Dans un environnement où la course à la visibilité domine les réseaux sociaux, la création de valeur ne dépend pas uniquement du matériel utilisé pour produire un contenu ou du nombre de personnes touchées. Elle repose aussi sur la créativité, la compréhension des audiences, la maîtrise des mécanismes de diffusion et la capacité à répondre aux réalités du marché. C’est l’un des principaux messages portés par Giscard Mido Ley-Ley, CEO d’Antic Communication & Digital School RDC, lors du business panel « Qui fixe les règles du jeu ? », organisé samedi 26 septembre dans le cadre du Focus Day du Portail des Industries Culturelles et Créatives (PICC), à l’Orange Digital Center de Kinshasa.
Placée sous le thème « Structurer la créativité, capter l’attention, créer de la valeur », cette rencontre consacrée à la communication, aux médias et à la publicité a réuni professionnels et acteurs du secteur autour des transformations du marché et des nouvelles exigences liées au numérique.
La valeur ne se limite pas au matériel
Pour Giscard Mido Ley-Ley, l’une des premières questions à se poser dans l’univers numérique reste celle du contenu. L’évolution technologique a rendu les outils de production de plus en plus accessibles, mais disposer d’un équipement performant ne garantit pas, à lui seul, la performance d’une publication.
L’enjeu réside davantage dans la valeur ajoutée apportée au contenu, sa pertinence pour l’audience et la manière dont il est pensé pour atteindre son public.
« Il n’y a pas que créer du contenu qui est fait par une caméra professionnelle ou bien avec un iPhone 18. C’est aussi la valeur ajoutée que vous avez mise dans votre contenu », a-t-il expliqué.
Selon lui, un contenu peut être produit avec un équipement relativement simple et néanmoins rencontrer son public s’il repose sur une véritable créativité et une bonne compréhension de l’audience.
Outre la qualité technique de l’image, la manière de traiter, cadrer et présenter l’information peut déterminer l’intérêt suscité auprès du public.
Comprendre l’algorithme et son audience
La créativité doit également s’accompagner d’une compréhension des mécanismes de diffusion numérique. Pour le CEO d’Antic Communication & Digital School RDC, les professionnels et créateurs doivent apprendre à comprendre les algorithmes qui déterminent en partie la circulation des contenus sur les plateformes.
L’exploitation des données devient ainsi un outil permettant de mieux identifier les attentes des publics et d’adapter les contenus. Le choix de la plateforme constitue également un élément stratégique. Un contenu pertinent doit être diffusé dans un environnement où se trouve réellement l’audience recherchée.
Giscard Mido insiste ainsi sur l’importance de ne pas considérer les réseaux sociaux comme l’unique espace publicitaire. La recherche d’audience et de performance doit conduire les acteurs à explorer plusieurs canaux, en fonction des objectifs poursuivis.
La publicité ne s’arrête pas aux réseaux sociaux
Alors que les réseaux sociaux concentrent une grande partie des stratégies actuelles de communication, l’intervenant rappelle que l’écosystème publicitaire est beaucoup plus large.
Les médias traditionnels, les plateformes numériques et les autres canaux peuvent être mobilisés de manière complémentaire. Il est question de choisir le dispositif correspondant à la cible et au résultat recherché, plutôt que de considérer le digital comme une réponse automatique à toutes les problématiques de communication.
Fiscalité numérique : avant la taxe, penser à la monétisation
La question de la fiscalité numérique a également suscité une intervention particulièrement critique de Giscard Mido. Il estime que la réflexion sur la taxation des activités numériques doit tenir compte des réalités économiques des créateurs de contenus, notamment de leurs mécanismes actuels de rémunération.
Dans le contexte congolais, il souligne que les créateurs tirent principalement leurs revenus des collaborations avec les marques, alors que les mécanismes directs de monétisation proposés par certaines plateformes restent encore limités ou difficiles d’accès.
« Avant de créer la taxe numérique, vous deviez d’abord créer la monétisation pour le créateur », a-t-il soutenu.
Pour lui, la mise en place d’un système de monétisation structuré, associé à des mécanismes financiers permettant de rémunérer les créateurs, faciliterait également l’identification des revenus effectivement générés et, par conséquent, l’application éventuelle d’une fiscalité adaptée.
Il estime qu’une telle démarche nécessiterait des outils permettant de connaître les revenus issus des différentes collaborations commerciales, plutôt que de demander aux créateurs de déclarer des montants difficiles à vérifier.
Associer les acteurs à la définition des règles

Giscard Mido plaide pour une approche davantage concertée dans l’élaboration des règles qui encadrent le numérique.
Selon lui, les agences de communication, les médias et les créateurs de contenus disposent d’une connaissance directe des réalités du terrain. Leur participation aux réflexions réglementaires permettrait de mieux prendre en compte les difficultés rencontrées quotidiennement par les professionnels.
Il estime donc nécessaire de créer des espaces de dialogue entre les acteurs privés et les institutions publiques, tout en reconnaissant à l’autorité publique son rôle dans la décision finale.
Cette concertation devrait également porter sur les données communiquées par les créateurs. Pour l’intervenant, la transparence sur les chiffres constitue un autre chantier important du secteur, certains chiffres d’audience ou de performance étant, selon lui, difficiles à vérifier.
Désinformation : des règles, mais aussi une application effective
Le débat s’est également étendu à la circulation de contenus illicites, à la désinformation et aux manipulations sur les plateformes numériques.
Giscard Mido Ley-Ley estime que l’existence de règles ne suffit pas si elles ne sont pas effectivement appliquées. Il appelle notamment à une meilleure collaboration avec les grandes plateformes afin de développer des mécanismes permettant de limiter la diffusion de contenus problématiques.
Il affirme avoir, à travers son agence, formulé des propositions auprès de certaines institutions et plateformes afin de contribuer à la recherche de solutions. Selon lui, l’absence de réponses à certaines démarches constitue aujourd’hui un frein à la mise en place de collaborations plus structurées.
« Le marché est en train d’évoluer, c’est vrai. Mais il ne suffit pas seulement de définir des règles. Il faudrait également réunir tous ces acteurs pour comprendre les réalités de terrain et ensemble voir comment nous allons définir les règles », a-t-il déclaré.
Faire évoluer le dialogue entre institutions et professionnels
Le CEO d’Antic Communication & Digital School RDC a finalement replacé la question de la régulation dans la problématique du dialogue entre les institutions et les acteurs qui font vivre quotidiennement l’économie numérique.
Pour lui, la structuration du secteur passe à la fois par la qualité des contenus, la compréhension des audiences, l’utilisation des données, la professionnalisation des créateurs et l’établissement de règles adaptées aux réalités du marché.
Lydia Mangala


