À l’occasion du lancement de la Ligue Féministe de la République démocratique du Congo (LIFERDC), un panel a été consacré au thème « Le féminisme en RDC : mythe ou réalité ? ». Agathe Ngomba, chargée de gestion de projet, a défendu une conception du féminisme fondée sur la revendication des droits, la lutte contre les inégalités et la recherche de justice. Pour cette experte en genre, les réalités vécues par de nombreuses femmes montrent que le combat féministe reste nécessaire.
Pour Agathe Ngomba, le féminisme ne relève pas d’un simple discours théorique. Il constitue un engagement destiné à permettre aux femmes de connaître, exercer et défendre leurs droits.
« Pour moi, le féminisme, c’est un combat, c’est une lutte. On doit mettre en œuvre tous nos droits et revendiquer les droits des femmes », a-t-elle déclaré.

Elle estime que cette revendication doit également être assumée dans l’espace public et politique, alors que certaines femmes continuent de penser qu’elles ne sont pas légitimes à réclamer leurs droits.
Selon elle, les inégalités entre les femmes et les hommes ne se manifestent pas uniquement dans les institutions, mais également dans les familles, les communautés et les espaces numériques.
Au cours des échanges, Agathe Ngomba s’est particulièrement attardée sur certaines représentations sociales autour du mariage, notamment lorsque la dot ou les dépenses engagées par l’homme sont considérées comme lui donnant des droits sur son épouse.
Elle a dénoncé cette perception qui peut contribuer à banaliser les violences conjugales.
Selon elle, le fait d’avoir épousé une femme ou d’avoir contribué financièrement au mariage ne peut justifier une quelconque domination ou violence à son encontre. Le mariage, insiste-t-elle, doit plutôt reposer sur le respect mutuel entre les conjoints.
Elle souligne d’ailleurs que des couples parviennent à construire des relations fondées sur l’entente et le respect, preuve selon elle que d’autres modèles de relations sont possibles.
Pour la chargée de gestion de projet de la LIFERDC, les droits des femmes doivent être défendus indépendamment de leur âge, de leur situation matrimoniale ou de leur statut social.
Elle a notamment évoqué les violences et humiliations auxquelles certaines femmes peuvent être exposées dans l’espace public et sur les réseaux sociaux, en soulignant que leur situation matrimoniale ne devrait jamais déterminer le niveau de respect qui leur est accordé.
« Le droit des femmes exige le respect à tout âge », a-t-elle insisté, rappelant que le respect dû à une personne ne devrait pas dépendre de son statut ou de sa position dans la société.

La question de la nécessité des organisations féministes a également traversé les échanges. Agathe Ngomba l’explique par la persistance d’un déséquilibre dans l’accès au pouvoir et aux espaces de décision.
Dans une société qu’elle décrit comme patriarcale, elle estime que les femmes continuent de faire face à des obstacles lorsqu’elles cherchent à faire entendre leurs revendications.
Elle reconnaît toutefois l’existence d’hommes qui soutiennent les initiatives en faveur des droits des femmes et considère ces alliances comme importantes pour faire avancer les changements.

Pour illustrer le rôle que peuvent jouer ces organisations, Agathe Ngomba a évoqué le cas d’une femme victime de violences conjugales dont la situation avait suscité une mobilisation d’organisations féminines.
Selon son témoignage, cette mobilisation collective avait permis de soutenir la victime et de porter publiquement sa situation.
« Quand il y a une situation de violence, c’est important que les organisations féministes se lèvent pour trouver la solution », a-t-elle souligné.

Par cet exemple, elle défend une conception du féminisme qui ne se limite pas à la dénonciation, mais qui doit également permettre l’accompagnement des victimes, la recherche de justice et la mobilisation collective.
Au terme de son intervention, Agathe Ngomba a ainsi ramené le débat sur le féminisme en RDC aux réalités quotidiennes vécues par les femmes entre autres violences, discriminations, sous-représentation dans les espaces de décision et difficultés à faire valoir leurs droits.
Pour elle, la question n’est donc pas seulement de savoir si le féminisme existe en RDC, mais de mesurer sa capacité à répondre concrètement à ces réalités.
Son intervention rejoint ainsi l’ambition de la LIFERDC de transformer les revendications en actions collectives, afin que l’égalité entre les femmes et les hommes ne reste pas uniquement un principe, mais puisse progressivement se traduire dans les rapports sociaux et les institutions.
Lydia Mangala


