adaptées.
Pour Noémie Mutombo, la formalisation doit notamment permettre de disposer de données fiables sur les acteurs, leurs activités et leur contribution à l’économie.
« On sait qu’il y a beaucoup de talent. On sait qu’il y a beaucoup de plateformes qui génèrent même des millions par mois. Mais maintenant, pour qu’on puisse créer une économie formelle, reconnue, il faut les formaliser », a-t-elle insisté.
Elle a précisé que cette démarche ne doit pas être perçue uniquement comme un moyen de contrôle ou de prélèvement fiscal. La connaissance du secteur permet aussi aux pouvoirs publics de disposer d’informations nécessaires à l’élaboration de stratégies fondées sur des données concrètes.
« Ce n’est pas toujours pour taper le bâton ou demander de payer. Mais c’est pour construire une meilleure stratégie sur base de l’information factuelle », a-t-elle expliqué.
La fiscalité du numérique, un défi qui dépasse la RDC
La question fiscale a également été abordée au cours des échanges. Noémie Mutombo a rappelé que les modèles fiscaux traditionnels ont largement été conçus autour d’activités physiques, avec des infrastructures, des employés et une présence territoriale clairement identifiable.
Or, le fonctionnement des entreprises numériques remet en question ces repères classiques. Une plateforme peut atteindre des utilisateurs dans plusieurs pays sans disposer d’une présence physique équivalente dans chacun de ces marchés.
La responsable de l’ARPTC a ainsi replacé le débat congolais dans un contexte international, soulignant que la fiscalité du numérique constitue également un sujet de discussion à l’échelle mondiale.
Des professionnels invités à connaître les règles du jeu
Noémie Mutombo a appelé les acteurs privés à mieux connaître les règles qui encadrent leurs activités. Dans un environnement où les transformations numériques sont rapides, la compréhension de la réglementation devient un outil de professionnalisation.
Elle encourage ainsi les créateurs, développeurs, entrepreneurs et autres professionnels du numérique à se formaliser et à s’informer directement sur les textes applicables plutôt que de se fier aux spéculations.
Dans le nouvel écosystème de la communication et des médias, l’audience seule ne suffit plus à définir la valeur. Pour Noémie Mutombo, les données, les choix créatifs, les canaux de diffusion, la capacité à mesurer la performance, mais aussi la sécurité et la structuration du marché participent désormais à la construction de cette valeur.
Lydia Mangala


